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Le "Parler vrai pour l’Afrique" de Sassou battu en brèche par Nelson Mandela

L’intention de plainte de la Fondation Nelson Mandela contre le président Sassou Nguesso fait couler beaucoup d’encre et entache sérieusement la crédibilité du dirigeant congolais.
Denis Sassou Nguesso fait paraître à l’aune de la campagne électorale qui va le reconduire au pouvoir dans les conditions que l’on sait, un livre à sa gloire : « Parler vrai pour l’Afrique » l’ouvrage associe dès sa couverture le nom de Nelson Mandela à celui de DSN. Quelques intellectuels s’en émeuvent lors de la parution. Voici quelques jours, la version anglaise du livre paraît. Avec elle naît le scandale à travers un communiqué de la Fondation Nelson Mandela
En voici la teneur :
Abuse of Nelson Mandela’s name
Mr Mandela did not write foreword to book by Congo President Denis Sassou Nguesso, as claimed

October 20, 2009 – It has come to the attention of the Nelson Mandela Foundation that a book by Denis Sassou Nguesso, the President of the Republic of Congo, claims to have a foreword written by Nelson Mandela. This is a false claim. Mr Mandela has neither read the book nor written a foreword for it.
The book, entitled Straight Speaking for Africa, is published by Michel LaFon and Africa World Press.
The Foundation condemns this brazen abuse of Mr Mandela’s name. We will be taking appropriate action.
Mr Mandela is still overwhelmed by requests to write book forewords. A year ago he indicated he will no longer be agreeing to such requests.
Verne Harris, responsable intérimaire de la Fondation, précise avoir consulté ses avocats sur la question, pour évaluer les préjudices causées, afin de mener une action en justice.
"C’est scandaleux le nom de Mandela est souvent détourné à des fins politiques et commerciaux, mais cette fois-ci, en affirmant qu’il apporte son soutien à quelqu’un comme Denis Sassou Nguesso, un dictateur dont les élections sont régulièrement truquées et boycottées par l’opposition et, + est encore beaucoup plus préjudiciable +" affirme encore le responsable de la Fondation. "C’est l’un des exemples les plus grossiers ayant un impact négatif direct sur l’héritage de Madiba (Mandela) en Afrique", a t-il encore déclaré.
Un porte-parole de Michel Lafon, l’éditeur français de ce livre, a déclaré que "la préface nous a été fournie par l’auteur du livre, qui est le chef de l’état congolais lui-même, M. Denis Sassou Nguesso". » (in linternationalmagazine.com)[1]
D’évidence, les mots sont bien de Nelson Mandela, mais ils datent de 1996, à une période où DSN n’est plus au pouvoir et ils s’attachent à des faits précis : Part prise par le congolais à la reconnaissance de l’ANC par le régime de l’apartheid et participation du même à l’indépendance de la Namibie. Ce n’est donc en rien un avant-propos rédigé pour l’occasion par l’homme le plus respecté d’Afrique envers un gouvernant putschiste.
Le scandale fait grand bruit, d’autant que la supercherie est l’antithèse même du titre du livre.
Le 22 octobre, l’ex ministre congolais de la communication, Alain Akouala Atipault, surnommé le ministre des démentis, passe par l'intermédiaire de son micro parti politique force Citoyenne présenté comme une ONG une interprétation toute personnelle faisant une fois de plus Sassou la victime de la Fondation Nelson Mandela complice des fonds vautours., Il se permet aussi de parler en nom et place de l'homme le plus respecté d'Afrique :
APA-Brazzaville (Congo) Force citoyenne, une Organisation non gouvernementale (ONG) congolaise s’est insurgée contre les médias anglo-saxons qui contestent le rôle joué par le président congolais Denis Sassou Nguesso dans la lutte de libération en Afrique. « Il n’est pas normal que les médias anglo-saxons tendent à remettre en cause le rôle historique joué par le président congolais Denis Sassou Nguesso dans les années 80 dans la lutte de libération des peuples d’Afrique, principalement ceux de l’Afrique australe », a déclaré le président de Force citoyenne, Alain Akouala Atipault. Selon lui, ce rôle est reconnu par l’ancien président sud-africain Nelson Mandela à l’avant propos du livre du président congolais intitulé « Parler vrai pour l’Afrique ». « Il faut rétablir les faits et reconnaître qu’à 40 ans, en 1986, alors qu’il assumait son premier mandat à la tête de l’OUA (Organisation de l’Unité africaine), Denis Sassou Nguesso n’avait ménagé aucun effort pour appeler l’Afrique tout entièr à lutter contre l’apartheid en Afrique du sud et à la libération totale des peuples d’Afrique australe, notamment en Namibie, en Angola, etc. », a affirmé M. Alain Akouala Atipault. Le président de Force citoyenne a dénoncé une « cabale menée en sous main par les activistes des ONG dites des droits de l’homme, en connexion avec les fonds vautours, qui après avoir été démasqués, puis disparus du terrain des fameux droits de l’homme, réapparaissent aujourd’hui derrière cette campagne médiatique, toujours à des fins de nuire à l’image des présidents Africains dénote de la volonté de déstabiliser l’Afrique ». « L’avant propos de Nelson Mandela, qui figure dans le livre ‘’Parler vrai pour l’Afrique’’, est le reflet de la pensée profonde du président Nelson Mandela à l’endroit de son frère de lutte et de combat Denis Sassou Nguesso », a martelé Aalin Akoula Atipault. « Cette polémique n’est qu’une énième tempête dans un verre d’eau, et n’a pas sa raison d’être au moment où les peuples d’Afrique ont des grands défis à relevés, au regard de la crise qui sévit dans le monde », a-t-il dit. |
« Le président Denis Sassou Nguesso n’a jamais fait usage de faux et ne saurait être l’objet d’une quelconque poursuite judiciaire par la Fondation Nelson Mandela comme l’insinuent les médias anglo-saxons », a-t-il conclu.
« Le nom de Mandela n'appartient pas à la fondation, mais au continent africain », a décrété, sans convaincre, Akouala, avant d’expliquer que les Congolais n’avaient pas « besoin de leur autorisation pour publier ce que Mandela a déclaré après que les Congolais ont donné leur sang pour la libération des pays d'Afrique australe », surtout qu’en l’espèce « ces mots sont de Madiba ».
L’éducation commande dans ce cas qu’on sollicite l'auteur desdits propos (en l’occurrence Mandela) pour savoir s'il permet leur reproduction en préface, en joignant le livre en question. Au cas où cette délicatesse ne leur serait pas venue à l'esprit, il aurait fallu alors préciser la date et les circonstances dans lesquelles ont été tenus ces propos [2].
Le Sassou à qui s'adressait Mandela en 1996 n'est pas le Sassou qui a écrit le livre en 2009. Dans l'intervalle il y a eu les cadavres des guerres (déclenchées par l’auteur du livre) de 1997-1998 au Congo et le massacre de l'affaire des " Disparus du Beach " que plus personne au monde n'ignore. Sans parler des élections truquées à répétition. Mieux, les anciens chefs de l'apartheid ne sont pas assignés à résidence comme les chefs de l'opposition de ce grand pays démocratique qu'est le Congo. (In mwindapress.org)
La vanité affichée par le président congolais qui a laissé passer une telle bourde de son nègre va lui coûter cher en termes d’image face à l’opinion internationale. S’il laisse sa défense entre les mains de 3A, La facture risque d’être encore bien plus élevée. Quand on a tort, on prend un profil bas, monsieur le ministre, mais nous savons tous que ce n’est pas là votre fort.
Comment les choses vont-elles évoluer ? Iront-elles jusque devant les tribunaux ? Il y a fort à parier que le Congo va tenter de régler le problème par un arrangement amiable et monnayé. Nelson Mandela dans ce cas va sans doute prendre la mouche et réclamer un dédommagement symbolique en allant jusqu’au bout de la procédure.
Il fallait y penser avant.
[1] Les éditeurs français et anglais se sont excusés. Lafon a précisé que c'est l'auteur (Sassou) qui a transmis cet avant-propos. Aujourd'hui dans le catalogue en ligne de Michel Lafon, on cherchera en vain le livre incriminé et son auteur. Ils en ont été retirés. Tant mieux, la pub générée par l'affaire aurait pu en faire un best seller.
[2] Selon notre confrère d’ "Afriquecentrale info " citant la fondation Mandela « le Prix Nobel de la Paix [Mandela] avait été contacté il y a un an par l’équipe chargée de la rédaction du livre, mais avait refusé ».

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