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Un étudiant congolais interviewé dans la presse française
Ulrich Kianguebeni est passionné de conservation du patrimoine. Il désire transposer ses connaissances acquises dans l'expérience du classement de la Saline Royale d'Arc et Senans (photo) dans le Jura en France, au classement du site de la baie de Loango au patrimoine mondial. Gageons qu'il y parviendra s'il peut convaincre les autorités congolaises de protéger ce lieu majeur de la déportation d'esclaves africains vers les Amériques et qui a déjà beaucoup souffert tant de l'activité humaine que de l'érosion marine qui en emporte les terres. Ulrich collabore depuis quelque temps à Déchaîné.
Le label Unesco passé à la loupe par un étudiant congolais
Dans le cadre de son master, Ulrich Kianguebeni, accueilli par le musée des techniques et cultures comtoises, a étudie le dossier du classement de la saline au patrimoine mondial de l'Unesco et pose un regard nouveau. Impressions.
Dans le cadre d'une coopération entre l'Université Leopold Senghor d'Alexandrie, les Musées des Techniques et des Cultures Comtoises (MTCC) a accueilli, pendant trois mois, Ulrich Kianguebeni encadré par Philippe Mairot, directeur des MTCC et Emmanuel Landas, responsable des collections et de la muséographie, il s'est penché sur le dossier de classement de la saline de Salins, afin d'en déterminer les points forts et d'évaluer les raisons de son succès. Pour Emmanuel Landas, cet accueil fut également « l'occasion de confronter un regard extérieur à nos pratiques. II s'est rendu compte de la complexité du montage d'un dossier comme le notre, de la nécessite d'une méthode précise et de l'importance de l'articulation de ce type de projet entre professionnels de la culture et les élus »
Comment conduisez-votre recherche ?
Je travaille a Salins sur deux axes le travail des MTCC pour la classification des salines au patrimoine mondial de l'Unesco et la gestion d'un site Unesco. Car ce label est compliqué à gérer il génère une affluence nouvelle, un public large et diversifié qui demande des aménagements. Pour aborder ces deux problématiques, j'ai exploré les documents élaborés par les MTCC pour la classification de Salins et réalisé des entretiens avec des gestionnaires de sites classés et des responsables de la Direction régionale des affaires culturelles et des mairies de Besançon et Arc-et-Senans.
Quelles sont vos premières conclusions ?
J'ai pu me rendre compte à quel point le poids des élus était important. Faire classer un site avec un casino dans sa zone d'emprise, ce n'était pas évident, et ils ont réussi. Ensuite, je trouve le site de Salins remarquable a deux niveaux : de son authenticité et de son universalité. Et ce sont deux aspects que le travail des MTCC et du cabinet qui a mis en forme le dossier ont contribué à faire émerger. Par rapport à d'autres sites, les Salines de Salins présentent aussi une forte cohésion entre le lieu, son architecture et le thème.
Ensuite, je trouve que certains points restent à développer, au niveau de la population locale, qui pourrait être d'avantage associée aux formations, de la signalétique, à l'entrée de la ville, et de l'articulation avec le site d'Arc-et-Senans, qu'il est prévu de renforcer.
II manque encore des aménagements et de la muséographie dans certains espaces, mais ceux-ci sont en projet
Ce modèle serait transposable ?
Avec mon regard extérieur sur Salins, je retiens que le tourisme peut être un moyen de valoriser un patrimoine, par de très grosses initiatives et un travail sur le long terme. Ici, le site a été inscrit sur la liste en 2002 et classé. Ensuite ce modèle est difficilement transposable car le contexte et la réalité au Congo ne sont pas les mêmes, d'un point de vue administratif et de la population locale. Transposer serait fausser. C'est à nous de trouver des astuces A Salins, la force, c'est la qualité du patrimoine classe et la volonté des gens de le valoriser.
Que retiendrez-vous de cette expérience ?
D'un point de vue professionnel, j'ai pu voir avec les MTCC comment fonctionnait un réseau de onze sites et c'est une très bonne experience. La structure qui m'a accueillie a mis tous les moyens pour que je m'adapte à ce nouvel environnement et j'ai la matière à fournir a mon mémoire, du point de vue des experts.
D'un point de vue personnel, je réalise que la réalité transmise en Afrique sur le renvoi systématique à la frontière n'est pas exacte. En trois mois, l'on ne m'a pas demande une seule fois mon identité ! J'ai trouvé dans le Jura une sorte de convivialité, des gens accueillants, toujours prêts à me renseigner ou m'aider. Ensuite, les visites des musées du réseau des MTCC, des Beaux-arts de Besançon m'ont donne un autre regard sur la France, ici les Musées ont beaucoup de
Moyens. Je me souviendrai aussi du musée de la négritude de Champagney engagé, le plus marquant pour moi.
Et la suite de votre projet ?
C'est un chantier important, un exemple pour nous car nous ne sommes qu'au début de notre démarche. J'espère peut-être un partenariat.
Propos recueillis par Samuel Cordier
Le Progrès du 13 août 2010

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