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Le barrage d'Imboulou présente-t-il toutes les garanties de sécurité ?
En divisant par 100 l'espérance de vie du plus grand barrage du monde, construit sur son territoire, la chine reconnait implicitement son incompétence et son inconséquence.- Quelle serait la hauteur de la vague qui parviendrait à Brazzaville par le fleuve Congo, heureusement très large à ce niveau ?
- Quel serait l'impact sur notre voisin la RDC jusqu'à l'estuaire ?
- Une telle catastrophe ne risquerait-elle pas d'envenimer jusqu'à l'irréparable les relations entre les deux Etats frères ?
Le barrage des Trois-Gorges va-t-il céder?
Par PHILIPPE GRANGEREAU De notre correspondant à Pékin (Libération)
Le barrage des Trois Gorges. (REUTERS)
Le barrage des Trois Gorges a-t-il vraiment les reins solides? Alors que des inondations catastrophiques, qui ont causé la mort de plus de 700 personnes, ravagent en ce moment le sud de la Chine, les autorités chinoises n'en sont plus aussi sûres qu'avant.
«La capacité de contrôle des flux du barrage n'est pas sans limites», vient de déclarer Cao Guangjing, le directeur de la Corporation des Trois Gorges. Cao, jusqu'alors connu pour ses avis toujours aussi orthodoxes qu'optimistes sur les bienfaits du plus grand barrage du monde, a expliqué «que celui-ci pouvait faire face à des débits de 87.000 mètres cubes par seconde, mais qu'au-delà d'un courant de 122.000 mètres cubes par seconde, le barrage serait en danger».
Mardi dernier, la pression des eaux sur le cours du Yang-Tsé kiang a dépassé les 70.000 mètres cubes par seconde. Les eaux du réservoir de 600 km de long étaient montées de quatre mètres en une nuit, et elles n'étaient plus qu'à 20 mètres de la crête du barrage - qui mesure 175 mètres de haut. Le débit est depuis redescendu. Mais des pluies intenses sont encore attendues dans les semaines à venir, et personne ne peut préjuger de l'impact que pourrait avoir le changement climatique sur les glaciers de l'Himalaya qui se déversent dans le Yang-tsé lorsqu'ils fondent.
La construction de l'impressionnant ouvrage hydroélectrique, qui a commencé en 1994, n'a été achevée que l'an dernier, à un coût d'environ 30 milliards d'euros. Mais la foi des officiels à l'égard de ce projet controversé, qui a requis le déplacement de 1,3 million d'habitants, n'a cessé de fléchir au fil des ans.
En 2003, un document officiel proclamait que le barrage, situé à Yichang dans la province du Sichuan, «a la capacité d'encaisser les pires inondations depuis 10.000 ans». En 2007, les cadres responsables ne parlaient plus que «des pires inondations en 1000 ans».
En 2008, peu après le séisme dévastateur du Sichuan (68.000 morts), la capacité du barrage a de nouveau été dévaluée, celui-ci n'étant plus capable de retenir «les pires inondations depuis un siècle». «Je peux garantir absolument que le barrage peut contenir les pires inondations depuis 100 ans», répétait hier son directeur Cai Guangjing.
Les barrages meurtriers
La rupture d'un barrage, pour rare qu'elle soit, n'a rien d'exceptionnelle. Il existe des milliers d'ouvrages de ce type dans le monde et, presque chaque année, un ou deux barrages cèdent. Comme il s'agit surtout de petites retenues d'eau, ces ruptures ne provoquent que rarement des catastrophes. Celles de l'ampleur de Malpasset n'en sont que plus spectaculaires.
Barrages-poids... ( c'est le type de construction choisie pour Imboulou) Le type de barrage le plus fréquent et le plus ancien est le barrage-poids. Il s'oppose à la force de l'eau qu'il retient par sa propre masse. Ces ouvrages sont manifestement les plus fragiles. La première grande catastrophe causée par l'un d'eux se produisit en Espagne, au début du 19éme siècle. Construit entre 1785 et 1791 pour permettre l'irrigation de la région aride de Murcie, le barrage de Puentes craque en 1802, lorsque les fortes pluies le remplissent pour la première fois. Six cents personnes meurent dans l'accident. Plus d'un siècle plus tard, à Los Angeles en 1928, un autre barrage-poids, construit apparemment en dépit du bon sens, cède, tuant 420 personnes.
... et barrages-voûtes. En revanche, la rupture de barrages-voûtes du type de celui de Malpasset est rarissime car ils sont très solides. En témoigne une autre catastrophe, intervenue à Vaiont, dans les Alpes italiennes, le 9 octobre 1963. Ce jour-là, un pan entier de la montagne tomba brutalement dans le lac de retenue. Les gerbes d'eau s'élevèrent à 150 m de haut et une vague de 100 m passa par-dessus le barrage pour ravager la vallée et noyer 2 600 personnes. Pourtant, la voûte du barrage n'a pas cédé et elle reste intacte encore aujourd'hui. Le barrage-voûte a, en effet, la particularité de se renforcer à mesure que la pression de l'eau augmente. Il est donc à peu près indestructible... pourvu que ses appuis soient solides.
in ecolo.org
by Frank Bruel in ecolo.org
Fréjus sous les eaux du barrage : en pleine soirée, alors qu'il faisait déjà nuit, une vague de 40 mètres de haut déferla dans toute la vallée en aval de Malpasset, jusqu'à la ville de Fréjus.
Au début de l'hiver 1959, les pluies torrentielles vinrent remplir pour la première fois le nouveau barrage de Malpasset, en amont de Fréjus, dans le sud de la France. Lorsque celui-ci cèda soudainement, le 2 décembre 1959 à 21h13, près de 50 millions de mètres cubes d'eau déferlèrent, ravageant campagnes et villages jusqu'à la mer. C'est la plus grande catastrophe de ce genre qui ait jamais touché la France.
"De tous les ouvrages construits de main d'homme, les barrages sont les plus meurtriers".
Ces mots sont ceux du constructeur du barrage de Malpasset, l'ingénieur André Coyne alors président de l'Association internationale des grands barrages et spécialiste incontesté de la construction des barrages-voûtes, qui décéda 6 mois après la catastrophe.
Un barrage pour le Var
La construction d'un barrage dans la région de Fréjus est envisagée juste après la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre des grands projets d'équipement du pays. Son principal objet est de constituer un réservoir d'eau permettant d'irriguer les cultures dans une région où les pluies sont très irrégulières. Le conseil général du Var, maître d'œuvre de l'opération, reçoit une importante subvention du ministère de l'Agriculture. Il fait alors appel au grand spécialiste des barrages-voûtes, André Coyne, "auteur" du barrage de Tignes par exemple. Le site choisi est celui de la vallée du Reyran, un torrent sec l'été et en crue l'hiver, au lieu-dit " Malpasset ", un nom qui perpétue le souvenir d'un brigand détrousseur de diligences.
L'inauguration. puis la mise en eau partielle du barrage ont eu lieu en 1954. Mais la faiblesse des pluies des années suivantes, d'une part, et une longue procédure judiciaire avec un entrepreneur qui refuse de se laisser exproprier, d'autre part, ralentirent singulièrement cette phase de remplissage. En 1959, la Côte d'Azur reçoit des pluies diluviennes, le niveau de l'eau monte très rapidement - trop rapidement pour permettre un contrôle convenable des réactions du barrage. D'autant qu'il est impossible, à ce moment, de lâcher de l'eau : la construction de l'autoroute juste en aval du barrage interdit d'ouvrir les vannes - sauf à endommager les piles d'un pont dont le béton vient d'être coulé. Le 2 décembre à 18 heures, les responsables du barrage décident tout de même de laisser s'écouler un peu d'eau, la capacité maximale de l'ouvrage étant atteinte.
Une vague de 40 mètres
Le barrage est donc rempli à ras bord lorsqu'il cède, à 21 h 13 exactement. Le bruit du craquement de sa voûte alerte en premier le gardien de l'ouvrage, qui se réfugie en haut de sa maison, à 2 km et demi en aval. Bien lui en prend : une gigantesque vague de 40 m de haut déferle dans l'étroite vallée à la vitesse de 70 km/h. Balayant tout sur son passage, elle débouche sur Fréjus 20 minutes plus tard, avant de se jeter dans la mer.
Le plan ORSEC - plan d'organisation des secours - est immédiatement déclenché. Les militaires des bases locales ainsi que des hélicoptères de l'armée américaine basés dans les environs s'occupent de porter secours aux survivants, mais aussi de dégager les corps des victimes. Le général de Gaulle, président de la République, venu sur place quelques jours plus tard, découvre une zone totalement sinistrée. La catastrophe a fait 423 victimes. Par ailleurs, 2,5 km de voies ferrées ont été arrachés, 50 fermes soufflées, 1000 moutons et 80 000 hectolitres de vin perdus.

A Fréjus et tout au long de la vallée en aval de Malpasset, lorsque les eaux se retirèrent, les sauveteurs découvrirent le lendemain matin un spectacle de désolation. 423 morts et disparus, tel est le triste bilan de lacatastrophe de Fréjus, après la rupture du barrage de Malpasset.
Pourquoi ?
Après plusieurs années d'enquête, expertises et contre expertises, deux rapports sont remis aux autorités judiciaires, qui cherchent à déterminer les responsabilités du drame. Ils écartent l'hypothèse d'un ébranlement dû à un séisme - phénomène fréquent dans la région - ou à des explosifs utilisés pour la construction de l'autoroute. L'emplacement du barrage, en revanche, est mis en cause.
Les barrages-voûtes sont réputés pour leur exceptionnelle solidité, la poussée de l'eau ne faisant que renforcer leur résistance. Malgré la très faible épaisseur du barrage de Malpasset : 6,78 m à la base et 1,50 m à la crête, ce qui en fait le barrage le plus mince d'Europe, la voûte elle-même est entièrement hors de cause. Mais ce type d'ouvrage doit s'appuyer solidement sur le rocher, ce qui n'était apparemment pas le cas à Malpasset. Certes, la roche, quoique de qualité médiocre, était suffisamment solide, en théorie, pour résister à la poussée. Mais une série de failles sous le côté gauche du barrage, "ni décelées, ni soupçonnées" pendant les travaux de prospection, selon le rapport des experts, faisait qu'à cet endroit la voûte ne reposait pas sur une roche homogène. Le 2 décembre 1959, le rocher situé sous la rive gauche a littéralement "sauté comme un bouchon", et le barrage s'est ouvert comme une porte...
Des travaux supplémentaires, impliquant délais et coûts accrus, auraient-ils permis d'éviter la catastrophe ? A-t-on pêché par hâte ou imprudence ? Ce n'est pas, en tout cas, l'avis de la Cour de cassation, dont l'arrêt conclut en 1967, après maintes procédures, qu'aucune faute, à aucun stade, n'a été commise ". La catastrophe de Malpasset est ainsi rangée sous le signe de la fatalité.

Photos du barrage avant et après sa rupture le 2 décembre 1959. La solidité de l'assise de l'ouvrage sur les rochers était insuffisante.

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