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La grande nausée
Comme à l’accoutumée, dès que le pouvoir de Brazzaville, désormais dans le collimateur de la communauté internationale, est sérieusement ébranlé ; la meute oyocratique rivalise de mâles propos dans la fustigation des trouble-fêtes. A coups de divagations, plus insipides et plus abjectes les unes que les autres, elle prétend pourfendre « les ennemis de la nation ».
A la faveur de « l’affaire des mallettes »(1), menée tambour battant par Robert Bourgi, les griots du « Chemin d’Avenir » n’ont pas dérogé à la règle. Dans un abyssal déficit de sincérité, le Porte parole du Gouvernement, Bienvenu Okiémy s’est une fois de plus illustré dans l’esquive et la tangente ; des arts qu’il manie, somme tout, comme sa langue maternelle. Pour nous gaver de pestilences, il a osé affirmer avec emphase que des sommes colossales ne pouvaient aucunement être soustraites du Trésor public congolais par son « Propriétaire » Sassou Nguesso, sans que cela ne puisse susciter une levée de boucliers. Les procédures y seraient scrupuleusement respectées. Un véritable scoop. Ce serait une inovation, si se servir dans « l’épicerie familiale »(dixit Ngouolondélé) devenait répréhensible ! Mais de qui se moque-t-il ce Ministre?
Evitons toute circonlocution : le spectaculaire dédouanement d’Abdoulaye Wade et de son fils Karim par Bourgi, n’absout nullement Sassou Nguesso et feu Omar Bongo, deux piliers de la Françafrique. D’ailleurs, alors que Maître Wade et son fils menaçaient vigoureusement de porter plainte pour diffamation, Brazzaville et Libreville sont dans une assourdissante torpeur.
Là où le bât blesse, au point de susciter une grande nausée c’est le toupet de ce pouvoir qui estime que cette affaire est exclusivement franco-française, et que seuls des relents colonialistes justifieraient que l’honneur et la souveraineté du Congo soient mis à mal, comme dans l’affaire des « Biens mal acquis ». Il feint d’ignorer que la postérité ne rendra à chacun que les honneurs qu’il aura mérités et que toute souveraineté est une authentique et perpétuelle conquête.
D’ailleurs, de quelle souveraineté nous parle-t-on quand les fondements d’un Etat républicain et indépendant sont chaque jour si joyeusement jetés aux orties ?
Aucun pays, sur ce vaste planisphère, ne peut soutenir la comparaison avec le nôtre, à cause de la singularité des comportements de nos dirigeants. Aucun pays ne cultive le culte de la dépendance autant que le nôtre. Aucun pays ne méprise ses habitants autant que le nôtre. Aucun pays ne croit à la puissance des forces extérieures, au détriment des forces internes dans le processus de développement, ou dans la gestion du pouvoir autant que le nôtre. Oui, nos dirigeants sont mal élus ou pas élus du tout, ils refusent toute «normalité», ils redoutent, d’être sevrés de toute dépendance, même encombrante et infâme. Ils n’ambitionnent pas du tout d’être à la table des hommes et femmes qui font l’Histoire en construisant leur monde. La franc-maçonnerie, la Françafrique, le FCFA sont des impedimenta que nos dirigeants font peser comme un boulet sur les épaules de notre pays, accentuant chaque jour notre vassalisation et notre extraversion.
Le plus important dans cette affaire n’est pas tant dans le contenu des mallettes provenant de Sassou et/ou de Bongo que transportait, dans le clair-obscur, Robert Bourgi au compte de Chirac; celles-ci ne constituent que des détails d’une vaste et ruineuse escroquerie accomplie par ces deux satrapes et leurs complices Français. Comment peuvent-ils avoir l’outrecuidance de se livrer à des pratiques d’une telle laideur morale, sachant que leurs populations respectives sont exposées aux affres inimaginables ? Une autoflagellation justifierait-t-elle une telle conduite ? Ces questions en appellent d’autres: Que se passe-t-il derrière ces mallettes ? Elles garantissent quoi ? Elles protègent qui ? Elles protègent contre quoi ? Les réponses coulent de source...Un véritable secret de polichinelle.
Nous avons tous en mémoire, l’hystérie qui s’était emparée de Jacques Chirac quand il congratula ostensiblement, Dos Santos d’avoir envoyé ses militaires à Brazzaville, pour -officiellement- mettre un terme aux souffrances des congolais empêtrés dans une guerre civile sans merci. Il fallait se rendre à l’évidence et ne pas se faire d’illusion. Seules les bornes politiques pouvaient croire à un soudain et désintéressé attachement du Président Français au peuple congolais, martyrisé par ses dirigeants.
Alexis de Tocqueville l’avait relevé très tôt : « la France reste spécialiste des règles dures et des applications molles ». Et à son contemporain le Général De Gaulle de renchérir : « La France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ». L`hypocrisie de la rhétorique diplomatique d`aujourd’hui est tout bonnement mise à nu. Les lois et les principes vantés dans ce pays sont bons quand ils s’appliquent aux autres, notamment aux pays africains francophones. Les dirigeants Africains putschistes ou non élus, sous perfusion politique, « Grands maîtres » et Représentants locaux de la franc-maçonnerie, principaux acteurs de la nébuleuse Françafrique, sont à la merci des humeurs de leurs protecteurs hexagonaux.
En conséquence, nos analystes politiques, nos journalistes et notre « opposition », à la lumière des dénonciations de Robert Bourgi, ne devraient pas se contenter de relayer les propos et analyses des médias français mais ils devraient poser les questions fondamentales qui se posent, sur le fonctionnement de nos économies, sur nos politiques culturelles, sur le pacte colonial, sur l’état de la démocratie dans nos pays, car l’existence de la Françafrique, avec son économie, sa diplomatie parallèle ; avec sa politique culturelle, et l’utopie de bâtir des régimes démocratiques, dans les mêmes pays, sont antinomiques. Elle est et demeure ce qu’elle est, quelle que soit la nature du régime politique à la tête de l’Etat français. Que ce régime soit de droite avec Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, de centre avec Giscard d’Estaing, de gauche avec François Mitterrand, la Françafrique ne renonce pas à ses manœuvres criminelles.
Tout le génie de Foccart est ici : son monument échappe à toute éthique et à toute idéologie politique. C’est là un des aspects de l’exception africaine dans la politique française et dans le comportement de ses élites et de ses médias. S’il y a Françafrique il ne peut y avoir de démocratie, qu’il ne faut pas confondre avec le multipartisme; la Françafrique constitue plutôt de confortables nids pour les dictatures. Et s’il y a démocratie, il ne peut y avoir de réseaux criminels et «voyous» comme ceux de la Françafrique. La coexistence des deux phénomènes est impossible.
Après tant de crimes, il est normal que Robert Bourgi tienne à «soulager sa conscience», si tant est qu’il en ait une. Les pratiques nauséeuses, qui sont du reste un frein d’une puissance insoupçonnée contre le progrès social et le développement, ne seront éradiquées qu’avec un véritable assainissement de la vie politique. Sur ce, nous devons œuvrer pour un système qui nous offre la possibilité de se rebeller contre le fatalisme en conspirant un avenir désiré. C'est cet esprit de résistance face à l'adversité et d'action militante pour la conquête du futur qui nous permettra de faire florès. A l'inverse, s'endormir sur la rente pétrolière (qui du reste, ne profite qu'à Sassou, à son clan et ses protecteurs) et se résigner à subir les changements, ne peuvent conduire qu'à l'implosion irréversible de notre cher Congo.
Djess dia moungouansi
<!--[if !supportLists]-->(1) <!--[endif]-->Lire à ce propos le dernier ouvrage de Pierre Péan : « La république des mallettes »- Septembre 2011- Editions Mille et une nuit

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