Connexion utilisateur
Le foot français et l’affaire dite des « quotas »
Le foot français est au cœur d'un véritable scandale. En effet, après la mutinerie de Knysna en Afrique du Sud lors de la dernière coupe du monde (grève des joueurs pour soutenir leur collègue Nicolas Anelka exclu du groupe pour propos déplacé à l'endroit de con coach Raymond Domenech), le foot français est, une fois de plus la risée du monde sportif. Ace propos, Florent Malouda, milieu de terrain français de Chelsea dans les colonnes du journal l'équipe regrette que tout le monde se mêle de cette histoire. "Chacun y va de sa petite déclaration, et ce ne règle en rien les problèmes qui n'intéressaient d'ailleurs personne il y a quinze jours. On est en plein délire médiatique, avec des procureurs, des avocats, des bonnes consciences, des jugements définitifs, des pour et des contres, explique Malouda. Bien entendu, ce dernier suit le débat, mais pense que l'image de la France va encore en prendre un coup après la Coupe du monde 2010. "Évidemment, la sujet est sensible, important et il me touche, je suis quand même black, hein ? Mais arrêtons ce déballage. Il y a trop d'amalgames, trop d'approximations. La France est encore la risée du monde, c'est triste."
Au cœur du scandale, la Fédération Française de Football (FFF) souhaite mettre en place des quotas discriminatoires dans les centres de formation ; révélation faite par Mediapart. Pour les plus hautes instances du football français, l'affaire est entendue : il y a trop de noirs, trop d'arabes et pas assez de blancs sur les terrains", affirme le site. En substance, le site internet d'investigation affirme que la Fédération Française de Football, la Direction Technique Nationale et le sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc, "ont approuvé dans le plus grand secret, début 2011, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation et les écoles de foot du pays". Le but ? "Limiter, en les triant dès l’âge de 12-13 ans, le nombre de joueurs français de type africains et nord-africains. Une authentique ségrégation appliquée au football", selon l’enquête. "D'après des sources internes à la FFF, scandalisées par le procédé, des consignes ont été données en ce sens ces dernières semaines à différents responsables de centres de formation, notamment l'Institut national français, à Clairefontaine", poursuit le site dirigé par Edwy Plenel, qui assure qu'un pourcentage de 30% de joueurs issus des minorités a été avancé par François Blaquart, nouveau DTN.
Du côté de la présidence de la FFF, même son de cloche. Fernand Duchaussoy a nié avoir passé de telles consignes. "Je n'ai jamais entendu parler de ça et ça m'étonnerait franchement. Ce serait complètement anormal que ça se passe comme ça et je ne l'accepterais pas". Avant d’ajouter : "Il y a un constat, mais ce n'est pas une réflexion. C'est qu'on a plein de joueurs à la double nationalité chez les jeunes et qu'ensuite certains ne veulent pas aller en Equipe de France. C'est un choix, il faut l'assumer. Mais ces problèmes n'ont pas été évoqués au Conseil fédéral".
Si chacun à la FFF nie avec force, les accusations de Mediapart ont fatalement fait réagir aux plus hauts sommets de l'Etat. La Ministres des Sports, Chantal Jouanno, attend que la lumière soit faite sur cette affaire et propose "une inspection générale de la Jeunesse et des Sports qui permettra d'avoir un regard extérieur, donc jugé plus indépendant". Et la ministre de poursuivre : "C'est inimaginable parce que c'est contraire à l'histoire et à l'esprit de la Fédération française de foot, c'est surtout contraire à la loi et à la Constitution", a réagi la ministre, interrogée sur LCI.
Pape Diouf, lui, n'a pas semblé étonné par les révélations de Mediapart. L'ancien président de l'OM a dressé un constat sans équivoque sur les ondes de RMC : "Je ne dis pas qu’elles sont vraies, mais je ne suis pas étonné par ces révélations. La vérité est la suivante. Le football français est à l’image de sa société. Le football français est raciste, il exclut." François Blaquart, le Directeur Technique National et, de fait, principal accusé dans l'affaire des quotas, a décidé de s'expliquer ce vendredi à l'issue du conseil fédéral de la FFF.
Laurent Blanc a fermement dénoncé le vendredi 29 avril les accusations de Mediapart selon lesquelles la FFF souhaiterait mettre en place des quotas discriminatoires dans les centres de formation. Pour le sélectionneur des Bleus, ces révélations sont erronées ; "Je n'ai pas à me défendre, parce que je ne suis pas coupable." D'une phrase, Laurent Blanc a tenté de dissiper, lors d'une conférence de presse, les soupçons qui planent au-dessus de lui après les révélations de Mediapart selon lesquelles la FFF aurait décidé de mettre en place des quotas discriminatoires dans les centres de formation. "Laurent Blanc s'est déclaré tout à fait favorable, je cite, à un tel système", avait persisté Fabrice Arfi sur l'antenne de RTL. Il a été suivi dans ce sens par plusieurs cadres de la FFF et notamment son président Fernand Duchaussoy.
Face au refus de toute l'équipe de la FFF de vouloir mettre en place une telle politique, Mediapart a publié le 30 avril un verbatim dans lequel François Blaquart, aurait déclaré: "On peut s'organiser, en non-dit, sur une espèce de quota. Mais il ne faut pas que ce soit dit". Lors d'une conférence de presse vendredi, il avait démenti la mise en place de quotas discriminatoires à la Fédération française de football. "Bien sûr que je démens, avait-il affirmé vendredi. Venez voir toutes nos actions. C'est une évidence. Ni centre de formation, ni Pôle espoirs (n'ont reçu de telle consigne de quotas)". François Blaquart, 56 ans, était DTN par intérim à l'époque des faits, en novembre 2010. Il a été nommé Directeur technique national le 25 février, en remplacement de Gérard Houllier, parti entraîner Aston Villa. Laurent Blanc, quant à lui, aurait même été plus explicite : « Les Espagnols, ils disent : "Nous, on n’a pas de problèmes. Des blacks, on n’en a pas." ».
Toute cette histoire pourrit considérablement le climat au sein de la FFF et dans le monde du foot français et les réactions ne se sont pas fait attendre : dans l'émission téléfoot sur TF1, Lilian Thuram, ancien défenseur de l’équipe de France, affirme que «J’ai été un peu déstabilisé mais je me suis dit que c’était faux. J’ai passé des coups de téléphone. Fernand Duchaussoy m’a dit que si c’était vrai, ces personnes seraient renvoyées. Nous sommes au cœur d’un scandale», explique l’ancien joueur de Monaco. Pour lui, même le problème de la binationalité est un faux problème, car «les meilleurs seront retenus par la France et les autres joueront pour d’autres pays. Ce seront ceux que l’équipe de France n’a pas retenu.» Comme tout le monde, il attend maintenant le résultat de l’enquête menée par le FFF et le ministère des Sports. «J’espère qu’on va nous apprendre une bonne nouvelle en nous disant que c’était un cauchemar. J’ai bien peur que ce soit vrai», croit savoir Lilian Thuram.
Thuram est soutenu dans sa position par Patrick Vieira, ex-international français et joueur de Manchester City quand ce dernier affirme dans les colonnes du Parisien que «Quand je lis qu'il (Blanc) a dit que "les Espagnols, ils disent: Nous, on n'a pas de problème. Des Blacks, on n'en a pas", ou "qu'est-ce qu'il y a comme grands, costauds, puissants ? Des Blacks", c'est scandaleux ! Ce sont des propos graves», commente Patrick Vieira qui fut champion du monde 1998 en équipe de France avec Laurent Blanc. «Je connais Laurent Blanc, j'ai toujours eu de bonnes relations avec lui. Je ne crois pas qu'il soit raciste, mais je suis surpris du degré de ses commentaires.»
«On peut me dire ce que l'on veut, mais personne n'a été piégé lors de cette réunion, poursuit le milieu de terrain. On n'a forcé personne à tenir ces propos, et pourtant ils l'ont dit, c'est un fait: ça, c'est choquant.» Et de conclure: «Cette histoire est scandaleuse. Je suis choqué, je n'aurais jamais imaginé que des dirigeants du football de notre pays puissent avoir de telles conversations sur l'équipe de France au sein de la Fédération. Jamais!"
Bernard Lama, ancien gardien international et du PSG a déclaré sur BFM-TV que «Tout ça a surpris tout le monde. Aujourd’hui moi ce qui m’a gêné avec Laurent c’est qu’il a nié au départ et qu’il se soit excusé après. C’est surtout ça qui me gêne. Après chacun porte sa croix, à lui de savoir où il en est. A lui de se rendre compte des propos qu’il a tenus et de savoir si c’est l’expression d’un état d’esprit ou pas (…). Je ne peux pas être dans sa tête (…). Mais Ceci dit, les propos sont choquants, c’est clair.»
Mais Laurent Blanc n'a pas que des détracteurs, il compte un bon nombre de soutien comme Christophe Dugarry qui s'est chargé de répondre à son ancien coéquipier lors du Grand Forum sur Infosport. Prenant la défense du sélectionneur des Bleus, craignant même qu'il «s'en aille», Christophe Dugarry est passé à l'offensive : «J'en ai assez de l'agression dont est victime Laurent Blanc, notamment de la part de Lilian Thuram. Il a la volonté de passer pour le juge de la Cour Suprême, et j'aimerais qu'il arrête de donner des leçons à tout le monde.» Pour l'ancien attaquant, Lilian Thuram devrait faire «preuve de retenue vis-à-vis de quelqu'un qu'il connaît et avec qui il a vécu des choses extraordinaires. Il est dur, agressif envers Laurent Blanc, intraitable...» Sur le plateau du 20 heures de France 2, Lilian Thuram s'est défendu de toute agressivité envers Laurent Blanc : «Je suis agressif lorsqu'il s'agit de discrimination. C'est un sujet qui me touche». L'ancien défenseur des Bleus a également précisé sa pensée, estimant que «Laurent Blanc n'est pas raciste». «On en a discuté ensemble au téléphone mais je pense par contre que derrière, il y a une idéologie. Est-ce qu'il a été emmené sur un chemin qu'il ne maîtrisait pas?», s'interroge Lilian Thuram.
Autre soutien de taille pour Laurent Blanc, Bixente Lizarazu, consultant sur TF1, ancien défenseur des Bleus qui « pense que chacun, Lilian Thuram, Patrick Vieira (voir au dessus) doit prendre position: Laurent Blanc doit-il démissionner ? Faut-il couper la tête à Laurent Blanc ? Pour moi c'est non. Laurent Blanc doit rester», a expliqué Lizarazu, champion du monde en 1998 et partenaire de Blanc en défense. «Ce sera un chaos encore plus grand s'il part, a ajouté Lizarazu. Il a redonné de l'allure à l'équipe de France, avec une équipe métissée, avec Alou Diarra capitaine». Revenant sur les propos de Laurent Blanc révélés par Mediapart, Lizarazu a admis une «maladresse», des «propos malheureux», une «mauvaise analyse» alors qu'il aurait fallu parler de «morphotypes». «On ne peut pas fermer les yeux là-dessus, mais on ne peut pas non plus fermer les yeux sur le parcours d'un homme, de 25 ans (de carrière dans le football) sans aucune idéologie raciste, un homme (Laurent Blanc) complètement opposé à tout ce qu'on lui reproche», a conclu l'ancien joueur de Bordeaux et du Bayern Munich.
De son coté, L'ancien numéro 10 de l'équipe de France, Zinedine Zidane est sorti de son silence. Il est venu à la rescousse de son "ami" Laurent Blanc, et assure que ce dernier doit rester à la tête des Bleus. Parmi tous les champions du monde 98, qui s'entredéchirent à propos de la fameuse affaire des quotas, il y en a un qui se refusait à tout commentaire. Et pas des moindres. Mais Zinedine Zidane est enfin sorti de son silence et a clairement défendu le sélectionneur national Laurent Blanc. Dans un entretien accordé au quotidien l'Équipe, l'ancien capitaine des Bleus défend corps et âme le sélectionneur: "Concernant Laurent, on va faire simple et clair : je le connais bien, il n'est bien sûr pas raciste. Je vais même plus loin: il ne raisonne jamais comme ça car ce n'est pas un sujet pour lui ! Je pense que c'est d'ailleurs comme ça qu'il s'est fait emmener dans une discussion équivoque. Lolo, c'est quelqu'un de spontané, qui parle ouvertement, qui ne pense pas une seconde que ses propos peuvent être mal interprétés... et clairement, là, ses propos ont été non seulement très maladroits, mais en plus, ils venaient dans une discussion où d'autres expressions étaient très limites, comme ce mot de 'quota'". Ce qui prouve l'unité des champions du monde 98 a volé en éclat.
Au regard de tout ce tintamarre, nous nous permettons de dire que la question de binationalité évoquée pour mette en place une politique odieuse, ne profite qu'à la France car elle prend les meilleurs joueurs ; les moins bons rejoignent les équipes nationales de leur pays d'origine.
Mais par dessus tout, il faut avouer que le foot français vient d'être sali, et, il est vraisemblable, d'après le verbatim publié par Mediapart, que Laurent Blanc aurait cautionné cette politique. On peut se demander, à partir de là, comment les blacks et beurs de l'équipe de France vont-ils le regarder ; comment vont-ils communiquer, le message va t-il passer quand on a en face quelqu'un qui pratique une politique qui vous discrimine.
Une chose est sûr, l'équipe de France a besoin des blacks et des beurs pour avancer et pour évoluer et avancer. Dans un passé récent, Jacques Chirac disait que « c'est dans la diversité que l'on devient fort ».
Les blacks et beurs ont porté le maillot de l'équipe avec fierté et l'ont défendu avec loyauté : Basile Boli et Abedi Pelé qui offre la league de champion à Marseille, Bruno Ngotty qui offre la coupe des coupes au PSG, Thuram qui assure la qualification pour la finale et Zidane qui offre la coupe du monde aux bleu en 98.
Aujourd'hui, Sagna, Lassana Diarra, Benzema, Mvila, Rami et autres doivent se poser des questions et il leur faut des réponses.


Publier un nouveau commentaire