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Françafrique : Hollande/Sarkozy même combat ?
François Hollande et le PS d’une part, Nicolas Sarkozy et l’UMP de l’autre jouent-ils Bongo contre Sassou ?

Quelque soit le résultat de l’élection présidentielle française, la Françafrique semble avoir de beaux jours devant elle et le Gabon pourrait bien en devenir le fleuron si l’on en croit deux articles parus récemment. Le premier est dû à Survie et traite des relations socialistes avec les présidences africaines à travers une visite que Laurent Fabius à rendu à Ali Ben Bongo dans la capitale gabonaise. Le second, dû à « La Lettre du Continent » éclaire d’un jour nouveau la rencontre Sarkozy/Sassou à l’Elysée le 9 février dernier.
Autre hypothèse : provoquer un conflit entre Libreville et Brazzaville pour encore mieux tirer les marrons du feu.
Laurent Fabius prépare-t-il de futures « excellentes relations » entre « son » président et celui du Gabon ?
En pleine campagne présidentielle de François Hollande, les déclarations de Laurent Fabius au Gabon sèment des doutes sur la volonté du Parti socialiste de rompre avec le soutien français aux dictatures africaines. Ce parti et son candidat doivent clarifier leur position à ce sujet.
L’ancien Premier ministre français Laurent Fabius, en visite à Libreville, a estimé hier que les relations entre la France et le Gabon étaient « excellentes » et souhaité « qu’elles se développent dans le futur ». Il a également été reçu par le dictateur gabonais Ali Bongo, fils du despote Omar Bongo, imposé au pouvoir en 2009 par le biais d’un coup d’État électoral.
Ce soutien explicite à la dictature d’une figure de poids du Parti socialiste intervient quelques jours seulement après que le député européen Kader Arif ait réagi à la réception, à l’Élysée, par le président Sarkozy, du président congolais Sassou Nguesso. Le responsable des questions de coopération auprès du candidat François Hollande avait ainsi évoqué l’affaire des Biens mal acquis, dans laquelle le clan Bongo est lui aussi fortement impliqué. Or le fils d’Omar Bongo n’est certainement pas plus fréquentable que Denis Sassou Nguesso. Il fait partie intégrante de cette « Françafrique » à laquelle le candidat Hollande a promis de s’attaquer sans pour autant détailler les mesures à entreprendre, concernant, notamment, le soutien aux dictateurs africains, les bases militaires françaises, le franc CFA ou les entreprises qui exploitent les ressources de l’Afrique.
Si Laurent Fabius n’est pas officiellement dans l’organigramme de campagne du candidat socialiste, il a néanmoins été missionné pour préparer le programme des « cent jours » de gouvernement de François Hollande. Doit-on s’attendre à ce que François Hollande, tout comme Nicolas Sarkozy en 2007, accueille le Président du Gabon parmi les premiers chefs d’État reçus à l’Élysée et qu’il lui réserve une visite à Libreville dans les premiers mois de son mandat ?
Cet épisode rappelle les propos élogieux tenus en novembre dernier par Ségolène Royal à Ouagadougou à l’égard du despote burkinabè.
A quelques semaines de l’élection présidentielle, où chaque déclaration compte, l’association Survie interpelle le Parti socialiste et son candidat François Hollande sur l’interprétation qui doit être faite des propos de Laurent Fabius et demande, s’ils n’en sont pas solidaires, une condamnation de ces propos et de cette visite à Libreville.
Contact presse : Stéphanie Dubois de Prisque
Chargée de communication
stephanie.duboisdeprisque@survie.org
01 44 61 03 25
Dans les coulisses de la visite de Sassou à Paris
A Brazzaville, les cercles du pouvoir s’inquiètent moins des conséquences des printemps arabes que du relâchement du lien avec la France. Le président Denis Sassou Nguesso, qui n’avait pas été reçu à l’Elysée depuis le 14 juillet 2010, a profité de sa présence au forum francophone préparatoire au sommet Rio+20 sur le climat, du 8 au 10 février à Lyon, pour décrocher un entretien à l’arrachée avec Nicolas Sarkozy et charmer les patrons français. Enquête exclusive.
Rendez-vous express à l'Elysée. "On me fait recevoir Sassou !", affirmait Nicolas Sarkozy, début janvier, à un interlocuteur très branché Afrique. Ami de trente ans de Jacques Chirac, le président congolais n'est pas un intime de l'actuel locataire de l'Elysée, qui lui préfère de loin Ali Bongo. Une question de génération et de feeling. En 2007, Sassou était plus séduit par François Bayrou... Selon nos sources, le 9 février à 17 heures, l'entretien à l'Elysée, bien que chaleureux, n'a pas excédé quarante minutes. Pour mieux se border, Nicolas Sarkozy s'est entouré des ministres Alain Juppé (affaires étrangères), nouveau Père Fouettard des chefs d'Etat inusables en Afrique, et Henri de Raincourt (coopération). Accompagné des ministres Gilbert Ondongo (économie) et Basile Ikouébé (affaires étrangères), de Jean-Pierre Okemba (services secrets) et de l'ambassadeur Henri Lopes, le président congolais y est allé au charme, se concentrant sur les dossiers économiques, un sujet qui ne peut déplaire à Nicolas Sarkozy. L'aide de Paris a été sollicitée sur plusieurs chantiers (chemin de fer, aéroports, routes...) à travers des crédits de l'Agence française de développement (AFD) . Accord de principe de l'Elysée, sous réserve de la pertinence de ces projets. Les dix dernières minutes, passées en tête à tête, furent nettement moins agréables. Sassou, qui ne peut plus se porter candidat à la présidentielle de 2016, a été dissuadé par Sarkozy de tripatouiller la Constitution pour se présenter. Message reçu cinq sur cinq, pour le moment...
Business tricolore as usual. Côté affaires, l'axe Paris-Brazzaville semble plus vigoureux.
Invité le 9 février pour un petit -déjeuner au Medef, le président congolais a mouillé sa chemise en intervenant de 8h30 à 10h30. Deux heures non-stop durant lesquelles il a répondu aux questions d'une quarantaine de patrons assis autour de la table ovale de la présidence de l'organisation patronale. Arrivé au pouvoir en 1979 avec un intermède - Pascal Lissouba - et une guerre civile, Sassou a récemment lancé des chantiers d'infrastructures tous azimuts. Il n'est jamais trop tard... Et les entreprises hexagonales veulent leur part du gâteau. D'où la présence en force des groupes de BTP (Satom, Spie International , Egis, ETDE, DTP terrassement, Al stom, etc.) et des organismes de financement (BNP Paribas, Edifi ce capital ...). Toutefois, ce rendez-vous - trop élargi aux dires de certains - n'a pas permis d'aborder les questions de fond. Sauf peut-être lorsqu'un participant, évoquant la corruption et l'environnement des affaires, a illustré son propos par la piètre position du Congo-B (180 e) dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale.
Visiteurs du soir. Les vrais marabouts blancs ont préféré rencontrer discrètement le président congolais au Bristol, lieu de ses villégiatures parisiennes. Gestionnaire du port de Pointe-Noire et pressenti pour opérer le Chemin de Fer Congo-Océan (CFCO), Vincent Bolloré a été reçu le 10 février, deux jours après le ministre délégué aux transports Thierry Mariani. Avec le ministre de l'économie, François Baroin, les discussions ont porté sur la reconversion de 80 millions € dans le cadre du C2D mis en place par Paris pour la période 2010-2014. Le neveu du président congolais, Jean-Dominique Okemba, chaud partisan d'une réélection de Sassou en 2016, a introduit à deux reprises Claude Guéant, ami de Me Robert Bourgi. Ne manquait plus que Nathalie Kosciusko-Morizet, autre personnalité du cercle de l'avocat parisien, pour parler du bassin forestier du Congo. Le 10 février, Sassou est reparti à bord de son McDonnell Douglas 87 de location - plus sûr pour éviter les saisies de créanciers hargneux !

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