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Pointe-Noire : Difficile réconciliation des jeunes avec le livre
(Syfia/CRP) "Nos élèves redoutent le livre comme le chat craint l’eau froide !", déplorent autorités, ONG, parents et enseignants de Pointe-Noire. Avec les jeunes, ils regrettent l’insuffisance de centres de lecture à tarif réduit et l’omniprésence des autres loisirs. Ils font aussi des propositions pour redonner le goût de la lecture aux jeunes.
Lycée public Victor Augagneur de Pointe-Noire. À la suite d’une grève déclenchée en avril par un syndicat d’enseignants, beaucoup de professeurs sont absents. Les élèves sont dans les bars, les cybercafés et les salles de jeux vidéo des environs. D’autres errent dans la vaste cour de l’école. Deux filles viennent de passer deux heures à visionner des films pornographiques sur leurs téléphones portables. Deux garçons discutent d’un match de foot du championnat espagnol. "Les élèves auraient pu consacrer ce temps à faire des recherches dans des centres de documentation", regrette M. Bareka, un des censeurs. "Nous avons une bibliothèque, mais les élèves ne la fréquentent presque pas pendant les récréations ou les heures de permanence", déplore un autre responsable de ce lycée, qui a requis l’anonymat.
Dans la capitale économique congolaise, les parents d’élèves sont eux aussi conscients de ce désintérêt des jeunes pour la lecture. "Après les cours, mes enfants se précipitent pour jouer avec leurs camarades, sans penser à regarder l’un ou l’autre manuel que je leur ai pourtant achetés", observe Stéphane Babongui, journaliste et père de trois collégiens. "Je ne lis pas parce que je ne trouve pas de livres à l’école", répond, pour sa part, Dreiche Kikounga, en 5e au collège d’État Emmanuel Dadet Damongo qui, selon le directeur des études, Philippe Mbama, a des livres, mais ne dispose pas de local pour installer une bibliothèque.
Consciente de ces différents problèmes, l'ONG congolaise Les Enfants du Phare a créé en 1999 une bibliothèque dans l’arrondissement 3. Sa présidente, Nona Matouala, née à Pointe-Noire, vit aujourd’hui au Canada. Dans ce centre, l’abonnement annuel ne coûte que 300 Fcfa (0,45 €). Par comparaison, il se monte à 3 000 Fcfa (4,5 €) au Centre culturel français et à 2 000 Fcfa (3 €) au centre de formation suédo-congolais Sueco. Grâce à ses tarifs, Les Enfants du Phare entendent "réconcilier les élèves avec le livre". Pour Antoine Mabiala, un bénévole animé par "l’amour de la lecture et la réussite des enfants", il faut "rapprocher l’élève du livre, car c’est un bon compagnon de réussite". Ce que confirme Dériche Moukamba, en 1re littéraire dans un lycée privé : "Cette bibliothèque, située dans mon quartier, me permet de mener des recherches et de compléter les enseignements de l’école."
Salons, campagnes, contraintes…
Réconcilier les jeunes avec la lecture prendra du temps… Actuellement, seuls 70 abonnés consultent les quelque mille ouvrages diversifiés (romans, bandes dessinées, manuels scolaires, etc.) contre 20 à la création. Antoine Mabiala tente d’expliquer cette "lente" progression en soulignant que les enfants se tournent plus volontiers vers les loisirs offerts par Internet et dans la rue.
A l’occasion de la Journée "Lire en fête" en 2008, Albert Kimbouala, alors directeur départemental de la Culture et des arts, déclarait à ce sujet : "A Pointe-Noire, le livre ou le journal le plus lu, c’est le programme de la Cogelo (Congolaise de gestion de loterie, entreprise spécialisée dans les courses de chevaux, Ndlr)". M. Kimbouala, expliquait ainsi ce phénomène : "Tout le monde ne pense qu’à s’enrichir plutôt qu’à nourrir l’esprit (…) Qu’il lise ou pas, l’enfant sait comment obtenir une bonne moyenne. Et le parent est coupable, puisqu’il encourage son rejeton à être partisan du moindre effort. Conséquence : nous avons des élèves moins instruits et risquons d’avoir à l’avenir des cadres incapables de défendre leurs diplômes."
Pierre Claver Mabiala, directeur à Pointe-Noire de la troupe théâtrale Bivelas (Tonnerre en vili), milite pour des actions originales et parfois énergiques pour attirer les jeunes : "Construire des centres de lecture est une bonne chose, mais il faudrait des mini salons du livre, des campagnes de persuasion dans les écoles relayées par les enseignants. On pourrait également utiliser la contrainte comme jadis dans nos internats."
John Ndinga-Ngoma

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