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Etre opposant fait-il d'Ange Edouard Poungui un bandit de grand chemin ?

Ange Edouard Poungui a été premier ministre de la République populaire du Congo du 7 août 1984 au 7 août 1989, pendant la présidence de Denis Sassou-Nguesso dite Sassou I. Il proposa au président Denis Sassou Nguesso de passer au multipartisme et d'autoriser la constitution d'une opposition officielle. Le président s'opposa à cette proposition et Ange-Edouard Poungui, démissionna du poste de premier ministre. À ce jour, il est le seul premier ministre congolais à avoir décidé de quitter ses fonctions suite à un désaccord avec le président Denis Sassou Nguesso.
Nous n’avons pas de sympathie particulière pour Ange Edouard Poungui, candidat retiré du dernier scrutin présidentiel pour n’avoir pas résidé au Congo durant les 24 mois précédant l’élection (ce qui est conforme à la constitution). Par contre, nous en avons pour la liberté d’opinion et la liberté d’expression. A suivre les tracasseries que doit subir l’opposant, avec pour seul motif le fait qu’il n’est pas en phase avec le pouvoir, nous pensons que l’image de démocratie que Mpila veut donner du Congo prend un sacré coup.
Poungui nous a fait parvenir l’article à la suite. Bien sûr, nous n’avons pas la version côté accusation, si elle nous parvenait, nous nous ferions un devoir de vous la faire connaître.
Chroniques du harcèlement et de l'intimidation : audience du jeudi 4 mars 2010.
Résumé de l’audition de ce jour au cabinet du Juge d’instruction ITOUA Priva Roméo
C'est accompagné d'une quarantaine de personnes, dirigeants nationaux et locaux, militants, parents, amis et sympathisants que je me suis présenté au deuxième cabinet d'instruction du Tribunal de Grande Instance de Brazzaville où siège le Juge d’instruction ITOUA Priva Roméo.
En effet, ce jeudi 4 mars 2010, suivant la convocation que j’ai reçue, je me suis présenté au cabinet de ce Juge d’instruction, où j’ai été auditionné pendant deux longues heures, en qualité de témoin, dans la procédure initiée par le ministère public (entendez le gouvernement), au sujet de la « marche » du 15 juillet 2009, abusivement et malicieusement requalifiée en « coups et blessures, détention et port illégal d’armes de guerre », afin de justifier qu’une procédure aussi lourde que gravissime ait été mise en œuvre. En toute logique, s’il ne s’était agi que d’une banale marche pacifique, cela relèverait du Tribunal de simple police ! Un flagrant délit aurait pu être effectué in situ par la police, tandis que les contrevenants arrêtés seraient traduits immédiatement devant le juge ! Mais en criminalisant ainsi les faits, le régime dictatorial de M. Sassou Nguesso se prépare, sans aucun doute, à traduire les opposants indociles devant la Cour d'assises ou, pourquoi pas, devant une juridiction d’exception de triste mémoire.
De fait, mon audition a tourné autour de cette « affaire ». J’ai réfuté pour ma part, l’allégation selon laquelle une marche aurait été « organisée » ce 15 juillet 2009. En réalité, cette marche n’a eu lieu que parce que l’autorisation obtenue par les candidats des partis du Front de l’Opposition Congolaise à l’élection présidentielle, de tenir une conférence de presse suivie d’un meeting en salle au palais du parlement, avait été annulée in extrémis alors que plusieurs participants à cette manifestation étaient déjà aux abords du Palais du Parlement. Cette décision met à jour le polycentrisme qui caractérise le pouvoir de M. Sassou V (5). On ne sait jamais qui fait quoi et qui décide de quoi, pourquoi, quand et comment ! En conclusion, pour moi, il n’y a pas eu marche sinon un retour encadré et dans l’ordre et le calme de nos militants chez eux. D’ailleurs c’est dans le calme que ce retour s’est déroulé jusqu’à dispersion brutale et sans sommation par les forces de l’ordre menées pourtant par les plus hautes autorités de la police nationale.
Ainsi, pour éviter tout désordre et dérapage, tous les leaders présents à la concertation qui avait eu chez moi, ont décidé de participer en personne à ce retour encadré et en ordre. Du reste notre présence dans les rangs a manifestement fait hésiter pendant un temps, les éléments extrémistes des forces de l’ordre, de charger les participants.
Des questions m’ont été posées à propos des armes. En ce qui me concerne, j’ai soutenu au grand étonnement du Juge, que je ne détiens aucune arme et que je n’ai aucun élément affecté à ma sécurité personnelle par le gouvernement, alors que mon statut d’ancien Premier Ministre, eût pleinement justifié une telle mesure ! Les seules personnes qui m’entourent sont des parents et des militants de mon Parti, qui sont bénévoles et volontaires. Aucun d’entre eux ne possède une arme.
Par ailleurs, j’ai soutenu que pendant la « marche », seuls les éléments militaires affectés par le gouvernement pour assurer la sécurité des candidats, étaient visiblement en tenue militaire et portaient une arme canon en l’air. Je n’ai vu aucun d’entre eux faire usage de son arme. De même, je n’ai vu aucun civil en arme.
Au sujet de la victime blessée par balle comme l’avait reconnu le Commandant de la Gendarmerie Nationale, à ma connaissance aucune étude balistique n’a été diligentée jusqu’aujourd’hui pour connaître avec précision le type de projectile qui l’a blessé, afin de déterminer le type d’arme qui a causé la blessure, quelle était la trajectoire et qui éventuellement détenait une telle arme. Je précise que je ne connaissais pas la victime avant cet incident malheureux.
En conclusion, ne nous y trompons point, Sassou va aller jusqu’au bout de sa logique : décapiter et réduire définitivement au silence l’opposition. En effet, nous ne sommes pas en face d’un dossier judiciaire. Sassou qui a la rancune tenace, veut se servir de sa justice aux ordres, pour se débarrasser de ses opposants. Cette justice ne dira pas le droit ! La procédure actuelle est politique. Dans ces conditions préparons une riposte politique à cette mascarade juridique qui se prépare pour nous broyer tous ! Alors, seule une large union des forces, fera échec à ce plan échafaudé par Sassou, disciple de Machiavel.
Voici pour l’essentiel, le résumé de mon audition de ce 04 mars 2010. Il ne m’a pas échappé que l’administration des services judiciaires est devenue très archaïque. A cet égard, j’ai fait remarquer au juge (hors audition), que la greffière utilisait encore une vieille machine à dactylographier à l’heure de l’ordinateur ! Imaginez le bruit, la lenteur… Dans un pays qui prétend se moderniser !
J’ai signé à la fin, le PV de mon audition.
Souvenez-vous cette phrase écrite le mardi 27 octobre 2009, ce jour où sans surprise, le juge Bayi, Président du Tribunal de Grande Instance de Brazzaville, a refusé de dire le droit et s'est déclaré incompétent, s'est lavé les mains : « l'hypothèse de voir les leaders de l'opposition défiler les uns après les autres au cabinet du juge d'instruction ITOUA PRIVA, n'est pas à écarter. La procédure d'intimidation continue concomitamment avec la fabrication de fausses preuves d'un complot né dans la tête du dictateur et de son entourage ». Nous y sommes.
Ange-Edouard Poungui
4 mars 2010.

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