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La difficile renaissance des ancêtres
La « Nuit des Griots » dont la quatrième édition s’est déroulée du 20 au 22 mai à Pointe-Noire, a pour but final de faire rayonner de nouveau l’Afrique à travers son label culturel qui est l’oralité. Le chemin est en revanche encore long.
Grâce à l’oralité, l’Afrique est entrée dans le panthéon des grandes civilisations que l’Humanité ait connues. Contes, légendes, comptines ou règlement des différends sous l’arbre à palabre ont constitué au fil des siècles passés tout un trésor culturel pour le « Berceau de l’humanité ». Mais un trésor qui est tombé depuis des lustres en désuétude suite à l’invasion des cultures exotiques, notamment occidentales.
Pourtant, de nombreux Africains semblent ces derniers temps déterminés à exhumer cette richesse culturelle sans doute enfouie dans les profondeurs abyssales du passé lointain. Parmi eux, le congolais Joël Nkoukou qui, depuis quatre ans, invite parents, amis et connaissances de toute l’Afrique à célébrer les « Nuits des Griots » au Centre Culturel pour Enfants (Cce) au quartier Mpaka de Pointe-Noire. Objectif principal, « redonner à l’Afrique sa splendeur de jadis et naguère ».
Le message de Joël est souvent entendu. Tant des défenseurs de l’oralité comme l’Ivoirienne Koffi Amoin (une des actrices du film ivoirien Ma Famille), la Congolaise (Kinshasa) Riya Carbonèse et le Congolais (Brazzaville), Nestor Mabiala (Pointe-Noire) sont déjà venus à Pointe-Noire pour présenter à travers histoires et chants, les menus culturels de leurs sociétés ancestrales.
Cette année encore, à l’approche des grandes vacances et à l’orée de la coupe du monde de football qui se jouera pour la première fois en Afrique, Mpaka a encore eu droit en cette nuit sabbatique aux prestations d’éminents griots comme Alain Ngono, Christian Ouissika, Tata Bouesso, Ya Vhos, Prince Mpoutou, Didier Ongali Ndinga (Pointe-Noire), Jean François NKéritila, ou Jean Didier Malonga (Brazzaville). Les conteurs aussi ont exprimé tout leur savoir-faire. Le cas du duo Germaine Ololo et Gisèle Tchicaya qui a emballé l’assistance par l’histoire de Marie Ilongo, la plus belle femme de la planète dont les noces provoquèrent la colère du roi lion. C’est dire que les ménestrels, les troubadours ou les aèdes africains sont en train de ressusciter progressivement.
Et quelle place occuperont-ils en cas de totale résurrection ? Certainement, ils se confronteront à des nouveaux défis comme l’affirmation dans des sociétés où les fils et filles d’Afrique se sont égarés au milieu de mille et une cultures importées. Ils pourront par exemple constater que les Blancs sont plus nombreux que les Noirs à assister aux Nuits des Griots. Les Occidentaux (cas du Centre Culturel Français de ou de quelques résidents français) sont quasiment les seuls à apporter des appuis techniques, matériels et intellectuels à cette initiative. Ils pourront peut-être demander aux autorités le pourquoi de leur indifférence, alors qu’elles sont pour la plupart le produit de l’Afrique traditionnelle…
Comme quoi, l’Afrique a aujourd’hui du mal à se souvenir d’où elle est partie. D’où ses grandes enjambées vers un futur émaillé d’incertitudes !
John Ndinga-Ngoma

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