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"LE CRI DU FLEUVE" premier roman de Katia Mounthault

Née d’une mère guadeloupéenne et d’un père congolais, Katia Mounthault a suivi ses études entre la République du Congo, la France et les Etats-Unis d’Amérique où elle achève des études supérieures en sciences politiques et relations internationales. Elle est diplômée de l'Elliott School of International Affairs de l'Université Georges Washington et travaille actuellement pour une multinationale aux USA.
Katia est certes "née coiffée", elle n'a pas pour autant choisi une voie de facilité. Longtemps patronne des œuvres sociales de la société pétrolière américaine Chevron à Pointe-Noire, elle est l'artisan principal des nombreuses actions menées par cette entreprise au Congo. Katia est aussi la fondatrice du magazine "Avant Garde".
Elle vient de livrer son premier roman, paru chez L'Harmattan.
Katia Mounthault présentera son livre au forum Mbongui de Pointe-Noire le 11 août à 18h30.

LE CRI DU FLEUVE
Katia Mounthault
Encres Noires
LITTÉRATURE ROMANS, NOUVELLES AFRIQUE NOIRE MONDE CARAÏBES Congo Guadeloupe
En reportage pour le compte de CNN, Célia plonge au coeur de l'affrontement des milices qui ont mis à feu et à sang tout un pays. Vitrine ouverte sur les enfants enrôlés dans le ventre des groupements armés, les familles éclatées et les nombreux déplacés, son voyage en Afrique lui permet d'approcher l'une des réalités contemporaines du continent africain. Célia porte ainsi son regard troublé sur un pays d'Afrique Centrale qui, à l'instar des autres pays du continent, tente malgré ses plaies de se reconstruire.
ISBN : 978-2-296-12030-3 • juin 2010 • 174 pages
Prix éditeur : 16,5 € / 108 FF
Notes de lecture :
27/07/10
Katia me propose d'aller chercher un exemplaire de l'ouvrage auprès de sa maman qui réside dans le quartier de l'aéroport. La villa de monsieur Hilaire Mounthault, médiateur de la République, est cossue mais sans ostentation. Madame Mouthault, charmante, me remet l'ouvrage en m'expliquant qu'elle est dans la préparation du cinquantenaire de son mariage. Je la félicite pour ces noces d'or qui coïncident avec le jubilé de l'indépendance du Congo.
Je repars avec l'objet. Il est publié sous la jaquette quelque peu indigente de la collection Encres Noires. La production de la jeune littérature congolaise nous propose trop souvent, sous le nom de roman, de minces plaquettes composées en caractères pour malvoyants. Elles ne contiennent en général qu'une maigre nouvelle. Ici, il n'en est rien, c'est bien un livre que j'ai en mains.
Le titre est une trouvaille. Voici ce qu'elle en dit : "...le thème même du roman a imposé un tel titre. Au cours des guerres, lors de massacres, c'est bien souvent dans un fleuve ou dans une rivière que l'on jette des corps, sans doute dans l'objectif de faire disparaître toutes traces. Alors, imaginez que le fleuve s'érige contre tout cela, lève ses eaux dans un cri de révolte."*. Pensait-elle aux évènements du Beach en prononçant ces mots ?
J'entame avec plaisir la lecture, non sans remarquer la surprenante citation du poète américain Allen Ginsberg, l'un des sulfureux fondateurs de la "beat generation". "I saw the best minds of my generation destroyed by madness." (J'ai vu les meilleurs esprits de ma génération détruits par la folie.)
Le style est très visuel, bourré de détails et d'émotions, incontestablement féminin. J'aime...
Célia rentre au pays, elle retrouve une Brazzaville post conflit qu'elle a bien du mal à reconnaître, c'est à la fois sa ville et une autre qui lui est étrangère. On ressent profondément l'atmosphère lourde et délétère d'un pays en déliquescence prêt à retomber dans les horreurs de la guerre civile. Tout le monde s'y défie de tout le monde.
J'avale les vingt premières pages avant qu'une coupure de courant ne me propulse à regrets vers mon lit.
A ce stade de la lecture, et malgré les dénégations de Katia : "Je ne suis pas Célia. Dans le roman, c'est Célia, une journaliste en reportage pour le compte de CNN qui parle et qui conduit le lecteur à travers son regard. Il s'agit bien d'une fiction où l'imaginaire prend corps avant tout. Le reste n'est que pure coïncidence car inconsciemment quand on écrit, on puise aussi dans son vécu !" *, il est bien difficile de ne pas l'identifier à l'héroïne, tant les deux femmes se ressemblent, aussi bien socialement que dans leur parcours universitaire.
* In "Les Dépêches de Brazzaville"
29/07/10
De fait, l'œuvre peut-elle vraiment s'appeler roman ? C'est surtout une suite de regards sur les souvenirs et sur la vision de Brazzaville en guerre de la narratrice (que jamais je n'ai pu différencier de Katia), de témoignages, la plupart du temps fort bien restitués, sur la guerre (objet du reportage que Célia est venue faire) et d'extraits des notes de son frère Frédéric. On le devine décédé. Ces notes sont issues d'un cahier dont elle ne nous dit pas comment il lui est parvenu. Dans l'avion qui la conduit à Pointe-Noire un homme lui dit avant de fondre en larmes "J'ai bien connu votre frère. J'avais quitté la capitale avec lui.../... J'ai retenu comme le refrain d'une chanson le nom de toutes les contrées que nous avons traversées de Brazzaville à Pointe-Noire.../... Il y en avait dix-huit : Mindouli, Kinkala, Loutété, Madingou, Nkayi, Dolisie, Kibangou, Banda, Moungoudi, Ndendé, Tchibanga, Ngongo, Poumbou, Kola, Kakamoéka, Madingo-Kayes, Bas-Kouilou, Loandjili."
Célia demeure vraiment détachée des faits de guerre, elle ne les constate jamais in vivo mais seulement leurs conséquences. Alors que Brazzaville tente de se protéger des faits de guerre et des effets de la pénurie, elle se détend en prenant un bain.
Il y a de la rébellion sous la plume de Katia Mounthault, mais elle n'a rien d'une passionaria à la Patty Hearst. Célia demeure avant tout une jeune femme de bonne famille qui a aucun moment ne se met en danger pour les besoins de sa mission. Célia est à peine un fil rouge reliant les différents éléments. Elle ne nous dit pas grand chose de ce qu'elle fait de son séjour dans la ville mis a part ses visites à la famille, elle parfaitement décrite. Tout juste un instant on croit qu'une idylle va naître, mais il n'en est rien, il est dommage qu'elle nous en dise si peu sur elle même. C'est sans doute de la pudeur puisque, j'en suis certain, Katia et Célia ne sont qu'une seule et même personne.
Le style demeure très imagé et se lit avec facilité. Nous nous garderons bien d'être aussi dithyrambiques que congo-pageportail.com qui sous la plume de Christian Brice Elion crie au chef d'œuvre. Il n'en demeure pas moins que l'ouvrage aborde de nombreux problèmes qui rendent bien difficile le progrès du Congo vers une politique réellement démocratique.
L'Harmattan par contre est l'objet de toutes mes critiques. Son travail éditorial obère celui de l'écrivaine. Les coquilles sont innombrables. Ce livre laisse une impression de bâclage dont je ne saurais rendre responsable Katia. Pour une maison de cette renommée ça a pour nom sabotage !
Dois-je recommander la lecture de ce livre ? Oui, on y apprendra beaucoup de choses, en particulier que ce n'est pas parce qu'on appartient à un bord qu'on approuve tout ce qui s'y fait. Katia Mounthault possède une plume à même de beaucoup progresser. Ce coup d'essai n'est pas encore un coup de maître mais il laisse augurer qu'à la seconde tentative elle marquera l'essai... si elle trouve un autre éditeur.

Pour commander le livre, juste à cliquer sur le lien L'harmattan.fr
Prix éditeur : 16,5 € / 10.900 FCFA environs , les frais de transport en sus...
J'ai voulu commander le bouquin, et l'Harmattan m'a proposée une version ebook!
Alors j'ai préféré attendre la version papier quand elle fera son apparition sur les tablettes...
Le cri du fleuve
Katia Mounthault
16,50 €Livraison gratuite (voir conditions)
Ben ouais, faut patienter...