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République du Congo : L’opposition libre de soutenir le président
Le 15 juillet 2009, jour de la proclamation officielle des résultats de l'élection présidentielle congolaise, les partis d'opposition descendaient dans la rue pour une marche pacifique. Au cours de celle-ci, deux manifestants seront blessés par balle.
D’après les enquêteurs de la Police et de la Gendarmerie, la marche du 15 juillet « poursuivait un but louche »[sic], en clair la déstabilisation des institutions de la République. Ladite commission serait donc chargée de savoir « qui avait tiré à balles réelles» sur les manifestants lors de cette marche qui, aux dires du palais de Mpila n’avait pas été préalablement autorisée par le préfet de Brazzaville. Les enquêteurs soupçonnent dès lors les dirigeants de l’Opposition d’être à l’origine de ce tir. Dans cette hypothèse il y aurait donc détention illégale d’armes de guerre.
Bien entendu l’opposition rejette ces accusations. Pour elle « la marche pacifique du 15 juillet 2009 avait pour objet de protester contre l’interdiction par le pouvoir du meeting en salle du Front. En effet, ce jour-là, le Front avait obtenu du préfet du département de Brazzaville, l’autorisation d’organiser, au palais du parlement, une conférence de presse, suivie d’un meeting en salle… ». « C’ est pour exprimer leur désapprobation des interdictions répétées des activités régulières du Front que, spontanément, les militants et sympathisants avaient proposé une marche pacifique, le long de l’avenue des Trois martyrs, marche réprimée dans le sang par le pouvoir qui a fait tirer à balles réelles en direction des responsables du front, blessant deux militants », ajoute-t-on.
A la suite, plusieurs leaders des partis d’opposition, dont des candidats à l’élection présidentielle seront interdits de sortie du territoire.
Ce jour, 27 octobre et après de nombreuses péripéties judiciaires, la cour du Tribunal de Grande Instance de Brazzaville devait se prononcer sur le fond au sujet de cette interdiction.
Communiqué du Front des Partis de l'Opposition Congolaise (FPOC)
Chroniques du harcèlement : aucun juge ne peut oser défier le dictateur.
C'est le mardi 06 octobre 2009 que commençait le feuilleton judiciaire opposant Ange Edouard POUNGUI et le Général Emmanuel NGOUOLONDELE MONGO au colonel de police Jean Cyril DINGA. En effet, c’est ce jour là que devait avoir lieu le jugement au fond, au Tribunal de Grande Instance de Brazzaville, de l'action en annulation pour abus de pouvoir et pour non respect de la présomption d'innocence, portée par Ange-Edouard POUNGUI et le Général Emmanuel NGOUELONDELE MONGO, leaders du Front des Partis de l'Opposition Congolaise.
De report en report, l'espoir d'un délibéré sur cette étonnante affaire nous avait été annoncé pour ce mardi 27 octobre 2009. Il faut rappeler que l'officier de la police des frontières de l'aéroport de Maya Maya, le colonel Cyril DINGA, qui a notifié verbalement à l'un et à l'autre ladite interdiction, ne s'est jamais présenté au Tribunal de Grande Instance de Brazzaville, et que son conseil qui est étrangement celui de l'Etat congolais, ne s'est présenté qu'à l'audience du 20 octobre dernier.
Nous retiendrons ces mots d'Ange-Edouard POUNGUI le 20 octobre 2009 : « je ne me fais aucune illusion sur la décision que rendra le juge qui aurait déjà subi des pressions du clan. On lui reprocherait de n'avoir pas déclaré irrecevable notre requête dès le départ. C'est ainsi qu'à défaut de nous débouter, il se déclarera plus probablement incompétent. Mais ce sera, une fois de plus, la démonstration par l'absurde que le Congo sous SASSOU IV ou V n'est pas un Etat de droit et que la justice y est aux ordres ».
Sans surprise ce mardi 27 octobre 2009, le juge BAYI, Président du Tribunal de Grande Instance de Brazzaville a refusé de dire le droit. Il s'est déclaré incompétent. Comme Ponce Pilate, il « s'est lavé les mains ». Ainsi, l'hypothèse que pronostiquait Ange-Edouard POUNGUI comme la plus probable, a été confirmée.
Qui en effet pouvait voir un juge congolais annuler un acte du dictateur ? La conséquence de cette décision est la prolongation ad vitam aeternan de l'assignation à résidence d'Ange-Edouard POUNGUI à Brazzaville. SASSOU veut l'avoir à l'usure mais il ne l'aura pas !
A l'heure où nous apprenons cette nouvelle, le texte rédigé de cette décision n'est pas encore en notre possession, Maître Amédée NGANGA estimant qu'un délai moyen d'une semaine est nécessaire pour en disposer. Entre temps, nous sommes en possession de la lettre du Procureur de la République interdisant certaines personnes, principalement les leaders de l'opposition, de sortir du territoire. Elle est datée du 21 août et fait mention d'une demande du Général MOKOKI datant du 20 août 2009, soit quelques jours après la première notification verbale de l'interdiction.
Enfin, l'audition de Mathias DZON, autre leader du Front Uni des Partis de l'Opposition Congolaise, par le juge d'instruction, a été reportée au mercredi 28 octobre. Et nous ajouterons que l'hypothèse de voir les leaders de l'opposition défiler les uns après les autres au cabinet du juge d'instruction ITOUA PRIVA, n'est pas à écarter. La procédure d'intimidation continue concomitamment avec la fabrication de fausses preuves d'un complot né dans la tête du dictateur et de son entourage !
Didier Mahouèle ma Makita
27 octobre 2009.

ESSAMY –N’GATSE
Signature illisible

Mardi 3 Novembre 2009
à 04:00:00 db32204
(Congo-Brazza)
Démocratisation
L'on ne saurait trop se féliciter de voir enfin l'opposition se préoccuper de moderniser ses structures et son action. Car le spectacle affligeant offert au peuple congolais avant, pendant et après l'élection présidentielle par les mouvements politiques qui la composent faisait craindre le pire. Le pire, c'est-à-dire son enlisement définitif dans le rejet des institutions, le refus du jeu démocratique, la plongée progressive dans l'illégalité.
L'Histoire dira si cette opposition, qualifiée à juste titre de «radicale» étant donné ses positions, a compris ou non les leçons des évènements qui se sont déroulés dans notre pays depuis un an. Mais le ton et la teneur des propos entendus en fin de semaine dernière lors des « universités » de l'UDR Mwinda semblent indiquer qu'après s'être enfermés dans une impasse, ses leaders veulent s'organiser en vue des échéances électorales à venir. Ce qui pourrait signifier qu'ils sont disposés à se soumettre au verdict de leurs concitoyens lorsque l'heure sera venue de solliciter leurs suffrages.
Si tel est bien le sens des assises qui viennent de se tenir à Brazzaville, la route qui s'ouvre devant l'opposition radicale ne sera pas pavée de roses. Ayant laissé passer l'occasion de s'affirmer face au président de la République sortant et n'ayant cessé depuis lors de contester le verdict des urnes, l'UDR-Mwinda aura fort à faire pour convaincre l'opinion qu'elle entend désormais se plier aux règles du jeu démocratique. Et ce ne sont pas les nobles discours que ses dirigeants ont tenus du haut de la tribune qui pourront à eux seuls effacer l'image désastreuse donnée d'elle-même dans les derniers mois.
Deux actions simultanées pourraient en revanche y contribuer :
Outre la concrétisation du «Chemin d'avenir» tracé par le chef de l'État, ce qui pourrait arriver de mieux au Congo dans le moment présent serait de voir enfin se former une opposition adulte au sein de sa classe politique. Alors, en effet, pourrait s'engager un dialogue constructif sur le futur de notre pays.
Les Dépêches de Brazzaville