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Dossier sur le VIH/SIDA prélude à la journée du 1er décembre
1er décembre : Journée mondiale de lutte contre le sida
Du mieux à confirmer
"Le monde a réussi à enrayer l'épidémie de sida et il commence à inverser la propagation du VIH", constate le rapport annuel du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA)* publié ce 23 novembre 2010. Le nombre de nouvelles infections au VIH a reculé de près de 20 % en dix ans ; les décès liés au sida ont diminué également d'environ 20 % ces cinq dernières années.
De bonnes nouvelles qui concernent aussi l'Afrique subsaharienne, la région la plus touchée par l'épidémie. Résultat des campagnes de prévention : de 2001 à 2009, le nombre de nouvelles infections s'est stabilisé ou réduit de plus de 25 % dans 34 pays de cette sous-région. Les jeunes surtout, qui ont adopté de nouveaux comportements, sont moins touchés. Beaucoup moins d'enfants (moins 32 % en Afrique subsaharienne) naissent avec le sida, grâce au traitement donné à leur mère. Les antirétroviraux ont aussi réduit le nombre de décès de 20 % entre 2004 et 2009, en Afrique subsaharienne.
Sur le terrain, en RD Congo et au Burundi, ces changements sont perceptibles même si le chemin à parcourir reste long pour que les sidéens soient acceptés par tous, que tous adoptent des comportements responsables et que tous les malades bénéficient de traitements. Cependant, les personnes vivant avec le VIH/sida qui sont sous antirétroviraux mènent de plus en plus une vie normale et sont de mieux en mieux acceptées par la société, y compris au travail. Malheureusement, ces médicaments restent encore inaccessibles à de nombreux malades ou ne sont pas toujours disponibles. Beaucoup continuent à mourir, souvent abandonnés par leurs familles quand leur fin est proche. Certains malades, découragés, se tournent encore vers des Églises peu scrupuleuses ou des charlatans qui promettent de les guérir… D'autres Églises, qui ne considèrent plus le sida comme une punition de Dieu, incitent au contraire leurs fidèles à se protéger, à se faire dépister et à se soigner.
Trop souvent, les sidéens ne bénéficient ni des soins, ni de l'aide à hauteur de l'appui et des financements de la communauté internationale. Trop d'Ong cherchent avant tout à empocher cette manne financière, mais ne s'occupent guère des malades. Et, dès que les fonds baissent, elles disparaissent, les abandonnant à leur triste sort.
Les comportements à risques demeurent importants particulièrement dans l'est de la RD Congo. L'ONUSIDA rappelle que les rapports sexuels avec les prostituées sont un facteur important de transmission du VIH. Les Congolaises qui poussent leurs maris notoirement infidèles à utiliser des préservatifs l'ont bien compris. Elles veulent éviter d'être contaminées et de transmettre le virus à leurs enfants…
Des progrès sont là, encourageants certes, mais encore insuffisants : chaque jour, de nombreuses personnes sont contaminées, surtout des jeunes filles et des femmes ; des malades meurent sans soins… La vigilance reste de rigueur.
Marie-Agnès Leplaideur
* http://www.unaids.org/GlobalReport/Global_report_fr.htm
Burundi : La nouvelle croisade d'Eglises protestantes contre le sida
(Syfia Grands Lacs/Burundi) Des Eglises protestantes du Burundi ont compris que les innocents attrapaient aussi le sida. Elles ont donc arrêté de les considérer comme des pécheurs punis par Dieu et sont à leurs côtés, pour faire évoluer les mentalités et encourager le dépistage.
"Le sida n'a pas peur des Eglises, il nous concerne nous aussi !", martèle Perpétue Kankindi, la chargée du département contre le sida du CNEB (Conseil national des Eglises du Burundi), une organisation composée de 12 Eglises protestantes. Une prise de position quasi révolutionnaire. Auparavant en effet, les pasteurs et leurs fidèles étaient intimement convaincus que la maladie ne pouvait les atteindre. Ils la considéraient comme une punition de Dieu contre les adeptes du vagabondage sexuel. On culpabilisait alors les sidéens en leur expliquant qu'ils étaient malades parce qu'ils avaient péché.
Désormais, plusieurs Eglises protestantes traitent de façon anonyme et bienveillante les séropositifs. "Des enfants naissent avec le sida sans avoir fait quoi que ce soit pour cela. Un conjoint peut revenir à la maison avec le virus sans que l'autre le sache. Et on peut attraper cette maladie dans un salon de coiffure… Pourquoi tous ces innocents devraient-ils être stigmatisés ? Voilà ce qui nous a décidés à agir nous aussi !", se souvient Perpétue Kankindi. En 2002, le CNEB a donc crée un département spécialisé. Les gens de cette section passent dans les paroisses parler des modes de transmission et des moyens de protection contre le VIH/sida. Objectif : enlever de la tête des fidèles que cette maladie est une punition divine.
Dépistage et soutien moral
La démarche semble fonctionner. Environ cinq ans plus tard, de plus en plus de Chrétiens ont souhaité se faire dépister. Le CNEB a donc crée un laboratoire spécialisé. "Lorsqu'on entre dans les autres centres, on vous taxe de sidéen, on vous stigmatise. Rien de tout cela ici", fait remarquer une jeune fille venue se faire dépister. Deux fidèles sidéens issus de deux Eglises différentes, sont du même avis. Ils expliquent que ce centre a été bien conçu, car on ne peut pas savoir a priori pourquoi quelqu'un s'y rend : visite personnelle, questions en rapport avec la spiritualité… La prière et le soutien moral entre malades et personnes saines sont en effet une autre particularité ici.
Les séropositifs étant de plus en plus nombreux, le CNEB a commencé, en 2008, à leur distribuer des anti-retroviraux et des aides alimentaires. Le centre basé à Bujumbura étant très sollicité par les citadins et des gens de l’intérieur du pays, d’autres lieux similaires ont été ouverts dans diverses paroisses à l'extérieur de la capitale. A Bururi et à Ngozi, respectivement au sud et au nord du Burundi, c'était il y a un an.
Eric Nshemezimana
Bas-Congo : Ni l’urine ni le vin de palme ne guérissent le Sida
(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Dans la province du Bas-Congo, des charlatans conseillent parfois aux malades du Sida de boire leurs urines ou du vin de palme pour se soigner et d'abandonner les antirétroviraux. Pour lutter contre ces pratiques mortelles, ces derniers se regroupent espérant aussi être aidés directement sans passer par les Ong souvent mal gérées.
Depuis près de deux ans, dans la province du Bas-Congo (sud-est de Kinshasa), des personnes vivant avec le Vih/Sida (Pvv) se confient à des guérisseurs, qui leur proposent une kyrielle de remèdes pour recouvrer la santé. Souvent ces malades abandonnent la prise d’anti-rétroviraux (ARV), pour boire leurs propres urines ou du vin de palme, présentés par des charlatans comme des traitements efficaces contre le sida. "Vous ne pouvez pas imaginer ce que signifie prendre chaque jour des médicaments qui affament. Si tu n’es pas moralement fort, tu ne peux que mordre à ce que l’on te propose", explique un responsable de l’Union congolaise des Pvv (Ucop+) du Bas-Congo.
Le traitement par l’urine ou au vin de palme n’ont pourtant jamais montré une quelconque efficacité. Début 2010, un dirigeant d’une importante Ong des Pvv de Matadi, chef-lieu de province, en est mort. "Il buvait depuis un temps ses urines après avoir abandonné les ARV", témoigne un autre malade. A Kisantu, à 215 km de Matadi, la coordonnatrice intérimaire du Programme national multisectoriel de lutte contre le Sida (Pnmls), reconnaît elle aussi avoir dissuadé une sidéenne de prendre du vin de palme pour traiter ce virus comme le lui avait recommandé un charlatan.
Cellules de solidarité
Conscients de l’inefficacité de ce genre de traitements, certains malades de Sida regroupés depuis trois ans au sein des Organisations à assises communautaires (OAC), s'y rencontrent une fois par semaine, pour y faire face. Les OAC nous permettent de "de sortir de la clandestinité, de se soutenir en partageant nos expériences et de décourager ces mauvaises pratiques", explique un des membres. Ces cellules espèrent aussi obtenir ainsi, des financements pour la prise en charge de leurs médicaments. Car disent-elles, "certains bailleurs de fonds préfèrent que les malades bénéficient directement de ces financements, étant donné que de nombreuses Ongs qui s’occupent d’eux détournent l’argent destiné aux Pvv."
Une dizaine d’OAC opèrent actuellement dans cette province de la Rd Congo. Elles sont jusque-là installées dans les principales villes du Bas-Congo (Matadi et Boma). Antho Kumbu qui en fait partie, reconnaît les bienfaits dont elle a déjà bénéficié. Après la mort de son mari, elle avait tout perdu. "Chassée par ma belle famille, j’étais sans argent. Seul l’appui de mes pairs dans l’OAC est mon réconfort", avoue-t-elle.
Dans ces organisations, les sidéens reçoivent gratuitement des ARV. Mais depuis quelques mois, elles doivent payer 5 $ pour y avoir droit. Selon le Dr Miriam Kalanzaya du centre de traitement ambulatoire d’Amo-Congo (Avenir meilleur pour orphelins du Sida), ces frais représentent la participation communautaire qui permet de résoudre les problèmes de logement, "car les bailleurs ne donnent presque rien."
Mieux agir, redonner de l’espoir
Les sidéens membres des OAC se réunissent généralement dans leurs maisons. A Matadi, l’Eglise catholique leur permet de se rencontrer sous les paillotes de cinq paroisses. Mais de nombreux malades continuent de vivre dans la clandestinité. Secrétaire provincial de l’Ucop+, Françoise Kapinga plaide pour renforcer leur lutte. "Nous devons travailler davantage pour convaincre les autres Pvv de sortir de la clandestinité, car le Sida n’est pas une fatalité", dit-elle.
Comme dans la capitale, Kinshasa où un comité dirige déjà les OAC, les Pvv de trois villes du Bas-Congo (Matadi, Boma et Muanda) ont aussi élu un comité provincial pour mieux organiser leur lutte contre le Vih/Sida. Présidente, Antho Kumbu ne cache pas sa détermination. Elle veut voir les OAC s’étendre partout au Bas-Congo. "Je m’évertuerai à consoler mes pairs, à leur redonner de l’espoir", promet-elle, demandant au passage de l’aide aux personnes et organisations humanitaires de bonne foi.
Alphonse Nekwa
Kikwit : Des sidéens épanouis et moins marginalisés qu’avant
(Syfia Grands Lacs/RD Congo) À Kikwit dans le Bandundu, les sidéens ne vivent plus marginalisés comme il y a quelques années. Sur leur lieu de travail comme en famille, ils ne sont plus rejetés depuis qu’ils prennent des antirétroviraux et que des Ongs mènent campagne pour une meilleure compréhension de leur maladie.
"Ce sont des êtres humains comme tout le monde. Ils ont aussi droit à la vie et à la bonne santé." Ces petites phrases simples mais très significatives sont celles du président de la société civile de Kikwit, Laurent Bwenia Muhenia. Depuis qu’il a organisé en 2008, une marche pacifique pour réclamer l'envoi d'anti-rétroviraux (ARV) dans cette ville de la province de Bandundu, à 500 km au sud-est de Kinshasa, les malades du sida s’en portent mieux. "Il y a des sidéens qui pesaient une trentaine de kilos. Après la prise des ARV, ils maintiennent leur poids à 50, 60, 70 voire 80 kg. Ils ne sont plus pointés du doigt", raconte Modestine Kombe, assistante chargée de l’accompagnement psychosocial de ces malades à la Fondation Femme Plus.
Depuis 2009, cette Ong prend en charge et donne des anti-rétroviraux aux sidéens de Kikwit et de ses environs. Elle participe aussi, avec d’autres Ong du secteur de la santé, à diverses campagnes menées à travers les médias, des pièces de théâtre, des conférences et des affiches, pour faire changer le regard souvent méprisant des gens, envers les personnes atteintes du sida.
À l’aise dans leur entourage
Aujourd’hui, l’accès des malades aux ARV, couplé à cette campagne de sensibilisation, a porté ses premiers fruits. Les sidéens ne sont plus stigmatisés, marginalisés par la société comme auparavant. "Je suis à l’aise à mon travail. Personne ne s’inquiète de mon état sérologique comme avant", témoigne Catherine Fumfubo, secrétaire comptable au Centre d’encadrement des jeunes de Kikwit. Trois personnes atteintes du VIH/sida travaillent dans cette petite Ong, sans la moindre discrimination.
Dans certains milieux de travail, les employeurs partagent des moments de convivialité avec des personnes qu’elles savent malades. À la Division provinciale de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel, l’unique personne atteinte par la maladie connue, est respectée par tous ses collègues de travail. "Il a l'air bien dans son assiette et personne ne peut imaginer qu’il est porteur du VIH/sida. Lors des manifestations, nous buvons ensemble", affirme Faustin Madinga, chef de bureau à cette division.
Savoir braver la maladie
Ce changement d’attitude envers les sidéens est aussi parfois facilité par le comportement des malades eux-mêmes. Leur refus de vivre dans la clandestinité pousse en effet certains à briser le silence et à participer activement, à la campagne pour mettre un terme à leur marginalisation par la société. "Ils témoignent et expliquent comment ils ont attrapé le sida et la façon dont les ARV les protègent et leur redonne le souffle de vie", explique Justine Kakesa, responsable de la Dynamique de la jeunesse congolaise, une Ong qui s’occupe entre autres de la lutte contre cette pandémie.
Si les ARV ne peuvent guérir du sida, l’accompagnement moral et psychologique dont les personnes atteintes peuvent bénéficier de la part de leur entourage aide à les garder encore longtemps en vie. "Chez nous, mes frères et mes parents ne rejettent pas. Au contraire, ils se démènent pour que je ne me fasse pas trop de souci", confie Jean Mukalina, qui se dit réconforté par ce précieux soutien que sa famille lui apporte.
Badylon Kawanda
Congo Brazzaville :Les séropositifs, des employés à respecter
(Syfia/CRP) Sous l'impulsion d'ONG et des pouvoirs publics, certaines entreprises de Pointe-Noire, capitale économique du Congo Brazzaville, prennent en charge leurs employés séropositifs et veillent au respect de leurs droits. Mais, le combat contre la discrimination est difficile dans un environnement gangrené par le manque d'informations et les préjugés.

"Au travail, je suis un collègue, pas un malade." À Pointe-Noire, capitale économique du Congo Brazzaville, les quelque trois cents agents de Zain Congo, un opérateur de téléphonie mobile, ne semblent jurer que par ce slogan. "Je n'ai pas envie de savoir que mon collègue est séropositif, car je sais que je peux cohabiter avec lui sans crainte. Le sida ne se transmet pas par simple contact", explique Olga Marthe Loemba, agent du service de management.
Ces cinq dernières années, grâce au partenariat entre des ONG, l'Unité départementale de lutte contre le sida (UDLS) et Unicongo (Union patronale et interprofessionnelle), près de 50 entreprises ont mis en place des points focaux animés par des employés. Ces relais informent et veillent à l'application stricte du Code du travail. Le Port autonome de Pointe-Noire évacue parfois à ses frais en Occident certains de ses employés séropositifs. Les compagnies pétrolières Total et ENI assistent financièrement et psychologiquement leurs agents sidéens. Patrice Batz Huyer, responsable du programme VIH/sida à Zain Congo, résume : "Un séropositif, pourvu qu'il jouisse de toutes ses facultés, a les mêmes droits et devoirs qu'une personne dite normale."
Une manière de voir que ne partagent pas bon nombre d'employeurs. À leurs yeux, sida équivaut forcément à incapacité ou faible rendement physique et intellectuel. "Employer un séropositif, c'est causer la chute de l'entreprise. Mieux vaut ne pas le faire et, au cas où ce dernier est déjà dans la société, s'en débarrasser par tous les moyens", lance le responsable d'un restaurant, qui craint que ses clients, informés de la présence d'un de ces malades dans son personnel, partent déjeuner ailleurs. "Ils auraient peur d'être contaminés, poursuit-il. On n'aurait alors plus d'argent pour faire fonctionner notre établissement."
L'employé sidéen a les mêmes droits
Même si la Confédération syndicale des travailleurs du Congo et la Confédération syndicale congolaise disent ne pas avoir reçu de plaintes de séropositifs victimes de licenciements abusifs, certains préjugés chez les patrons causent renvois, mutations et autres traitements injustes. Une enquête menée cette année auprès de cinq sociétés par les ONG Azur développement et le Club des jeunes pour l'éducation sexuelle et à la santé (CJESS) révèle ainsi que cinq personnes ont été licenciées en raison de leur séropositivité. "Nous avons lu une note de service faisant état de la radiation d'un employé à cause d'une infection rétrovirale qui entraînait une diminution de rendement. Pourtant, cette personne jouissait de toutes ses facultés physiques et intellectuelles", explique David Hermann Malanda, président du CJESS. Le docteur Jean-Pierre Nkouendolo, coordonnateur de l'UDLS affirme cependant que "grâce à l'action concertée de l'UDLS et de deux ONG qui ont négocié avec la société, le patron est revenu sur sa décision."
"Le pire des dangers, c'est le manque d'information", résume Sylvie Niombo, présidente d'Azur développement. Pour faire tomber les préjugés et les tabous qui entourent le sida, des ONG circulent notamment dans les hôpitaux. "La séropositivité est encore perçue par beaucoup comme une honte et une injure", déplore Dominique, candidate au dépistage volontaire.
La loi est pourtant claire. Selon Georges Nguila, chef d’antenne de l'Observatoire congolais des droits de l'Homme (OCDH), "en cas de discrimination en milieu professionnel, il y a deux recours : la négociation et la voie juridique". Et comme le souligne Abraham Mbouala, agent de la direction départementale du Travail et de la sécurité sociale, "le Code du travail ne prévoit aucune disposition particulière pour les séropositifs et il est valable pour tout le monde". Ce Code condamne, dans l'entreprise, la discrimination sous toutes ses formes et prévoit des sanctions. "Le sidéen est une personne normale, on n'a donc pas besoin d'une législation particulière", insiste Marthe Tchitoula Makosso, agent du service ressources humaines au Port de Pointe-Noire.
John Ndinga-Ngoma
Septembre 2010
Articles réalisés avec l'aide financière de la Commission européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.
Nord-Kivu : Des époux infidèles protégés par leurs femmes
(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Dans certains foyers de Beni, au Nord-Kivu, des femmes encouragent leurs maris à utiliser le préservatif, lorsqu'ils leur sont infidèles. Elles souhaitent ainsi éviter d'attraper elles aussi le sida ou d'autres maladies sexuellement transmissibles.

Dans le petit coffre de la voiture familiale, M. K. prend toujours soin de vérifier que le carton de préservatifs qu’elle a placé est bien là. À côté du volant, un autocollant est placardé portant la mention : "Le sida n'a pas de pardon. Même toi tu peux l'attraper." Un message bien ciblé, puisque c’est son mari qui utilise le plus la voiture. M. K. encourage de cette manière son époux à utiliser des condoms lors de ses aventures sexuelles extraconjugales, une attitude inimaginable il y a encore quelques années. "Je le fais par amour pour lui et pour le bénéfice de notre famille, car on ne sait jamais. Les hommes, on ne les contrôle pas", explique-t-elle.
Au Nord-Kivu, de nombreuses femmes de Beni font de même. Ce chauffeur routier déclare sans aucune gêne ni volonté apparente de changer ses habitudes : "Ma femme glisse toujours discrètement des préservatifs dans mon sac de voyage. Cela me donne plus de sens de responsabilité. Je l'encourage, car elle a le souci de notre bonheur."
Les dangers partagés du vagabondage
C’est à cause des souffrances qu’endurent les veuves et les orphelins dont les maris et pères sont morts de sida que ces femmes ont petit à petit pris conscience du danger que couraient constamment leurs époux en ayant des relations sexuelles non protégées avec des partenaires occasionnelles. Car elles ne peuvent généralement pas les en empêcher. "Je sais que presque tous les hommes 'déconnent', affirme une mobilisatrice d'une Ong locale de lutte contre le VIH/sida. Mais, j'ai compris, malgré ma farouche jalousie, qu'il était dangereux de laisser mon mari vagabonder sans protection." Une manière aussi pour ces épouses d'éviter d'être elles-mêmes contaminées par leurs maris infidèles et irresponsables…
Ces femmes sont encouragées dans leur démarche par des radios locales. Dans son émission Maman Maendeleo (Femme pour le développement) produite par la Radiotélévision Muungano, l’animatrice Kavira Mwatatu ne mâche pas ses mots. "Les jeunes filles vous défient, leur dit-elle sans détour. Mais, dites à vos maris de ne pas se laisser séduire par leurs charmes. Sinon, dites-leur clairement d'utiliser des condoms. Car, en cas d'infection, vos enfants et vous allez en souffrir."
Un taux de prévalence de 8,5 %
Cette campagne en faveur de l’usage du préservatif bouleverse les traditions et les convictions religieuses dans cette partie de la RD Congo, profondément catholique. L'Église a ici comme un peu partout dans le pays une grande influence sur la vie des couples. Elle leur recommande l'attitude qu’elle a jusque-là défendue face à la pandémie : la fidélité ou l’abstinence. "Conseiller le recours au préservatif pour se protéger contre le sida, c'est comme conseiller à un conducteur d'utiliser de l'essence frelatée pour faire marcher son véhicule, avec le risque de faire exploser son moteur", compare, maladroitement, Gabriel Malepe, curé de la paroisse de la commune de Beu, à Beni.
Selon le Dr Djeef Mutambala, médecin-chef de la zone de santé de Beni, le taux de prévalence du sida dans cette ville de plus de 500 000 habitants est de 8,5 %. "Ce taux met en danger toutes les générations", avertit-il, recommandant à tous de faire le libre choix entre la fidélité, l’abstinence ou le préservatif.
Jacques Kikuni
Les sidéens vivent mieux à l'hôpital qu'en famille
Au Nord-Kivu, à Beni, le sida est considéré selon certaines croyances comme une malédiction. Lorsqu’une personne est infectée, les relations se dégradent très vite entre elle et sa famille. Comme les proches savent que les malades du sida ne peuvent toujours pas être guéris, "ils les abandonnent à leur triste sort", explique Josué Katshungu, responsable du volet communautaire de l’Ong Espoir pour la vie.
Des familles viennent parfois réclamer que leur malade quitte l’hôpital ou n’y soit carrément pas amené. Activiste des droits de l’homme, Louise Kaswera dit avoir vécu ce genre de scènes plus d’une fois. "En 2009, dit-elle, un sidéen demandait à être conduit à l'hôpital. En vain. Ses proches ont répondu qu'il était inutile de soigner un malade qui est supposé mort"…
Injuriés et moqués, les malades préfèrent rester à l’hôpital plutôt que de vivre en famille. Grâce à l’appui de certains partenaires, les hôpitaux peuvent les traiter gratuitement aux antirétroviraux. "Nous leur accordons en plus des activités qui leur apportent des revenus pour leurs petites dépenses", raconte Dr Jackson Basikanya qui accueille nombre de malades dans son centre de santé.
J. K.
Congo Brazzaville : La "vie positive" d'un couple séropositif
(Syfia/CRP) Au Congo Brazzaville, Valérie et Thierry Maba sont tous deux séropositifs. Heureux et résolument optimiste, le couple combat la maladie au quotidien et les préjugés qui l'entourent en partageant son expérience. Pour que les malades retrouvent espoir et cessent d'être discriminés.
"Ici, à la maison, nous parlons tous du sida… Sauf le nouveau-né bien sûr !", plaisante Thierry Maba, 38 ans. Thierry a l’air en bonne santé. La voix ferme, il donne des ordres que son entourage s'empresse d'exécuter. Sa femme Valérie, elle aussi séropositive, vient de donner naissance à un bébé bien portant.
À Brazzaville, on ne présente plus Valérie et Thierry. Le couple est en effet devenu le miroir dans lequel se reconnaissent des malades, mais aussi des personnes saines. Leur courage et leur optimisme montrent aux Congolais qu’être séropositif ne signifie pas la fin de tout. "On peut vivre en couple positivement et heureux, même infecté par le VIH", soulignent les amoureux. Pour montrer que le sida ne tue pas l’amour, Valérie et Thierry ont été les premiers séropositifs à se marier officiellement au Congo en 2005. Depuis, ils échangent avec le grand public lors de différentes campagnes de sensibilisation.
Tout débute en 1991, quand Thierry obtient une bourse d’études après son baccalauréat. Lors du bilan de santé, il apprend qu'il a le sida. Cette découverte bouleverse à jamais sa vie. "Quand j’ai eu mes résultats, je me suis confié à un ami. Je ne voulais pas que mes parents l’apprennent", se souvient-il. Quand ces derniers finissent par le savoir, une barrière s'érige entre eux et leur enfant. "Au départ, j’ai été rejeté, mais aujourd’hui ils ont compris que le sida est une maladie comme une autre", estime-t-il.
Les jeunes, "couche la plus vulnérable"
Tous les jours, Thierry discute avec les gens de sa maladie : "C’est une question de vie", résume-t-il. Pour mieux véhiculer son message, le couple a réalisé un documentaire, Une vie positive, présenté au public en décembre 2009, au Centre culturel français de Brazzaville et diffusé depuis sur Internet et sur Digital radio télévision (DRTV), une télévision privée du Congo Brazza). On trouve ce documentaire en DVD dans certaines bibliothèques. "Ce film est le seul vrai moyen de sensibiliser d'autres personnes, qu’elles soient saines ou séropositives", affirme Thierry, désireux, dans le même élan de donner ou redonner espoir aux malades. Vice-président de l’Association des jeunes positifs du Congo (AJPC), il mène aussi cette mission à travers cette ONG créée par sa femme en 2002 et qui accompagne psychologiquement et socialement les séropositifs et lutte à leurs côtés pour leurs droits. Depuis deux ans, cette association anime chaque semaine des groupes de paroles, en présence notamment d'un conseiller en soins et nutrition.
Dans toutes ces activités, Thierry met un accent particulier sur les jeunes, "couche la plus vulnérable" selon lui, pour que ces derniers soient correctement informés sur le virus. Un combat particulier que partage Attaque contre la prostitution infantile, la drogue et le sida (ATTAC3). "Nous insistons auprès des jeunes sur l’importance de connaître cette maladie et d’en parler à ceux qui l'ignorent", explique Sosthène Nganga, président de ATTAC3. Son association a lancé, en 2005, une opération de vulgarisation des préservatifs chez les jeunes. En 2008, plus de 800 d'entre eux ont été informés.
"Sur une tranche de 50 personnes, 22 étaient séropositives", confie Sosthène avant de conclure : "Il nous faut faire des efforts, en informant et en conseillant les jeunes. Le VIH n’est plus un sujet tabou !"
Les mentalités commencent, en effet, à évoluer. "J’ai été stigmatisé, mais aujourd’hui, mes voisins ont un nouveau regard sur moi lorsque nous nous croisons", se réjouit Thierry. Certaines personnes estiment désormais qu’"il n’est pas question de rejeter les séropositifs. Ce sont des personnes comme nous. Nous qui nous croyons sains, nous sommes tous des ignorants", déclare un infirmier.
Valérie et Thierry ont montré la voie. Le fait de connaître et de ne pas cacher sa séropositivité, "a permis une avancée significative dans la lutte contre le sida au Congo", affirmait George Moyen, ministre chargé de la Santé, durant la compagne de lutte contre cette maladie en décembre 2009. Associée à d'autres actions, cette prise de conscience produit ses effets. Dans leur rapport conjoint de 2009, l'OMS et l'Onusida estiment que le taux de prévalence du VIH chez les Congolais adultes (de 15 à 49 ans) est de 3,2 % contre 7,2 % en 2002.
El-Staël Enkari
Articles réalisés avec l'aide financière de la Commission européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de Syfia international et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union européenne.
Sud-Kivu : Pour les Ong, le sida ne fait plus recette
(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Avec la fin des financements du programme national de lutte contre le sida, les Ong du Sud-Kivu qui, souvent par opportunisme, s'étaient engagées pour cette cause retournent à leurs programmes habituels, abandonnant les sidéens à leur triste sort.
Depuis que le Programme national multisectoriel de lutte contre le sida (PNMLS) a annoncé, fin 2009, qu'il n'avait plus de financements, les Ong du Sud-Kivu qui luttaient contre le sida ont disparu ou sont retournées à leurs précédentes activités. Ce constat est celui de Butochima Luta, l’ancien coordonnateur du Noyau Sida, une commission du bureau de coordination de la Société civile du Sud-Kivu. Dès qu'elles l'ont appris, les Ong sont revenues à leur vocation première. "Nous venons de distribuer des houes et des semences aux groupements d’agriculteurs qui cultivent le marais de Mushinga à Walungu", déclarait ainsi Vital Mutabunga, le responsable de Solidarité des familles déshéritées (SOFADE) le 25 octobre dernier, lors de la Journée africaine de la femme rurale. L'association avait un temps délaissé les paysans pour les sidéens. Selon Vital Mutabunga, en moins d'un an, neuf associations sur dix, qui étaient auparavant censées s'occuper des sidéens ont ouvertement cessé de le faire. À ce jour, les séropositifs ne sont donc plus pris en charge ; le nombre de centres de dépistage volontaire a été réduit et le stock des anti rétroviraux a diminué. Les sidéens se sentent abandonnés.
Des associations opportunistes
De nombreuses ONG, attirées par la manne financière qui tombait pour combattre la pandémie, s'étaient lancées, par pur opportunisme, dans des activités de lutte contre le sida ou dans la prévention. Une reconversion favorisée par la flexibilité de leurs statuts et règlements. Pendant plus de six ans, elles ont tout fait pour tenter d'obtenir le financement du PNMLS auquel il n’était pas aisé d’accéder. "Nous avons refusé de signer le contrat de financement, car tous les frais négociés n’étaient pas toujours accordés", se rappelle Jean Mwilarhe, membre du Noyau Sida. "Nous avons pu orienter les activités de notre association dans le domaine où le financement était plus assuré, explique Jean-Bosco Kazamwali. Comme le PNMLS n’a plus de financement, nous avons renoué avec les activités d’antan."
Ces gros financements, souvent détournés ou utilisés à d'autres fins, contrastent avec la précarité de la situation des séropositifs. "Le centre de dépistage volontaire de Chai a été fermé et, actuellement, les tests se font exclusivement dans les centres de santé partenaires qui ne sont pas plus opérationnels en ville qu'au village", déplore un médecin. "En RDC, les médicaments pour prolonger la vie des personnes vivant avec le virus du sida ne sont plus disponibles depuis que Médecins sans frontières (MSF-Hollande) a fermé ses portes en 2008", regrettent les différents acteurs de la lutte contre le VIH/sida.
Les associations du Sud-Kivu, qui ont été financées durant ces années, se sont dans bien des cas révélées inefficaces, car peu ou pas expérimentées en matière de lutte contre le sida ou d'accompagnement des personnes vivant avec le VIH. Certaines toutefois s'y sont réellement engagées et se sont professionnalisées dans la prévention et la fourniture des soins aux personnes porteuses du virus. C'est le cas de l’association SOS sida qui a construit le Centre intégré d’appui aux personnes séropositives (CIAPS) "pour permettre aux malades de commencer le traitement aux antirétroviraux", explique Gratien Chibungiri. D'autres se sont regroupées "pour pallier les insuffisances individuelles créant de multiples synergies", précise J. Mwilarhe : le Comité diocésain de lutte contre le sida (Codilusi), le Forum provincial de lutte contre le sida (FOSI). Une plateforme s'occupe notamment de prévention et encourage la population à se faire dépister.
Thaddée Hyawe-Hinyi
20, rue du Carré du Roi - 34000 Montpellier – France
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