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ACTUALITÉ
Journée des droits de l'Homme du 10 décembre 2010
Congo Brazzaville : La discrimination à l'égard des Pygmées bientôt punie
(Syfia/CRP) Au Congo Brazzaville, les Pygmées n'ont plus peur de défendre eux-mêmes leurs droits. D'autant qu'une loi sanctionnant les discriminations à leur égard devrait bientôt être enfin adoptée.
Une révolution en peu de mots : "Les peuples autochtones (…) déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel." Pour les Pygmées aka du Congo Brazzaville, défendus jusque-là essentiellement par des Ong internationales et nationales, la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones de 2007 a été un détonateur. "Ce texte nous a encouragés à créer nos associations pour mieux défendre nos droits", explique Franck, étudiant aka à la Faculté de Droit de Brazza et secrétaire général de l'Association Case des minorités ethniques des peuples autochtones (ACMEPA). Sorel Eta, coordonnateur de l'association Regard aux Pygmées, estime lui aussi qu'aujourd'hui, les Aka ont pris conscience de leurs droits.
Les Pygmées constituent 10 % environ de la population congolaise. Ils sont présents dans toutes les régions du pays. Guy Ngoma, président de l'ACMEPA, souligne les changements visibles en peu de temps : "Je suis en face de vous, un journaliste. Je m'exprime en français. Avant, je ne pouvais pas vous approcher." Au quotidien, les différentes associations encouragent les leurs à envoyer leurs enfants à l'école et à ne plus vivre en forêt pour montrer aux Bantous qu'eux aussi réfléchissent et ont les mêmes droits. Les ONG de Pygmées appliquent à elles-mêmes cette ouverture. En 2011, certaines d'entre elles projettent d'implanter des antennes dans tous les départements du pays et sont, au même titre que des associations bantoues, affiliées à la Convention nationale des associations et ONG de développement et d'environnement du Congo (CONADEC). Elles ont par ailleurs fait des propositions, avec des associations de droits de l'Homme, pour l'élaboration d'un projet de loi.
Une loi très attendue
"En 2004, l 'Observatoire congolais des droits de l'Homme (OCDH) a publié un rapport tirant la sonnette d'alarme sur la marginalisation, la discrimination, les abus et le non-accès aux différents services sociaux de base. Résultat : le ministère de la Justice et des droits humains a initié un projet de loi pour la protection des Pygmées en 2005", rappelle Rock Nzobo, responsable des programmes à l'OCDH. Les consultations se sont multipliées depuis au niveau des peuples autochtones. Un comité de rédaction a ensuite été mis en place et le projet de loi a été amendé deux fois. Fin 2009, il a enfin été adopté par le Conseil des ministres et transmis au Parlement. Simon William M'viboudoulou, magistrat, directeur des affaires juridiques internationales au ministère de la Justice et des Droits humains, insiste sur le côté progressiste de ce texte qui prévoit des amendes (50 000 à 250 000 Fcfa, 75 à 380 €) en cas de discrimination avérée (exploitation, maltraitance, refus de soins, injures, etc.).
Le Rapporteur spécial de l'ONU sur les droits des peuples autochtones, James Anaya, au terme de sa visite au Congo, le 29 octobre 2010, a félicité le gouvernement congolais pour cette loi qui sera selon lui parmi les premières du genre en Afrique. Mais, le combat contre les discriminations sera dur à mener. James Anaya s'en est rendu compte sur le terrain : "J'ai constaté de mes propres yeux que les peuples autochtones au Congo vivent dans des conditions de marginalisation extrême. Beaucoup vivent dans les campements à la périphérie des villages et ne disposent pas de logement adéquat ou d'accès aux services sociaux de base. Ils sont victimes de comportements discriminatoires profondément enracinés.
"Des personnes comme nous"
"Les Bantous nous font travailler à longueur de journée pour 500 ou 1 000 Fcfa (0,75 ou 1,5 €)", témoigne D., originaire d'Impfondo (nord du pays), rencontré au Centre culturel français de Brazzaville en novembre dernier. Prospère, de la même localité, confirme : "Lorsque nous ne finissons pas leur travail, ils nous menacent sans que personne n'intervienne. Ils disent que nous sommes leurs esclaves !"
Pour l'OCDH, resté en contact avec des Aka qu'il a notamment formés à collecter des informations, gérer une structure ou faire un plaidoyer au sein de leur propre communauté, le projet de loi énoncera des principes. Au législateur ensuite d'en informer les citoyens et de veiller à l'application de la loi. Selon Rock, "ce processus va contribuer à renforcer leur protection". Simon William estime que ce projet de loi sera prêt en 2011 et constituera alors une avancée majeure "pour que nous reconnaissions tous que les Pygmées sont des personnes comme nous qui jouissent des mêmes droits."
Jean Thibaut Ngoyi
Décembre 2010
Articles réalisés avec l'aide financière de la Commission européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.
Brazzaville : Les habitants d'une ex-usine revendiquent un logement décent
(Syfia/CRP) À Brazzaville, plus de 3 000 personnes vivent dans la promiscuité et la saleté dans les bâtiments de l'ancienne usine textile de Kinsoundi. Regroupés dans un collectif, ils revendiquent depuis plus de dix ans le droit à un logement décent. Pour l'heure, ils n'ont reçu que des aides très limitées.
"On est bien que chez soi !", lance Ma Pierre, président du collectif qui regroupe l'ensemble des habitants de l'ex-usine textile de Kinsoundi, à Brazzaville. "Un agent du PNUD est passé fin 2002 pour nous recenser. Depuis, aucune nouvelle… Ces dernières années, nous recevons des médias auxquels nous confions nos doléances pour qu'ils soient nos porte-parole, mais nous continuons à croupir dans ce taudis…", regrette-t-il.
Après les guerres de 1994, 1997 et 1998, plusieurs familles se sont réfugiées dans les bâtiments de l'ancienne usine textile de Kinsoundi, fermée au début des années 80. À l'intérieur, au milieu de machines rouillées, plus de 3 000 personnes (retraités, chômeurs, diplômés sans emploi) soit près de 400 familles se partagent des sortes de compartiments. Ils font des séparations à l'aide de cartons, de pagnes, de tôles ou de sacs de farine. Les lieux empestent l'urine et la fumée. Privés d'eau depuis 2005, les habitants s'approvisionnent dans le quartier auprès des particuliers, à raison de 50 Fcfa (0,07 €) le bidon de 25 litres.
Pas les moyens de louer ailleurs
"Je suis arrivée à Brazzaville il y a trois ans pour me soigner. Après mon hospitalisation, je n'avais pas d'endroit où aller. J'ai obtenu ce petit bout d'espace. Je vis ici comme un oiseau du ciel… Quand je sors, si quelqu'un pense à moi, je me nourris et j'économise le reste. Je demande parfois aussi aux voisins à l'intérieur de l'usine de m'aider", raconte Mado, paralysée d'une jambe et assise dans un fauteuil roulant.
Plusieurs familles partagent ces misérables conditions d'existence. Leurs logements se résument le plus souvent à une seule pièce qui sert de salle de séjour le matin et de chambre à coucher pour toute la famille le soir. Une pensionnaire, qui a souhaité garder l'anonymat, est encore moins chanceuse… Elle a en effet été chassée récemment avec ses enfants. Son emplacement est depuis occupé par des gendarmes. Leur mission officielle, d'après un agent présent devant le local en question : "Veiller sur la sécurité des habitants du quartier Kinsoundi." Depuis son expulsion, cette maman squatte chez des voisins, toujours dans l'usine. "Nous sommes une famille nombreuse. Pour louer (à l'extérieur de ces murs, Ndlr), il nous faudrait au moins 75 000 Fcfa (115 € environ). Nous ne les avons pas", confie-t-elle.
Pas de logements pour les démunis
La mission Caritas, qui a apporté son aide en 1996-1997, connaît bien la détresse de ces familles. Mais, explique M. Malonga, coordonnateur de Caritas Congo, "nous n'intervenons que dans les situations d'urgence : guerre, catastrophe, famine…" Au ministère chargé de l'Action humanitaire, des agents soutiennent : "Pour nous, cette affaire est close depuis 2004. Nous avons demandé à tous ceux qui logeaient là-bas de nous prouver qu'ils possédaient des maisons avant la guerre. Ceux qui ont pu le faire ont été réinsérés et nous leur avons remis un kit pour débuter une nouvelle vie. Ceux qui sont encore à l'usine sont des cas isolés que nous ne maîtrisons pas !"
Plus conciliant, un agent de la Direction départementale des Affaires sociales et de la famille de Makélékélé, déclare : "S'ils ne sont pas pris en compte, c'est parce qu'ils ne se sont pas fait enregistrer. Ils devraient se rapprocher de nous, pour qu'ensemble, nous envisagions une aide au cas par cas." Une solution de toute façon limitée par rapport au droit au logement prévu dans la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948 (article 25). Ce à quoi répond un agent du ministère des Affaires sociales : "Notre département ne dispose pas de logements sociaux ou de budget spécifique pour abriter ces familles démunies. Nous jonglons avec le peu d'argent que nous avons". Cette même source reconnaît que le problème de logement à Brazzaville est réel et constate la ruée des plus pauvres vers des sites ou terrains inappropriés. Elle déplore "l'absence de véritable politique de logement. Ceux dits 'sociaux', construits par les Chinois ces dernières années, ne sont pas à la portée du Congolais moyen."
Annette Kouamba Matondo
Décembre 2010
De plus en plus de Brazzavillois à loger
(Syfia/CRP) Il est difficile aujourd'hui pour certains Brazzavillois de trouver un toit. Et la demande de logements n'a pas fini d'augmenter… En 2025, la capitale de la République du Congo devra loger 1,878 million d'habitants (contre "seulement" 1,323 million aujourd'hui). Dans son rapport, publié le 23 novembre dernier, intitulé L'état des villes africaines 2010 : gouvernance, inégalité et marchés fonciers urbains, l'ONU Habitat estime qu'en 2010, le Congo compte plus de 62 % de citadins. En 1950, ils étaient moins de 25 %. En 2030, ils devraient être plus de 70 %.
Le rapport rappelle que "la population de Brazzaville a connu une poussée vertigineuse entre 1997 et 2000, lorsque le pays a été dévasté par la guerre civile et que les populations ont dû fuir l'arrière-pays et les petites villes pour s'y réfugier". "Brazzaville, poursuit-il, maintient sa croissance rapide (…) en raison, également, de l'exode rural consécutif à l'anéantissement des économies rurales, de la montée en puissance du chômage et du manque de produits de base dans l'arrière-pays, ainsi que de l'émigration des populations en provenance de Kinshasa (…)". Pour tous ces Brazzavillois d'adoption, la réussite serait rarement au rendez-vous… "La richesse pétrolière tend à alimenter l'inflation des prix, tandis que la répartition inégale des richesses renforce les inégalités existantes en matière de consommation et de revenu et creuse l'écart qui prévaut dans la satisfaction des besoins fondamentaux."
À l'échelle du continent, la population des villes devrait plus que tripler ces quarante prochaines années. En 2009, l 'Afrique a dépassé le milliard d'habitants (dont 395 millions, soit quelque 40 % de citadins). Cette population urbaine atteindra 1,23 milliard en 2050, date à laquelle… 60 % des Africains vivront en ville ! Joan Clos, directeur général d'ONU Habitat, demande aux politiques publiques "d'énormes investissements" pour "une fourniture équitable de services, un habitat d'un coût abordable et une meilleure répartition des richesses". Un défi immense, étant donné "la pénurie notable et toujours accrue de logements, de services et de moyens de subsistance".
Emmanuel de Solère Stintzy
Décembre 2010
http://www.unhabitat.org/
Articles réalisés avec l'aide financière de la Commission européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.
Pointe-Noire : Des enfants pauvres privés de leur droit à l'éducation
(Syfia/CRP) À Pointe-Noire, des Ong accueillent et scolarisent des enfants qui n'ont pas les moyens de fréquenter l'école, pourtant gratuite. Leur tâche est difficile, car elles manquent de moyens. De plus, certains parents, qui ne voient plus la scolarité comme un passage obligé pour trouver un emploi, semblent avoir baissé les bras.
"J'avais 10 ans. J'étais au cours élémentaire quand papa et maman sont morts. Très pauvre, ma grand-mère était incapable de me nourrir, de m'acheter les fournitures et de me payer le transport jusqu'à l'école", raconte Blandine, pensionnaire à l’orphelinat Amour de Dieu de Pointe-Noire.
Depuis la fin des guerres, en 2002 et la gratuité du primaire au lycée en 2008, de plus en plus d'enfants vont à l’école. Mais, à l'instar d'autres villes, Pointe-Noire abrite quelques îlots d'analphabétisme, essentiellement dans les familles pauvres. Bon nombre d'enfants de la rue sont ainsi coupés de leur famille et de l'école.
La pauvreté n'explique pas tout. Depuis une vingtaine d’années, l'école n'est plus symbole de réussite sociale. "Faire de longues études ne sert à rien ! Nous ne faisons qu'enregistrer depuis 1986 (début de la récession économique, Ndlr) de nouveaux chômeurs dans notre pays", juge Paul, 20 ans, un jeune désoeuvré. "Aujourd'hui, seuls certains parents qui gardent en tête le mythe de la fonction publique qui recrutait à la fin des études, investissent encore dans la scolarité de leur progéniture", observe, désabusée, Rachel, enseignante et mère de deux enfants. Pourtant, souligne-t-elle, "l'éducation est un droit fondamental".
"Cet orphelinat m'a sauvé"
"Le droit à l'éducation est bel et bien garanti par notre Constitution, mais l'insuffisance et le sous-équipement des structures et bien d'autres dysfonctionnements ne permettent pas de fournir aux enfants un enseignement de qualité", admet Eugène Ngouolali, directeur départemental de l'Enseignement technique et professionnel.
Devant les difficultés rencontrées par les structures publiques, certains jeunes prennent leur destin en main, grâce à un petit coup de pouce. C'est le cas de Vivien Ngoma Poaty, 18 ans. Assis sur un tabouret avec une Bible, il surveille une dizaine d'enfants de l'orphelinat Amour de Dieu. Ici, tous l'appellent yaya (terme affectueux pour qualifier un aîné). En plus de son travail de surveillant général, Vivien apprend à conduire dans une auto-école. Il dit mener actuellement une vie heureuse : "Cet orphelinat m'a sauvé. Et je ne peux pas l'oublier", assure-t-il. Il y a sept ans, il avait dû arrêter l'école. "Papa et maman étaient tellement pauvres qu'ils ne pouvaient supporter mes études. Je ne savais ni lire ni écrire et j'errais dans les rues de Pointe-Noire avant d'être recueilli ici", se souvient-il.
Créée en 2002, cette structure héberge 28 enfants de deux à 21 ans. À la pauvreté s'ajoutent d'autres difficultés qui entravent la scolarité. "Il y a les divorces. Et puis, des parents qui accusent certains enfants d'être des sorciers. Je me souviens d'un garçon qui avait fui le toit familial pour échapper à sa marâtre qui l'obligeait à travailler sans relâche", déclare Françoise Bouyou, promotrice de l’orphelinat. "Malgré nos difficultés financières, je ne lâcherai pas prise. Il faut sauver ces enfants de 'l'éducation' de la rue, qui fait germer en eux des antivaleurs comme le banditisme ou le vol", ajoute-t-elle.
Quand l'enfant du pauvre avait les mêmes chances…
D’autres membres de la société civile de Pointe-Noire font leur possible pour leur venir en aide. "L'éducation, gratuite dans les écoles publiques, devrait stimuler les enfants. Mais, dans une grande ville comme Pointe-Noire, ils ont besoin aussi d'argent pour se déplacer. Il faut par ailleurs pouvoir leur payer le petit déjeuner et couvrir toutes les autres dépenses (fournitures, alimentation, etc., Ndlr)", explique Juste Lenvo, coordonnateur de l'Association espace enfants. Il ajoute : "Si l'État réhabilitait les internats dans les écoles, cela permettrait de faire progresser notre éducation. Comme dans les années 70, quand l'enfant du pauvre avait les mêmes chances de réussir que celui du riche". Avec la crise économique, des aides comme l'octroi de fournitures et le placement en internat des meilleurs élèves ont quasiment disparu depuis le début des années 90.
Georges Nguila, chef d’antenne de l’Observatoire congolais des droits de l'Homme, estime de son côté qu’il faut "désengorger les écoles aux effectifs pléthoriques et atténuer la précarité de l'enseignant". Sans quoi, conclut-il, "le droit de l'enfant à l'éducation sera mal respecté."
John Ndinga-Ngoma
Décembre 2010
Brazzaville : Mieux maîtriser sa fécondité pour être plus indépendantes
(Syfia/CRP) À Brazzaville, les filles mères sont généralement rejetées par leurs compagnons et leurs familles. Pour les aider à conquérir leur indépendance, associations et autorités leur donnent des cours d'éducation sexuelle et leur apprennent des petits métiers.
"Lorsque je suis tombée enceinte, l'auteur de ma grossesse m'a rejetée et mon père m'a chassée. Je suis donc allée vivre avec ma tante", se souvient Carmen, 20 ans. Aujourd'hui, elle aide cette dernière dans son commerce, à Brazzaville. "Elle a mal agi, mais ce n'est pas une raison pour la mettre dehors. Je l'ai accueillie parce que, à son âge, elle risquait de faire n'importe quoi dans la rue", explique sa tante qui l'avait inscrite dans un centre de formation en couture. Mais sa nièce n'a pas été au bout de son apprentissage : "Depuis que je suis avec ma tante, je ne manque de rien", justifie-t-elle.
Patricia a, elle, été formée et a reçu l'aide de
Soucieuses de l'indépendance de ces mamans délaissées, cette Fondation et des ONG comme l'AED (Action des éducatrices pour le développement) leur dispensent des cours d'éducation sexuelle. On explique notamment comment éviter les grossesses non désirées. "Nous organisons des formations sur le VIH/sida et la contraception. Nous donnons également des cours d'alphabétisation pour remonter leur niveau, car, si une fille ne sait pas lire, c'est encore une autre difficulté…", affirme Bernadette Miassouassana, présidente d'AED.
"Mon père apprécie maintenant ce que je fais"
Pour être complète, l'indépendance doit aussi être économique. Cette association a donc formé en 2009 près de 300 filles mères au métier d'auxiliaire de vie (bonne ou femme de ménage). "Nous avons placé près de 60 % d'entre elles", se félicite Bernadette. Celles qui n'ont pas été engagées se recyclent. En contribuant aux besoins de la maison, les filles mères commencent à être regardées autrement dans certains foyers. "Celles que nous avons formées sont considérées par leurs proches", assure-t-elle. Elles se comportent aussi différemment. "Leur mentalité change quand elles ont plus de moyens. Quand elles travaillent, elles ne contractent plus de grossesses non désirées", généralise Christ Ndoba, secrétaire au ministère de
Depuis le début de 2010, ce ministère organise lui aussi des cours d'éducation sexuelle suivis de formations à différents métiers. Une centaine de filles mères et de prostituées ont été formées depuis le début de l'année. "Beaucoup de celles que nous avons initiées à de petites activités sont devenues autonomes", se félicite Christ. "Nous leur apprenons plusieurs métiers pour diversifier leurs sources de revenus et faire en sorte qu'elles ne soient plus dépendantes des hommes", précise Alphonse Samba, directeur de l'encadrement, de l'animation et de la vulgarisation dans ce même ministère. "À présent, on ne les retrouve plus avec de nouvelles grossesses. L'éducation sexuelle a été bien assimilée", constate-t-il. L'AED observe la même évolution.
"Depuis qu'on m'a donné des informations sur la sexualité, mon regard sur les hommes a changé. Je préfère aider ma tante que de les suivre", conclut Carmen. Fière de sa nouvelle indépendance, elle ajoute : "Mon père apprécie maintenant ce que je fais."
El-Staël Enkari
Décembre 2010
Articles réalisés avec l'aide financière de la Commission européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.

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