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République du Congo - Informations provenant de SYFIA
CRP – Centre de Ressources pour la Presse – Gaston Elbi Enkari – g.elbienkari@gmail.com
Syfia international – Emmanuel de Solère Stintzy – desolere@syfia.info
Brazzaville : Un numéro de téléphone pour dire non au harcèlement
(Syfia/CRP) Depuis décembre dernier, des élèves d'un lycée de Brazzaville dénoncent, grâce à un numéro de téléphone mis en place par une association, le harcèlement sexuel de leurs professeurs et s'informent sur les lois. Petit à petit, les langues se délient.
"C'est devenu mon numéro de référence. Je passe beaucoup de temps à discuter avec la réceptionniste. Je pose des questions sur le harcèlement et les violences faites aux femmes", confie M., 18 ans. Élève de Terminale au lycée Savorgnan de Brazza, à Brazzaville, elle donne aussi ce numéro à ses amis. Une façon pour elle "de faire bloc face aux potentiels agresseurs". Une autre lycéenne du même établissement, âgée de 17 ans, explique de son côté : "J'appelle quand j'ai des doutes sur un article de loi. Je demande qui contacter quand on est victime de harcèlement. La réceptionniste sait toujours comment me répondre."
Depuis décembre dernier, Dynamique Plurielle a communiqué à un échantillon de 256 élèves de ce lycée un numéro de téléphone pour dire non au harcèlement. Les élèves appellent ou envoient des textos. Un franc succès. "La permanence reçoit en moyenne 40 appels par jour. Nous en recevons parfois jusqu'à deux heures du matin !", se réjouit Mirna, membre de l'association. Même si aucun cas de harcèlement n'a été signalé à ce jour, cette animatrice est bien décidée à créer d'ici quelque temps une maison d'écoute au sein de l'établissement pour "recevoir instantanément les victimes."
Au lycée Savorgnan de Brazza, des concours sont également organisés à destination du même échantillon d'élèves. Ces derniers doivent retrouver un chapitre, un titre ou un article de loi. "Un professeur qui met enceinte une élève de moins de 21 ans et que les parents ne reconnaissent pas comme son futur époux, risque six mois à trois ans de prison et/ou une forte amende", rappelle Mirna.
Un numéro aussi à l'université ?
L'animatrice reconnaît cependant les limites du numéro de téléphone mis en place et de l'application de la loi en général. "L'association étant impliquée dans l'établissement, les potentiels agresseurs entretiennent des rapports normaux de professeur à élève. Ils ont peur de se faire prendre dans les mailles de notre filet." Les professeurs ont eux aussi été sensibilisés, mais, comme le souligne Mirna, le réel problème réside chez les victimes : "La peur reste le plus grand frein. Beaucoup de lycéennes préfèrent garder le silence. Elles craignent des représailles ou d'être montrées du doigt."
Arlette Raymonde Bakou, attachée de coopération au ministère chargé de
Forte des premiers résultats obtenus, l'association communiquera un numéro de téléphone similaire dans un autre lycée, à partir de mars prochain. Des étudiantes souhaitent que l'expérience s'étende bientôt à l'université. "Ma meilleure amie a repris trois fois sa première année, puis a décidé de tout laisser tomber pour ne plus subir le harcèlement et les foudres de notre professeur", révèle une étudiante de la faculté des lettres et des sciences humaines de l'Université Marien Ngouabi de Brazza.
Annette Kouamba Matondo
Département du Kouilou : Des paysans indemnisés selon un barème de… 1986
(Syfia/CRP) Au sud-ouest du Congo, les habitants du département du Kouilou voient leur environnement pollué par diverses sociétés qui y exploitent les richesses du sous-sol. Les paysans dont les champs sont détruits sont en plus indemnisés sur un barème vieux de près de 25 ans. Des ONG de droits humains défendent leur cause.
Forêt dense, savane arbustive, bosquets… Hérissons, aulacodes, oiseaux, poissons… A une trentaine de kilomètres au nord de Pointe-Noire, sur
Mais, depuis une dizaine d'années, le mode de vie de certains de ces habitants est perturbé. Dans leur village natal de Mboukou, Jean-Delphin Makaya et son épouse se remettent difficilement de l'épreuve vécue en 2009. Eux qui disent n'avoir que l'agriculture pour financer les études de leurs quatre enfants ont en effet vu le groupe pétrolier ENI raser leur champ de manioc de près de
"Conquérir notre droit à une vie décente"
Comme Jean-Delphin et son épouse, bon nombre de riverains s'inquiètent de l'exploitation des ressources du sous-sol. Ces travaux, qui bénéficient à l'économie du pays, s'accompagnent en effet souvent de pollution des eaux, d'émission de gaz à effet de serre et surtout de destructions de champs. Les entreprises concernées indemnisent généralement les gens dont les cultures ont été dévastées en se référant à un décret présidentiel de… 1986. En vertu de ce "barème d'indemnisation en vigueur en cas de destruction des plantes en République populaire du Congo", une bouture de manioc est compensée à 37 Fcfa (0,05 €), un pied manguier à 60 000 Fcfa (90 € environ). Le texte ne prend pas en compte des terrains en jachère. Il ne fait pas non plus état des arbres dits sauvages, pourtant précieux, car ils fournissent de l'ombre et eux aussi séquestrent le carbone.
Les riverains s'estiment donc lésés. "Nous sommes très mal dédommagés. Les indemnisations sont incompatibles avec le coût de la vie actuelle. Les pouvoirs publics devraient réviser les textes", martèle Pierre Stève Loemba, paysan et porte-parole des communautés de Mboukou. Il ajoute : "Après de nombreux plaidoyers sans résultats, nous avons confié notre problème aux associations de défense des droits de l'Homme pour qu'elles nous aident à conquérir notre droit à une vie décente, à un environnement sain et à l'équité."
Réactualiser le barème
Depuis 2007,
"Effectivement, ce barème est caduc, car les réalités ont changé", déclare M. Tchibinda, directeur départemental de l'Agriculture. Il déclare, de façon assez évasive, que la politique actuelle du gouvernement entend corriger ce dysfonctionnement. "Le plus tôt serait le mieux, car nous avons le droit inaliénable de vivre décemment de notre travail", conclut Pierre Stève Loemba.
John Ndinga-Ngoma
Brazzaville : Des religieuses défendent l’indépendance des filles mères
(Syfia/CRP) À Brazzaville, des religieuses accompagnent des filles mères jusqu’à l’accouchement, leur apprennent des métiers et scolarisent leurs enfants. Des cours d’éducation sexuelle aident ces jeunes mamans à devenir plus autonomes.
Dans une salle de formation, Sœur Catherine, une religieuse plus connue sous le nom de "Maman catho", promène son regard sur les apprenties brodeuses. Certaines font des nappes, d’autres des serviettes, d’autres encore des chapeaux ou des napperons. Nous sommes à
Mme Banzoukassa détaille les étapes de l’aide que son Mouvement apporte aux jeunes mamans : prise en charge jusqu’à la naissance (examens prénataux, layette, etc.), puis scolarisation des enfants et apprentissage de petits métiers pour les plus pauvres. Chaque année l’association aide environ 260 jeunes femmes enceintes et scolarise 1 500 enfants. "Depuis notre création, nous avons sauvé 3 200 vies (enfants à naître, Ndlr)", calcule une religieuse qui a demandé l’anonymat. Elle poursuit : "Notre assistance n’est pas éternelle. Nous aidons ces jeunes femmes pour qu’elles deviennent indépendantes et responsables plutôt que de mendier ou de se livrer à la débauche."
Conscientes de la durée relativement courte (trois ans) de leur formation, les filles mères ont à cœur d'apprendre rapidement leur métier. "J’ai brodé quatre grandes nappes qui m’ont rapporté 217 000 Fcfa (330 €). Une fois par an, nous vendons nos articles au cours d’une exposition", témoigne Chancelle, 25 ans, mère de deux enfants. Une opportunité pour beaucoup de ces jeunes femmes qui vivent encore sous le toit familial de mettre de l'argent de côté et de préparer l’avenir. "La broderie est l’activité phare de l’association. Nos articles sont achetés par des VIP (Very important person) et des Blancs. J’ai ainsi pu investir 150 000 Fcfa (près de 230 €) pour faire un hectare de manioc", confie Chancelle, qui en est à sa troisième année de formation.
Petits métiers et éducation sexuelle
Ce qu’elles apprennent au centre de Mouvement pour la vie leur permet aussi de sortir d’une certaine oisiveté. Laetitia, 26 ans, maman d’un enfant, a intégré le centre en 2008. "Par manque de soutien, j’ai abandonné mes études secondaires en 2000. Je ne faisais plus rien. Le centre m’a transformée. C’est grâce à lui qu’aujourd’hui je reçois des commandes de clients", témoigne-t-elle. Elle ajoute : "À la fin de ma formation, j’aimerais ouvrir mon propre atelier de broderie." En une année de formation, elle a déjà engrangé 65 000 Fcfa (près de 100 €) en exposant et en vendant ses articles.
Par son soutien, le centre veut éviter que les jeunes femmes et leurs enfants ne retombent plus ou pas dans le même piège. "J’ai toujours dit à ma fille d’aller à l’école. C’est la base de tout", affirme Carole, qui chaque matin, le rappelle à sa fille de 12 ans. Elle lui parle également de sexualité. "Nous leur enseignons une sexualité responsable", insiste une religieuse. MV n’est pas la seule association à œuvrer dans ce domaine. Marie-Laure Kibangou, chargée de la communication, du marketing et du plaidoyer à l’Association congolaise pour le bien-être familial (ACBEF), explique que celle-ci a aussi pour but d’éduquer les filles et les garçons pour éviter les grossesses indésirables : "En groupe de dix, nous faisons des causeries éducatives, puis nous formons des pairs éducateurs qui animent des séances d’information." Chaque année, l’ACBEF organise plus de 1 500 de ces causeries et forme en moyenne 30 pairs éducateurs.
Il reste cependant encore du travail pour convaincre les garçons irresponsables... Serge, 24 ans, rencontré à Brazzaville, estime que la grossesse de sa petite amie n’est pas son problème, qu’il peut refuser de l'assumer, simplement parce qu’il est au chômage et n’a pas d’argent. Tout juste envisage-t-il, quand il aura trouvé du travail, de reconnaître son enfant. La fille qu’il a mise enceinte avant de l’abandonner n’a, elle, pas eu d’autre choix que de porter et mettre au monde son bébé dont elle s'occupe seule aujourd'hui.
Au Congo Brazzaville, l’avortement est en effet interdit sauf si la vie de la mère est en danger. Certains parents y recourent néanmoins pour leur fille si elle est encore mineure ou s'ils manquent d’argent.
Jean Thibaut Ngoyi
Brazzaville : Jouer à l'hôpital, un pas vers la guérison
(Syfia/CRP) Une salle de jeu aménagée dans un hôpital de Brazzaville par une association redonne le moral et parfois la santé à des enfants malades. Très appréciée des petits, des parents et du personnel soignant, l'initiative est cependant limitée, car les financements manquent.
"Maman on va à la maison, je suis guéri !" Conduit dans un état fiévreux à l'hôpital de Talangaï, quartier nord de Brazzaville, Rodrigue, trois ans, a pris son traitement, puis regardé le dessin animé Kirikou dans la salle de jeux de cet hôpital. De quoi se sentir soulagé et croire qu'il a recouvré la santé. Aménagé dans le service de pédiatrie, cet espace ludique dispose de téléviseurs, de lecteurs DVD, de divers jouets (voiture, vélo, etc.) et de livres scolaires. Un environnement presque familier... "Le jeu rappelle un peu au malade la maison et lui fait oublier le côté médical qui inspire de la peur", résume le Dr Régis Ntsila, pédiatre à l'hôpital de Makélékélé, au sud de Brazzaville. Sœur Claudine, la religieuse qui encadre bénévolement les activités, estime qu'en permanence, cinq à dix enfants de deux à dix ans fréquentent la salle de jeu de Talangaï.
Cette initiative, lancée en 2007, est l'œuvre de l'Association Veille et réveille pour le développement (AVRD), qui a également aménagé et équipé une salle similaire dans le service de pédiatrie de l'hôpital de Makélékélé. L'idée de créer des espaces de jeux à des fins thérapeutiques prend sa source dans les coutumes bantoues. Suivant cette tradition, explique Martine Béatrice Pongui, présidente de l'association, quand un enfant traîne une maladie chronique, on organise pour lui une fête appelée salaka durant laquelle on distribue des friandises et on invoque les âmes des ancêtres de la famille afin qu'ils intercèdent pour sa guérison. "La salle de jeu joue un peu ce rôle", compare-t-elle.
Certains jeunes malades s'y plaisent tellement qu'ils ne souhaitent plus, comme Junior, retourner chez eux… "Je veux rester ici pour jouer !", marmonne-t-il, semblant déjà moins souffrir de son palu... Non sans une certaine exagération, un parent estime : "Sans cette salle, mon enfant n'aurait pas guéri de son paludisme." Sans aller jusque-là, Sœur Claudine constate que les patients qui y vont pour la première fois sont en général accompagnés et souvent portés. Mais, après les soins, "lorsqu'ils regardent la télévision, jouent et mangent, le lendemain, ils reviennent seuls".
Mieux suivre son traitement grâce aux jeux
Un pédiatre du CHU de Brazzaville confirme que "le jeu contribue à la guérison des enfants". Il leur permet de mettre quelques instants entre parenthèses leur douleur et les incite à mieux suivre leur traitement pour aller ensuite jouer. "Il y a des jouets là-bas ; on va bien s'amuser", invite Emmanuel, hospitalisé depuis trois jours à la suite d'une anémie, s'adressant à un autre jeune patient. À plus long terme, selon le psychologue Julien Makaya, président de l'Association Serment universel, le jeu en milieu hospitalier aident également l'enfant à vivre "sans séquelles psychologiques" que peut provoquer la présence de personnes en blouses blanches, de malades qui gémissent de douleur ou de parents qui pleurent un proche qui vient de mourir.
Cette salle, précise encore le Dr Régis, permet enfin aux adolescents en âge scolaire qui séjournent longtemps dans le centre d'apprendre à lire et à écrire. Le lieu apporte également à ceux gravement atteints une ouverture aux autres. Julien Makaya y a par exemple conduit quelque 20 jeunes porteurs du VIH/sida afin qu'ils puissent établir des liens avec d'autres jeunes de leurs âges. Car, justifie-t-il, "souvent ces enfants vivent dans le rejet et dans la discrimination, et n'ont pas la parole dans leur milieu".
Malgré les multiples bienfaits de ce projet, l'AVRD ne compte que sur ses ressources propres, de plus en plus maigres, pour le faire fonctionner. Du coup, sa pérennité est remise en question. Depuis juillet dernier, la salle de Makélékélé est fermée, les caisses de l'association ne lui permettant plus de payer les 15 000 Fcfa (environ 23 €) de salaire à son animatrice. Pour nous permettre de continuer les activités, lâche Martine, "nous avons l'oreille et les mains tendues partout où nous pouvons avoir quelque chose".
Flaure Tchicaya

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