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Butembo : Se former à l’étranger pour mieux travailler au pays
(Syfia Grands Lacs/RD Congo) De plus à plus de jeunes de Butembo au nord de la RD Congo partent se former, souvent en marketing, dans les pays d’Asie, en Chine et en Indonésie surtout. Mais ils rentrent ensuite investir au pays et y monter de rentables affaires.
En grimpant au quatrième niveau du bâtiment Palos en plein centre ville de Butembo ( 320 km au nord de Goma), on est vite surpris par le nombre d'activités exercées ici. Nous sommes à la "place Kilimandjaro". Plus de 10 jeunes filles et garçons s’activent. Certains dans la cuisine du restaurant, d’autres dans le salon de coiffure et d’autres encore reçoivent, orientent et servent les clients. Le patron n’est pas loin. Il est partout pour surveiller jusqu’aux moindres détails.
Pour le rencontrer au calme, il faut aller dans la salle de formation. La barbe broussailleuse et les vêtements bien coupés, John Silusawa est le jeune entrepreneur qui a monté ces affaires. Il enseigne aussi le chinois parlé aux habitants de la ville depuis plus d’un an. Après 15 mois en Chine comme immigré résident, il est rentré au pays pour investir. "J’ai compris qu’il est important de revenir vivre chez soi. Chez autrui, il n’a jamais fait beau," explique ce jeune homme calme aux cheveux mal peignés.
Apprendre à faire des affaires
D'autres jeunes comme lui reviennent bâtir leur vie au pays après un temps à l'étranger. Ils partent en Chine ou dans d’autres pays d’Asie, le plus souvent en Indonésie où ils apprennent des métiers surtout liés au commerce mais aussi la cuisine ou la coiffure. Ils en profitent aussi pour apprendre l'anglais. "Moi j’ai passé deux ans à Jakarta à apprendre l’informatique, je suis revenu et j’ai crée mon secrétariat public et je m’en félicite", témoigne joyeusement Jean Baptiste Kakule. Il ajoute qu’il est "important de toujours songer à revenir un jour chez soi et prouver qu’on n’avait pas fui les siens". "Lorsque nous partons, c’est toujours avec l’idée d’apprendre d’abord avec l’idée que nous devons revenir. Du coup nous capitalisons le temps passé à l’étranger," explique Mwendapole Katsuva qui a investi dans le commerce des voitures d’occasion après deux ans passés à Guangzhou en Chine. D’autres en profitent pour tisser des liens d’échanges commerciaux. "Quand on va en Chine, c’est avec l’idée d’aller apprendre ce qui fait la fierté de ce peuple travailleur et de revenir le pratiquer ici chez nous, témoigne Jean Baptiste Kakule. L’amitié qu’on entretient une fois de retour fait que les autres ont du respect pour vous à l’étranger comme au pays."
Partir pour revenir
Dans la coutume Nande (peuple qui habite Butembo en plus de 90%) un diction dit : "On n’atteint pas les cheveux blancs loin de chez soi", en d’autres termes, "on ne peut pas devenir vieux loin de son terroir." "Ce qui fait que l’on songe toujours à rentrer, même lorsqu’on a une vie aisée ailleurs", confirme Polycarpe Ndivito, président de la Fédération des Entreprises du Congo.
Certes, certains restent absents de longues années mais ils finissent toujours par revenir. "Souvent c’est pour des raisons de coopérations économiques. Ceux qui restent deviennent des facilitateurs dans les transactions entre les opérateurs de chez nous et ceux du pays hôte, des sortes de commissionnaires. Mais toujours, ils finissent par revenir au pays travailler pour eux mêmes après avoir gagné un peu d’argent à investir", explique John Silusawa.
Partir pour rester, on n’y songe jamais. Un jour il faut revenir, travailler pour la communauté et vivre avec les siens. Selon Polycarpe Ndivito, il en a toujours été ainsi : "Des opérateurs économiques qui ont été les premiers à voyager vers l’étranger dans les années 80, personne n’a décidé de s’installer définitivement là. Ils sont tous revenus travailler ici et faire fortune."
Kennedy Wema
Europe : Des immigrés prisonniers de leurs mensonges
(Syfia Europe) Porteurs des espoirs de leurs familles, beaucoup de jeunes immigrés africains préfèrent affronter seuls leurs problèmes en Europe. Un mensonge en entraînant un autre, ils ne parlent pas à leurs proches de leurs regrets d’être partis et de l’impasse dans laquelle ils se trouvent. Ceux qui osent dire la vérité se sentent soulagés.
Nostalgique, C.H regarde défiler les photos de sa famille sur son ordinateur portable. Il le sait bien, cela réveille en lui de mauvais souvenirs, mais il ne peut pas s’en empêcher. Il se rappelle de sa dernière journée en RD Congo. Il avait alors visité tous ses proches pour leur dire adieu. Tous étaient contents de lui et pleins d’espoir, convaincus que leur enfant allait vivre dans un pays sécurisé, gagner beaucoup d’argent et aider la famille à sortir de la pauvreté.
En réalité, C.H commençait en France une vie d’isolement et d’incertitude, loin des siens. "Depuis mon départ il y a sept ans, je n’ai jamais été heureux. Je ne savais pas que je venais ici pour faire partie de ces sans-papiers que j’écoutais souvent à la radio", confie ce jeune d’une trentaine d’année, visiblement triste. "Mes amis en Europe avaient promis de m’aider à étudier et à trouver un bon boulot. Mais, quand je suis arrivé, ils m’ont dit que je devais remettre mon passeport et demander l’asile, si je voulais rester, car mon visa allait bientôt expirer. ".
"Après, tu auras tout ce que tu désires et surtout de l’argent", me promettaient-ils encore. Un faux espoir, un de plus. Sa demande d’asile est rejetée et C.H. devient lui aussi un sans-papiers. Actuellement, il ne peut ni travailler, ni continuer ses études sur le sol français. Son rêve de devenir ingénieur s’est éteint. Il passe toute la journée à ne rien faire, la peur au ventre. A tout moment il risque en effet d’être expulsé en RD Congo.
"Mentir à la famille ne profite jamais"
En France, en Hollande, en Belgique et en Angleterre, C.H. connaît des dizaines de clandestins. Comme bon nombre d’entre eux, il cache la vérité à sa famille. "Mon papa risque de se suicider s’il apprend que je vis de l’aide sociale. Lui-même est pauvre et donc incapable de m’assister financièrement. Pourquoi mes parents devraient-ils s’inquiéter pour moi ? Je préfère leur dire que j’étudie bien et que je cherche du travail. Je leur raconte que c’est difficile d’en trouver avec la crise économique, mais que j’espère pouvoir envoyer un peu d’euros dans les prochaines années", explique C.H., qui regrette amèrement d’avoir déjà perdu sept ans de sa vie en Europe. Avec ses amis proches qui veulent à leur tour venir, il est un peu plus bavard : "Je ne peux pas leur dire toute la vérité, mais je leur conseille d’y penser à deux fois, car la vie ici n’est pas aussi bonne qu’on le pense quand on est en Afrique. "
Nombreux sont les jeunes migrants qui se retrouvent en quelque sorte prisonniers de leurs promesses et de leurs mensonges. A. M. est de ceux-là : "Cela fait trois ans que je rassure ma copine qu’elle va me rejoindre… Mais, comment l’amener ici, alors que je ne peux même pas lui envoyer quelques sous ? Je ne sais pas comment me tirer de cette situation. Certains préfèrent couper la communication, mais pour moi ce n’est pas la bonne option. " En Belgique depuis trois ans, sans espoir de trouver ni boulot ni d’être intégré à l’université, ce jeune homme de 28 ans envisage de révéler la vérité à sa copine et de lui demander de l’aider à informer sa famille. Mais, rien ne dit que cette dernière compatira à ses malheurs… "Chaque fois qu’on se téléphone, elle me demande comment vont les études. Je réponds que ça roule bien. Je lui ai tellement menti… Je lui ai même dit qu’elle devrait chercher un passeport dans les plus brefs délais, ce qu’elle a vite fait… J’ai peur qu’elle ne me pardonne pas", craint-il.
Les immigrés d’Europe qui ont le courage de dire dès le départ la vérité à leurs familles sont soulagés moralement et quelquefois même aussi financièrement. "Je savais dès le départ que mentir à la famille ne profite jamais. J’ai donc osé demander à mon frère de m’envoyer de l’argent. Autrement, je n’aurais pas pu m’en sortir. Cela m’a aidé jusqu'à ce que je trouve du travail", se félicite une Rwandaise, en Belgique depuis trois ans. Elle conclut, comme un conseil aux autres : "Il n’y a aucune raison de mentir à tes parents, à tes frères et sœurs. Si tu souffres, ils sont prêts à souffrir avec toi ! "
Jean Fichery Dukulizimana
Beni : Rentrer cultiver au village pour investir en ville
(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Le développement rapide de Beni, au nord de Goma, a poussé de nombreux citadins au chômage et des petits agriculteurs périurbains à aller cultiver loin dans les campagnes. Un retour facilité par l’amélioration de la sécurité et de l’état des routes. Mais beaucoup rêvent de regagner la ville pour monter une nouvelle affaire…
Le paysage autour d’Eringeti ressemble à un vaste champ bien vert. Sur les versants des montagnes qui surplombent ce village situé en bordure d’une route asphaltée, à 60 km de Beni, au nord de Goma, des plantations et champs de bananiers, cacaoyers, papayers, maïs, haricots, arachides, etc. s’étendent à perte de vue.
Même constat dans d’autres villages. Luna-Etat, Kata Beyi, Otomabare, Mayi Moya, situés sur l’axe routier Bunia-Makiki, à l’est de Beni, ont vu leurs alentours envahis par de vastes champs. Tous ou presque appartiennent aux gens venus de la ville, principalement de Beni.
Lassés de ne rien faire dans les grandes agglomérations, ces citadins s’installent depuis ces deux dernières années dans les campagnes où ils acquièrent des étendues de terre qu’ils cultivent. "Je ne pouvais plus rester en ville car mes affaires ne marchaient plus et la vie devenait intenable", affirme Amani Kataliko, ancien déclarant en douane qui s’est établi à Bella où il cultive plusieurs hectares de terre. Commerçant en faillite, Evariste Kakule, lui, s’est momentanément reconverti en planteur de cacao au village Mayi Mayo où il compte reconstituer un fonds de redémarrage de son commerce.
Démographie galopante
La pression démographique explique notamment cet exode urbain. Depuis que Beni a été érigée en ville en 2003 la population de cette ville a augmenté de plus de 60 %. Elle compte aujourd’hui 500 mille habitants. Une démographie qui a entraîné l’extension désordonnée de la ville. Les arbustes et les espaces verts tout autour ont petit à petit disparu, laissant place aux maisons d’habitation. Pour des milliers des cultivateurs périurbains, c’est un coup dur. "Avant que la cité ne devienne administrativement une ville, il y avait des champs juste aux alentours. Des agriculteurs s’y rendaient le matin sans trop de difficulté et rentraient le soir avec des produits destinés à la vente ou à la consommation domestique", se souvient Masumbuko Zaza, chef de bureau à la commune Mulekera.
Aujourd’hui, ils sont contraints d’aller loin de Beni pour cultiver. Certains avaient commencé à occuper les aires protégées du Parc des Virunga. Mais "les paysans qui ont cultivé un certain moment sur le latéral du parc ont été chassés", se réjouit Boris Kakule, de l’Ong Solidaire pour la nature. "Ils doivent cesser de rêver, le parc ne sera pas morcelé pour eux", met en garde le service du développement rural à Beni.
La maladie du café qui a ravagé les plantations de la région a, par ailleurs, laissé sur le pavé de nombreux travailleurs qui en dépendaient. Certaines entreprises tombées en faillite ont, en effet, fermé leurs dépôts et usines de café, augmentant ainsi le nombre de chômeurs en ville. "J’assumais les fonctions de chef d’usine avant de me retrouver dans la rue", se souvient Barthélemy Kimuha qui cultive aujourd’hui des champs à Luna-Etat.
Reculer pour mieux sauter
Ceux qui décident de retourner faire les champs dans les villages sont encouragés par les conditions sécuritaires, qui s’améliorent après plusieurs opérations militaires menées ces derniers mois par l’armée congolaise. Mais aussi par les routes de desserte réfectionnées, qui permettent l’évacuation des produits vers les grands centres urbains. Habitué à flâner dans les rues de Beni, Mathias Kambere est aujourd’hui fier. Quelque temps après son arrivée au village, il savoure déjà les premières récoltes. A Luna-Etat, "j’ai cultivé en peu de temps des amarantes et des aubergines. Avec les premières ventes, je viens d’empocher 200 $", se réjouit Mathias qui ne pouvait rêver gagner autant d’argent du temps où il était habitué à vadrouiller dans les rues de Beni.
Nombre de ces citadins envisagent cependant de retourner en ville. Ils sont flattés à l’idée d’y faire un triomphe après les bons résultats récoltés à la campagne. Etienne Musavuli qui tient une dizaine d’hectares de champs de manioc à Otomabare, localité située à 120 km de Beni promet un retour triomphal en ville. "Actuellement, explique-t-il, nous cultivons des variétés améliorées de manioc. Cette production me permettra de m’organiser et pourquoi pas monter une boutique. Les amis seront très étonnés quand ils me verront débarquer en ville tout relooké".
Jacques Kikuni Kokonyange
Kasaï occidental : Les ménagères font du commerce pour arrondir les fins de mois
(Syfia Grands Lacs/RD Congo) A Kananga, à l’est de la RD Congo, les conditions de vie de plus en plus difficiles amènent de nombreuses femmes à se lancer dans le petit commerce, pour compléter les salaires modiques de leurs maris. Les bénéfices sont insignifiants mais elles arrivent à joindre les deux bouts.
"Comme fonctionnaire de l’Etat, mon mari touche un salaire mensuel de 34 000 FC (37$). Chaque mois, il me remet 20000 FC pour la nourriture et tous les frais du ménage. Que puis-je faire avec cette somme. Je dois donc me débrouiller pour arrondir les fins de mois", se plaint maman Kapinga, femme au foyer à Kananga, à l’est de la RD Congo. Avec cette modique somme, elle doit en effet trouver des solutions. Comme d’autres femmes dans sa situation, elle fait du commerce pour joindre les deux bouts. Partout en ville, les vendeuses ont pris place le long des avenues, devant les parcelles et les étalages ne se comptent plus. Des sachets de sucre à 50 FC, du sel, du savon, des biscuits, des bonbons, toutes sortes de denrées sont proposées aux passants.
Des revenus sécurisés
Au moment de faire les comptes, les bénéfices sont insignifiants. Ces vendeuses n’espèrent d’ailleurs pas faire fortune avec cette activité, car les temps sont durs pour tout le monde. Les marges bénéficiaires permettent à peine de tenir le coup à la fin du mois, jusqu’au paiement du salaire du mari. L’argent liquide est trop vite dépensé en futilités, pensent-elles. Autant ne pas prendre de risque et investir dans l’achat et la revente au jour le jour des denrées de première nécessité. Il n’y a pas de risque de perte, car les poissons salés, la farine, le manioc et autres produits non vendus sont consommés par les ménages eux-mêmes.
"Nous faisons ce commerce pour sauvegarder le budget familial et les bénéfices que nous réalisons, aussi maigres soient-ils, nous offrent une marge de sécurité quand les salaires ne sont pas payés à temps", déclare Marie-Josée, vendeuse ambulante. Tous les jours, elle sillonne la ville pour vendre de l’huile de palme. "La vente d’un bidon de 20l d’huile de palme me permet de réaliser un bénéfice jusqu’à 2500 FC, ce qui n’est pas négligeable pour moi. Je parcours donc tous les quartiers pour écouler ma marchandise afin de pouvoir acheter de la farine de maïs et de manioc. Et ainsi de suite tous les jours", ajoute Marie-Josée qui, pour compléter ses provisions journalières avec des légumes, peut compter sur ses enfants qui s’occupent du potager.
Elles prennent les choses en main
Les plus organisées parmi les commerçantes arrivent à épargner un peu d’argent pour supporter d’autres charges familiales. "Nous formons un groupe de trente vendeuses et chaque jour, nous mettons de côté chacune 100 FC. A la fin du mois, cela nous fait une somme que nous pouvons utiliser pour les frais scolaires par exemple. Sans trop de peine, je paye tous les mois 1000 FC pour les études de mes filles", raconte une vendeuse.
Habituellement au chômage ou confinées dans les tâches domestiques, ces femmes vendeuses sont aujourd’hui pour la majorité satisfaites d’avoir trouvé ce moyen pour s’en sortir et ne plus dépendre entièrement du salaire de leurs maris. Même si cela exige certains sacrifices, comme être absentes du foyer toute la journée et de délaisser les enfants. "Nous commençons à nous habituer à cette situation car maman n’est à la maison que pendant les week-ends", se plaint à demi-mot Kalala, dont la mère est commerçante.
Les choses sont un peu plus compliquées pour les maris qui n’ont aucun contrôle sur les activités et les revenus de leurs épouses. Certains hommes auraient même préféré que les femmes rentrent à la maison avec les recettes journalières plutôt que des marchandises. "Pour moi, il est exclu de rentrer avec de l’argent en espèces après une journée de travail. Et pas question non plus, que mon mari profite seul du fruit de mon travail. Avec les marchandises que je ramène le soir, il ne peut rien faire pour lui-même", se défend Isabelle Ntumba, vendeuse de farine et de fretins pas loin du marché central.
Julienne Elameji
Goma : Fausse quinine : attention danger !
(Syfia Grands-Lacs/Rd Congo) A Goma, à l’est de la RD Congo, pharmaciens et autorités sanitaires s’inquiètent de la prolifération de faux médicaments contre le paludisme. Ils appellent à la vigilance, car la quinine sous dosée est inefficace et dangereuse.
"La maladie s’aggrave de jour en jour et pourtant, j’ai pris de la quinine. Je vais voir un autre médecin afin de m’assurer que je n’ai pas été empoisonné", se plaint Blaise Mutoka, un habitant de Goma, à l’est de la RD Congo, couché à même le sol. Il a une crise de paludisme et pour son malheur, il a été soigné avec de la fausse quinine. Comme lui, de nombreux paludéens sont traités avec de faux médicaments, malgré les efforts des autorités sanitaires pour combattre la vente et l’administration de ces produits illicites.
Un problème de santé publique
Dans un pays où le paludisme est la première cause de mortalité, surtout chez les enfants, l’administration de quinine inadéquate expose les malades à des complications sévères et met en danger la vie de millions de personnes. "Le paludisme est la maladie la plus répandue au Congo. Huit personnes sur dix hospitalisées et la plupart des malades en soins ambulatoires souffrent de la malaria. Dans les cas sérieux, nous administrons de la quinine, seul médicament curatif qui peut être efficace, précise Henri Kambale Takenga, pharmacien inspecteur du Nord-Kivu. Si le médicament est de mauvaise qualité ou sous dosé, le traitement peut s’avérer inefficace et même dangereux. Dangereux parce qu’il peut induire une certaine résistance, engendrer des défaillances ou provoquer une toxicité dans l’organisme."Selon lui, la quinine bien dosée, est une arme de dernier recours dans la lutte contre le paludisme.
Il s’inquiète des conséquences à moyen ou long terme de la vente de ces médicaments inefficaces dans certaines structures médicales de la province du Nord-Kivu bien qu’un stock de fausse quinine ait été intercepté et saisi récemment. "Nous avons été interpelé par la zone de santé de Kirotshe où le paludisme semblait résister à la quinine. Nous avons procédé à des vérifications et sommes tombés sur un lot de médicaments contrefaits que nous avons confisqués. Depuis, nos équipes sont sur le terrain, et le médecin inspecteur a diffusé une note circulaire dans toute la province", explique encore Henri Kambale Takenga. Il appelle à la vigilance tous les médecins, chefs de zone de santé de la province du nord Kivu, ainsi que les pharmaciens et les superviseurs dans tous les territoires et districts, afin que chacun, à son niveau, vérifie l’origine et la qualité des produits administrés aux paludéens.
La chasse aux trafiquants
L’autorité sanitaire de la province lance un appel au calme mais n’en reste pas moins ferme à l’égard des trafiquants de faux médicaments. "Nous sommes en contact régulier avec l’ensemble des pharmaciens et des responsables de structures médicales, afin de démasquer et d’arrêter les personnes qui mettent sur le marché des produits impropres à la consommation. Ces trafiquants seront traduits en justice et punies pour ces actes criminels car ils mettent en danger la vie des populations", s’indigne Dominique Baabo, Inspecteur provincial de la Santé de la province du Nord-Kivu qui révèle que les saisies opérées par le service urbain des pharmaciens dans une structure médicale à Goma, n’ont pas permis de mettre la main sur les vrais responsables du trafic.
Pharmakina, la firme qui produit et distribue la vraie quinine, suit de près les enquêtes menées par l’Inspection provinciale de la Santé et apporte sa collaboration pour l’identification des produits dangereux. Une tâche qui s’annonce difficile, car la fausse quinine, produite principalement en Inde et acheminée au Congo via la Tanzanie ou le Kenya, est distribuée clandestinement dans un emballage identique au modèle produit en Europe. Même dans les officines sérieuses, les vendeurs ne distinguent pas toujours le vrai du faux. Selon Tosh Mambu, pharmacien, la seule garantie de vendre de la quinine de qualité, c’est de respecter les circuits réguliers d’approvisionnement. "Respecter cette règle nous évitera les approvisionnements en médicaments peu fiables", recommande-t-il à ses collègues.
Alain Wandimoyi
Rwanda : Une mutuelle de santé pour les vaches
(Syfia Grands Lacs/Rwanda) Les éleveurs du district de Gisagara au sud du Rwanda ont lancé, depuis peu, une mutuelle de santé pour soigner leurs vaches à moindre coût. Depuis lors le nombre de bêtes mortes de maladies a considérablement baissé.
"Si la mutuelle de santé a marché pour nous pourquoi pas l’essayer pour le bétail ?", constate Triphonie Mukagasimba, membre du comité de gestion de la mutuelle de santé pour la vache de Save au sud du Rwanda. Depuis six mois, les éleveurs de cette région ont initié une caisse mutuelle pour soigner leurs vaches. L'opération "une vache par famille pauvre" lancée par le gouvernement a multiplié le nombre de vaches de race améliorée dans les campagnes.
Cependant, selon Kamanzi, agriculteur-éleveur, ces vaches qui produisent plus de lait sont cependant plus souvent malades que les vaches locales : "Elles s’adaptent difficilement au climat et certains paysans ignorent encore comment les élever." Partant de la réussite de la mutuelle de santé pour les Rwandais, 76 éleveurs en ont lancé une pour soigner les vaches. Actuellement ils sont plus d’une centaine à s’entraider dans l’élevage de leur bétail. Triphonie remarque qu'" actuellement les vaches sont soignées rapidement grâce à la mutuelle. Avant les éleveurs leur donnaient les médicaments traditionnels par manque de moyens, certaines vaches en mourraient." Pour elle, le coût des soins pour ces vaches était très élevé pour un seul éleveur ce qui explique leur forte mentalité.
Moins de morts
Chaque éleveur cotise 2000 Frw (4$) par an. Cette somme est donnée en quatre tranches de 500 Frw (1$) par trimestre pour permettre aux plus pauvres d’entre eux de réunir la somme sans trop de difficultés. Triphonie explique que "cette cotisation permet à l’éleveur de payer les médicaments pour soigner sa vache chaque fois que la maladie se présente durant l’année." Celui qui n’a pas de mutuelle doit payer cinq fois plus cher, ce qui est difficile pour un paysan pauvre.
Selon le vétérinaire du secteur de Save, Nshimiyimana Théogène, durant les quatre mois passés, seule une vache sur 16 est morte de maladie contre 10 avant l'existence de la mutuelle. Selon Habimana, un autre éleveur de la même région, "quand une vache est malade, le paysan appelle directement le vétérinaire qui la soigne et la mutuelle paie la totalité de la facture. Ainsi les vaches ne meurent plus comme avant ’’.
En outre, cette caisse mutuelle gérée par les éleveurs eux-mêmes à travers un comité de gestion, permet aux paysans de partager leurs expériences afin de prévenir les maladies du gros bétail. Les membres envisagent d’ouvrir une pharmacie vétérinaire qui leur permettra d’accéder aux médicaments rapidement et à moindre coût. Cette initiative est entrain d’être imitée actuellement dans les districts voisins de Gisagara.
Solange Ayanone
Bandundu : Des paysans contraints d’utiliser les engrais
(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) La baisse de la production agricole due à l’appauvrissement des terres arables, contraint les paysans de l’est de Bandundu gagnés par les disettes, à accepter l’usage des engrais chimiques. Jusque-là, ils ne voulaient pas de ces fertilisants qui rendraient, selon certaines croyances locales, leur sol stérile.
Chaque jour, de longues files de paysans au dos brûlé par les rayons du soleil se dirigent, infatigables, vers la forêt de Bonsumi, à 17 km à l’est de Bandundu, capitale de la province du même nom, au nord-est de Kinshasa. C’est dans cette forêt au sol argilo-sabloneux qu’ils ont toujours cultivé, à la houe, leurs champs. Mais la terre s’est tellement appauvrie au fil des ans que les rendements ont baissé ces dernières années. Sur un hectare cultivé, les paysans récoltent difficilement trois sacs de cossettes de manioc de 50 kg par an. Il y a une dizaine d’années, ils produisaient sur la même étendue une dizaine de sacs dans l’année. "Il semble qu’il existe des produits qui rendent le sol productif, disent un groupe d’agriculteurs en route pour leurs champs. Nous souhaitons que les agronomes nous aident à introduire cette nouvelle technique culturale."
S’ils connaissent l’existence des engrais chimiques, ces paysans ont jusque-là été réticents à en faire usage. Des idées reçues leur ont, en effet, toujours fait croire qu’ils sont nocifs pour les sols. "Ils se fient à des mythes que nous devons briser", explique Clément Tayeye, qui fait partie d’un groupe d’animateurs communautaires, de moniteurs agricoles et d’agronomes qui s’emploient à faire disparaître ces idées de leur tête et les encouragent à recourir aux engrais.
Les limites des pratiques traditionnelles
Depuis la nuit des temps, les paysans de cette contrée ont toujours pratiqué l’agriculture traditionnelle sur brûlis. Après le déboisement et ils mettent le feu, les cendres et le charbon de bois enfouis au sol lors des labours servent de fertilisants. "C’est après deux ou trois grandes pluies que l’on peut semer", raconte Boniface Pamana Diamite, un agriculteur. Mais les experts en agriculture leur déconseillent cette pratique. " Brûler les champs n’est pas une technique à encourager, leur répètent-ils. Elle détruit le sol qui s’appauvrit et devient improductif par la suite." L'absence de jachère ne permet pas la régénération des sols…
La plupart des terres cultivables étant devenues peu fertiles, les disettes sont devenues récurrentes dans la région. Dans les secteurs Kwango-Kasaï et Manzasay qui sont les plus touchés dans le territoire de Bagata, les populations n’ont plus de manioc, leur aliment de base. Pour avoir ce produit, le maïs ou l’huile de palme que la contrée produisait avant, "nous allons nous approvisionner à pied ou à vélo dans le territoire voisin de Bulungu", témoigne Fulgence Nkanzi, un habitant. "L’utilisation des engrais est une nécessité incontournable et nous devons les accepter si nous voulons vraiment avoir des bons résultats", se convainc Boniface Pamana.
Démystifier les engrais
La tâche des experts agricoles est facilitée dans certains villages où était installée une entreprise de production et de commercialisation de cigarettes. Elle utilisait déjà des engrais dans ses cultures de tabac et sa production était abondante. Après l’arrêt de ses activités il y a une vingtaine d’années, les paysans ont continué à exploiter les espaces cultivables abandonnées pour leurs cultures vivrières. Durant les premières années, "sésames, maïs et manioc y poussaient merveilleusement bien", témoigne Nova Boy Moke Ngunza, un agronome du secteur.
Dans la capitale provinciale, quelques hectares ont été cultivés sur le site qui abrite les bureaux du gouverneur. C’est un champ de démonstration pour "démystifier l’usage des engrais et encourager les agriculteurs à les utiliser", explique Lambert Muyembe, agronome chef du site. "S’ils sont appropriés au type de sol, il n’y a aucun inconvénient d’en faire usage", rassure Nova Boy. Pour l’instant, le Service national des semences donne gratuitement ces fertilisants aux petits paysans qui en font la demande. Mais les agriculteurs qui exploitent de grandes étendues de 50 à 100 ha, doivent acheter les engrais au Service national des fertilisants et intrants connexes, à 1 $ le kilo.
Désiré Tankuy
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