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LES BALADIOS : le pari fou d’un couple mixte en scène
DUOTHEATRE LES BALADIOS
Ronni Bessi & Guy-Alexandre Sounda
Janvier 2011 - Région Vallée d’Aosta, Italie
L'un est Valdotain et l'autre, Congolais de Brazzaville. Grâce à Mr. Jackie Dussart, président de l’Alliance des Langues Mondiales d’Aoste en Italie, ils se sont trouvés un certain jour d’octobre 2010, entre montagnes et flocons de neige, un peu comme on trouve la fameuse pierre noire par la quelle tombera le ciel, celui qui éclaire le sentier des chèvres. Et jours après jours les montagnes ont fait des petits sur les flancs et eux, Les Baladios, ont eu tout juste le temps de coudre leur tout premier baladin valdotain « Ci sara’ una volta » un spectacle bilingue, français et italien, en 3 temps et 3 mouvements qu’ils ont présenté le 26 janvier à 18 heures à la Cittadellà dei Giovani d’Aosta à l’issue du quel l’Alliance des Langues Mondiales, organisateur de la soirée, a offert un buffet aux publics qui du reste étaient ravis d’avoir assisté à la 1ère représentation de ce couple mixte à qui l’on souhaite de beaux jours colorés…
1. Le premier temps-mouvement retrace l’histoire de deux amis inséparables et antinomiques, qui un dimanche soir débarquent à Aoste avec en tête une idée bien précise : gagner beaucoup d’argent et retourner chacun de son coté pour bâtir la vie qu’il a toujours rêvé. Pour le premier, Tintouin, ce sera une vie en rose dans une chouette bâtisse en pierres ambrées équipée d’un garage supra-biologique et d’une piscine thermonucléaire sur les berges du Lac Rose, ce fameux lagon de 3 km2 entouré de dunes situé à quelques encablures de Dakar. Pour le deuxième, Touintin, ce sera une vie en écailles dorées dans une voiture aux vitres fumées blindées avec une baignoire chromée sur la banquette arrière. Deux vies différentes. Deux vues opposées. Deux mondes aux antipodes du raisonnablement sérieux. Pourtant ils y croient dur comme fer. Chacun à sa façon et à sa vitesse. Et les contradictions ne tardent pas. La concurrence aussi. Chacun veut gagner plus vite que l’autre, courir plus loin et boire plus long. Et à force de barboter continuellement dans la contradiction et la concurrence ils retombent chaque soir sur un pavé jonché de clous…
2. Le deuxième temps-mouvement nous plonge dans un univers abracadabrandesque : six chaises à six pieds, deux combinés téléphoniques d’avant-guerre, mille autres objets épars, deux grenouilles vertes, deux bonnets hollywoodiens et d’autres babioles lourdement rangés dans un coin. Les deux amis, après avoir cherché par monts et par vaux, ont fini par dégoter un boulot sommaire dans un centre de dépôt et d’appel téléphonique bizarrement nommé bureau des objets perdus. Entre leurs coups de gueule presque chroniques. Leurs tâches principales consistent à éplucher du matin au soir les objets hétéroclites que le service de la Voirie ramasse dans la ville après les frasques du week-end, et puis à répondre aux nombreux appels anonymes. Les gens appellent de toutes parts et à toute heure pour un motif ou un autre : un tel appelle parce qu’il aurait perdu sa patience dans un supermarché bondé de mômes et de caniches, un tel autre pour sa raison qu’il aurait laissé tomber à la sortie d’un cinéma, après que sa femme se soit barrée dans la brume avec un étrange inconnu vêtu d’une veste chiffonnée. Et au bout de la 2110e sonnerie, nos deux compères finissent par péter les plombs. Comment ne pas perdre patience et raison lorsque tous nos matins ne sont que délire et déraison dans un verre de vin rouge altéré par le mauvais temps ?
3. Le troisième temps-mouvement : exténués et courbaturés d’avoir à ramer continuellement, nos deux galériens baissent les épaules, ferment les yeux et se prennent à rêver d’un autre monde : celui fait de délices et de bombances qui jamais ne s’éteignent. Et de rêves en rêves, les voilà embarqués dans un délire enrhumé : ils sont sur le toit d’une montagne coiffée de neige, aux pieds d’un baobab qui marmonne à ses heures perdues, ils creusent, fouillent partout, quelqu’un leur a laissé entendre que c’est au pied de l’arbre qu’un marchand de tapis venu des Iles Caïmans avait dissimulé une petite pierre noire nommée la pierre à vœux qui procure bonheur et prospérité, alors ils cherchent avec frénésie et le temps passe, le jour se couche, les vents glacés se lèvent, le ciel se met à cracher des orages, nos deux compères se retrouvent coincés entre les animaux et les bestioles d’un autre âge. Puis arrivent les coups de gueule. Ils bafouillent, s’emportent, sautent, pleurent, se tordent de douleurs et de fatigue. Et s’il n’y avait jamais eu de pierre noire ?
Voilà : trois temps, trois mouvements, trois tonalités, trois perspectives et autant de pistes qui nous mènent à nous-mêmes, au-delà des normes, qui nous font entr’apercevoir notre monde des autres et nos propres mondes éparpillés. Trois registres qui symbolisent deux continents, deux cultures et deux imaginaires. Ce spectacle se veut l’histoire d’une rencontre, celle de deux continents, l’Afrique et l’Europe au détour d’un rire, d’un clin d’œil. Simplement. Rencontre. Echange. Confrontation. Le pari d’un éventuel croisement de rêves et d’histoires…

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