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Exposition "Au cœur du Congo" - Musée du quai Branly - Paris

Il est bien rare qu'un évènement culturel fasse, en France, la part belle aux arts d'Afrique centrale. L'initiative prise par le musée parisien du quai Branly, "là où dialoguent les cultures", vient montrer aux parisiens et aux touristes de passage la richesse et la variété de cette culture dont les plus belles œuvres ont quitté leurs terroirs d'origine.
Occasion exceptionnelle pour les africains de la capitale de voir ces œuvres et de réclamer leur restitution, si leur pays d'origine est capable d'en assure la conservation.
Bien que nous ayons proposé à nos lecteurs de nous faire part de leurs critiques sur l'exposition, et nous aurions beaucoup apprécié recevoir celles de congolais, seul Matthieu Fargeas, ex secrétaire général du CCF de Pointe-Noire nous à renvoyé une copie. Nous l'en remercions.
Il n'est pas trop tard pour avoir une opinion africaine sur cette expo, elle demeure ouverte jusqu'au 3 octobre. Mouélé Kibaya, tu m'avais promis...
L'avis de Matthieu
D'un point de vue général, l'exposition Fleuve Congo est plutôt bien conçue. Plus agréable que les expositions permanentes. Mais la section Afrique de l'exposition permanente n'en demeure pas moins intéressante. Elle présente plus de pièces sur la République du Congo et, me semble t il, l'Angola qui est absente de l'exposition temporaire.
Je conseille aux futurs visiteurs de prendre l'audio-guide. Ça double presque le prix d'entrée mais il contient de nombreux commentaires explicatifs et des petites histoires contées. Si on se contente des panneaux et étiquettes, la déception est grande pour ceux souhaitant avoir des explications. Et c'est là le principal problème de cette exposition. On nous montre des pièces, certes magnifiques, mais sans reseigner. Pour des personnes, comme moi, qui n'ont qu'une très petite connaissance de ces arts et traditions c'est un peu frustrant. On aimerai en savoir plus.
La partie "reliquaires" est la plus éducative et plus abordable, notamment grâce au pièces issues d'un temple du Gabon.
L'exposition présente des pièces anciennes et des films actuels avec des scènes contemporaines. On ne sait donc pas ce qui fait partie du passé et ce qui est toujours d'actualité. Pourtant, un des commentaires de l'audio-guide signale que la production de masques est toujours d'actualité. Créant une petite confusion dans les esprits.
Autre confusion. Les objets sont toujours attachés à une population et à un pays. Malheureusement, les ethnies ne respectent pas les frontières. On se retrouve ainsi devant de belles incohérences. Pour présenter les masques ngabaka, on entend dans l'audio-guide : "nous entrons maintenant dans la République du Congo, au nord ouest du fleuve Congo" et sur le petit panneau au pied du masque il est mentionné RDC.
De même, dans la troisième partie sur la représentation féminine, un panneau mentionne que "les Kongo habitent sur la côte atlantique et dans le Mayombe" mais tous les masques de cette thématique sont localisées en RDC!
Ce n'est pas cette exposition qui va apprendre aux français à distinguer le Congo de la RDC. Mais là n'est pas son objectif. D'ailleurs le parti pris de l'exposition est bien de montrer que toutes les ethnies vivant le long du fleuve Congo forment un ensemble ayant une unité culturelle.
N'y allez donc pas avec un esprit nationaliste, chaque section est inégalement dotée en pièces issues de la République du Congo, un seule pour la première, mais six fois plus pour la seconde avec les plus originales telles ces deux statues-reliquaires en tissu.
Un grand panneau retrace l'histoire de la découverte des arts d'Afrique centrale en Occident. Il commence en 1850 et s'arrête étrangement en 1937. A croire, qu'il n'y a rien eu depuis sur l'Afrique centrale. Que plus personne ne s'intéresse à cette région et ce bien avant les indépendances. L'époque coloniale aurait elle eu ce mérité là? De Brazza peut être glorifié pour ce qu'il a fait pour la connaissance de ces arts. Que le mémorial à Brazzaville présente les pièces collectées par cet explorateur et colon, et sa raison d'être sera plus appréciée...
Mais toutes les pièces exposées, peu nombreuses par rapport à toutes celles que doivent détenir les particuliers et musées attestent bien, si quelqu'un pouvait en douter, que l'Afrique a toujours été dans l'Histoire.
Je conclurais sur deux reproches :
Un petit : le seul commentaire d'intellectuel cité dans les explications vient d'Hampâté Bâ. N'y a t il aucun intellectuel Gabonais ou Congolais ayant écrit sue le sujet ?
Un grand : un diaporama sur les femmes défile sur un écran en fin d'exposition. Visages avec scarifications, femmes lors de cérémonies traditionnelles et d'autres dans les scènes de la vie quotidien (à la pêche, porteuses de bassines, au marché...). Je ne vois pas le lien avec l'exposition. De plus ils s'agit de photos illustrant les clichés sur l'Afrique que l'on voit partout. A t on besoin de ça pour montrer que la femme à toute sa place dans la société africaine?
La conclusion de l'exposition réaffirmant le principe évoqué plus haut de l'unité culturelle des ethnies est accompagnée d'un film sur l'exploitation forestière au Gabon. Illustration de la disparition d'une des zones (savane et foret) créant l'unité de ces peuples et de leur culture. J'ai le sentiment qu'ils ont voulu terminer sur deux idées bien pensantes mais que le lien avec l'exposition est maladroit.
Pour ceux qui ne peuvent pas venir sur place, il existe un hors série de Connaissances des arts, à 9 euros, plus abordable que le catalogue, et qui a l'énorme mérite d'être au moins aussi complet que les explications de l'exposition.
Matthieu Fargeas
FLEUVE CONGO
Arts d'Afrique centrale
22 juin - 3 octobre 2010
- mezzanine Est
- billet collections 8,50 € plein tarif et 6 € tarif réduit
Le musée du quai Branly présente cet été, à travers 170 oeuvres majeures et 80 documents, une importante exposition consacrée aux traditions artistiques d’Afrique Centrale, à savoir le Gabon, la République du Congo et la République démocratique du Congo.
Véritable voyage initiatique menant le visiteur des forêts du Nord aux savanes du Sud, l’exposition démontre les liens existant entre les oeuvres produites dans les régions bordant le majestueux fleuve Congo, par diverses populations de langues bantoues.
Derrière la variété des masques et sculptures fang, hemba, kwélé ou kota, l’exposition met en lumière les oeuvres majeures de l’Afrique Centrale, dans leur conception, leurs structures et les liens artistiques qui les rapprochent.
Les trois thèmes de l’exposition, fondamentaux communs à ces peuples iconophiles, sont complémentaires :
- les masques et statues ayant le « visage en forme de coeur », et qui assurent l’unité et l’identité des groupes respectifs ;
- l’importance de l’ancêtre fondateur et des membres éminents de son lignage ;
- la représentation de la femme dans les royaumes de la savane, équilibrant l’autorité des hommes, liée au mystère de la régénération de la terre, de l’agriculture, de la vie humaine.
L’Afrique centrale est habitée par de nombreux groupes humains ayant chacun son identité propre. Malgré leurs différences, leurs oppositions même, ceux-ci s’exprimaient dans des langues communes, usaient d’institutions semblables, engageaient leur vision du monde dans des rituels initiatiques et thérapeutiques, des danses et des incantations adressées aux esprits de la nature et à leurs ancêtres. Les liens culturels qui relient ses populations couvrant la grande forêt et les savanes subéquatoriales affleurent également dans leurs productions matérielles. Les oeuvres majeures présentées ici en témoignent.
François Neyt, commissaire de l'exposition
NDLR : Nous remercions d'avance nos lecteurs de bien vouloir nous donner leurs impressions sur l'exposition.


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