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Le chef à toujours raison (air connu)
On reconnaît un chef à son embompoint, à sa grosse voiture et au fait que quelque soit le conflit qui vous oppose à lui, vous aurez tort. Ce dimanche , je pars de chez moi pour aller faire quelques courses alimentaires.
Je rate le passage sur le pont de Songolo de quelques secondes, quelqu'un s'est engagé avant moi en sens inverse. Comme le pont est à voie unique je suis bien obligé de prendre mon mal en patience. Des vagues de véhicules arrivent les unes après les autres du côté opposé. Enfin le pont est libre bien que de l'autre côté un gros 4x4 Nissan accélère pour ne pas être bloqué alors qu'il est encore à une trentaine de mètres du pont. Il est à noter que les panneaux de signalisation donnent priorité aux véhicules entrant sur Pointe-Noire, c'est mon cas. Je m'engage suivi par un énorme camion benne. Le 4x4 en fait autant mais en sens inverse et nous nous retrouvons face à face alors que j'ai largement franchi la moitié de l'ouvrage. L'usage veut qu'en pareil cas celui qui peut dégager le plus facilement le fasse, mais mon adversaire considère d'évidence comme indigne de lui de céder le pas à une petite Starlett.
Derrière le parebrise fumé du 4x4 je devine un gros bonhomme gesticulant. Je suis bloqué par le camion benne arrêté un mètre derrière moi. Je coupe le contact sentant que la situation va mettre un certain temps, voire un temps certain pour se débloquer. Des témoins vont voir le conducteur du Nissan pour lui demander de reculer, d'évidence il refuse en s'agitant de plus belle et me montrant du doigt.
Arrive un policier en uniforme, il se rend à son tour à la portioère du 4x4, claque les talons et salue militairement.
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Le poussah est de plus en plus agité et m'indexe de façon de plus en plus agressive. Les passants réagissent discrètement en passant à côté de moi : "On est pas colonel par hazard" dit l'un d'entre eux, un autre répond "Non, on est pas colonel par hazard".
Des deux côtés du pont les véhicules s'entassent le plus anarchiquement du monde. Le colonel ne veut toujours rien savoir et tout est bloqué depuis déjà un bon quart d'heure. "Il n'y a pas de solution" dit quelqu'un. Le camion benne n'a pas la place de reculer, mais le chef ne démord toujours pas.
Désolé, le flic se décide à faire garer les véhicules de mon côté pour que le camion benne puisse reculer et moi aussi par la même occasion.
Quand il passe à côté de moi, le colonel descend sa vitre, je suis mort de rire, je lui dis "Bravo colonel, vous avez gagné". Le gros type furieux me dit "Et ça vous fait rire" que puis-je répondre d'autre que "Ah oui alors, ça me fait rire".
25 minutes de perdues pour un bête problème de prévalence idiote. Un passant me dit : "Il est chez lui", je réplique que c'est vrai et donc que ça lui donne le droit de ne pas respecter le code de la route et les convenances.

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