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Dossier : Et si on parlait du sauvetage de la baie de Loango ?

Alors qu'une démarche est en cours pour le classement au patrimoine mondial de la magnifique baie de Loango. Le site qui constitue un des fleurons du tourilsme congolais est en cours de destruction du fait des agressions de l'océan. Aucune mesure n'a, à ce jour été prise par les autorités pour enrayer les dégâts et valoriser durablement le site. Nous ébauchons à la suite une proposition peu onéreuse pour améliorer la situation.
I. Problématique
Il est de notoriété publique que la côte atlantique au nord de Pointe-Noire est la proie de vagues et qu’elle recule, d’après nos estimations, de près de 10 mètres par an. L’IRD[1] par le truchement de A. Batchy annonce des vitesses encore plus importantes :
« La ligne de rivage dans la baie de Loango est depuis plusieurs décennies sujette à l'érosion marine. Cette baie est limitée au Sud par le Cap de Loango, appelé Pointe Indienne et l'embouchure du fleuve Kouilou au Nord.
Cette érosion a été constatée depuis les années 1961-1962. Auparavant la baie de Loango était constituée d'une plage sablonneuse de plus de 300 mètres de large, formant le cordon d'une lagune de 100 mètres. Sur la plage était bâti un village de pêcheurs de part et d'autre d'une route. A partir de 1961-1962, un début d'érosion à été constaté à environ un kilomètre au Nord de la Pointe Indienne, mais ce phénomène n'a alarmé personne.
L'érosion s'est accélérée en 1973-1974 au point de provoquer à partir de cette date, un recul du rivage de l'ordre de 3 à 5 mètres par semaine en saison sèche (Document port ATC de Pointe-Noire, 1988). La bande littorale étant peu étendue dans la baie, la mer à atteint le substratum à partir de 1981.
Le laboratoire d'océanographie Physique de l'IRD a engagé trois campagnes d'observation (1988 à1989 ; 1998-1999 ; 2000-2003) ayant pour objectif la mesure du rythme d'évolution du rivage (MAKAYA J.F. 1994 et BATCHY A.C. 2001). Bien qu'insuffisantes pour donner une réelle interprétation du phénomène, les premières mesures montrent qu'en certains endroits le trait de côte a reculé en moyenne de l'ordre de 3 à 5 mètres par semaine, en moyenne 12 à 20 mètres par mois ; les observations faites sur le terrain ont montré un recul du trait de côte dans les zones d'érosion de 1 à 2 km de longueur. La vitesse est qualifiée de très rapide, estimée à environ 12 à 15 mètres par an : ce qui dresse une prévision de l'ordre de 120 à 150 mètres entre 2003 à 2012. » [2]
Le même organisme nous fournit le document suivant :

Evolution du trait de côte de 1951 à 1981[3]
Si les instances officielles préfèrent voir dans ce phénomène destructeur les effets du réchauffement climatique, il est plus sensé d’en rendre responsable le piège à sable constitué par le chenal d’accès au port de Pointe-Noire.
« La cause principale de l’érosion actuelle par la houle est due selon toute probabilité au blocage du transit sédimentaire du sable du Sud vers le Nord par le port de Pointe Noire et les activités de dragage qui y sont menées.
La côte de Loango est constituée de terrains sablo-limoneux très peu cohésifs et très fins et donc très fragiles à l’érosion, au contraire de la pointe Indienne où un substratum rocheux relativement solide protège le littoral de l’érosion. La côte s’érode actuellement sous l’effet de la houle atlantique qui se réfracte / diffracte au niveau de la pointe et rentre en tournant vers Loango. Ces houles résiduelles perdent une grande partie de leur énergie mais gardent une orientation très oblique qui engendre un fort courant littoral dirigé vers le fond de la baie.
Pour une houle de 2,5m au large, les vagues responsables de l’érosion à Loango ont une hauteur inférieure à 1m qui viennent saper à marée haute la microfalaise en sol très meuble présente au droit du village et du cimetière. Le recul observé dépasserait les 10m par an !.../…
…/… Depuis, suite à l’extension du port de Pointe Noire, le transit du sable par l’effet des houles est stoppé à Pointe Noire : Le chenal du port est constamment menacé d’ensablement du fait du transit du sable venant de la côte sauvage. Pour rester opérationnel, le chenal du port et les zones d’accumulation de sable en "amont" doit impérativement être dragué régulièrement. A priori, lors de ces opérations de dragage, le sable est rejeté au large ou est utilisé pour des travaux de terrassement... Il ne revient plus à la côte au Nord comme il le faisait avant l’extension du Port. Une bonne gestion serait (ou plutôt aurait été) de réinjecter le sable dragué vers la côte au Nord où il reprendrait son cheminement vers Loango pour recréer l’équilibre existant antérieurement. »[4]
Outre l’évolution du trait de côte présenté par Alain Batchy, les cartographies illustrant un article de Ya Sanza[5] montrent que jusqu’au début des années 80 (quand les problèmes de réchauffement climatique n’étaient évoqués par personne) il existait bel et bien sur le site de Loango un cordon littoral formant lagune dans le fond de la baie.
« Autrefois, la baie était protégée par une langue de sable marin qui s’appuyait sur le platier de la pointe Indienne et se déployait vers l’intérieur de la baie. Le transit du sable à la côte passait alors localement de l’orientation Sud-Nord à Ouest -Est . L’équilibre était assuré par l’arrivée continue du sable dont la source se situe au niveau des estuaires des fleuves au Sud, et dont le transit vers le Nord est assuré par les houles obliques provenant de l’Atlantique Sud. …/…
…/… L’origine de l’érosion actuelle date de très longtemps, au moins 50 ans : la même carte IGN de 1960 montre l’existence du banc de sable qui protégeait la lagune et la côte au droit de Loango. Mais les documents plus anciens indiquaient que ces bancs étaient encore plus importants.[6] »
II. La recherche de solutions
Les protections côtières se montrent vaines, l’énergie déployée par les vagues les détruit sans rémission, bien qu’on constate que des protections lourdes en béton résistent parfaitement au niveau de la Pointe-Indienne[7]. Très onéreuses, elles restent des solutions ponctuelles.
Il faut donc s’attaquer aux causes plutôt qu’à leurs conséquences. Il est bien entendu qu’il est hors de question de renoncer au chenal d’accès au port autonome de Pointe-Noire. On ne peut donc agir qu’au niveau du cordon littoral disparu.
JM Roques préconise soit le retour à la situation antérieure par réinjection de sable récupéré en mer, soient des protections mécaniques destinées à absorber la plus grande partie de l’énergie des vagues, pour lesquelles, il envisage quatre solutions :
« A : On peut se borner à protéger le littoral par des enrochements tout le long de la baie. A mon avis ce n’est pas une solution acceptable ni pérenne. Elle aura une efficacité certaine pendant quelques années, mais par affouillement les blocs vont s’enfoncer et perdre leur efficacité. Esthétiquement ce serait plutôt malvenu. De plus le coût de mise en œuvre serait très important (coût de transport et de mise en place, manque d’infrastructures locales pour les engins etc..). Dans l’urgence, on peut préconiser plutôt d’utiliser des sacs de toile plastique remplis d’alluvions pris sur place et bloqués par deux rangées de pieux plantés dans la zone intertidale : cette option, provisoire également, peut être mise en œuvre assez rapidement avec la main d’œuvre locale à moindre coût et avec un minimum de moyens.
B : Mise en place d’épis perpendiculaires : épis de 50m de long tous les 250m entre deux rangées de pieux chargés d’enrochements ou de sacs de sable ou alluvions : Certes ils vont freiner l’érosion mais pas la stopper : le littoral est trop limoneux et les sables très fins ne pourront pas être emprisonnés entre les défenses. Les particules fines vont continuer à être emportées au large dans le courant littoral.
C : Des défenses longitudinales parallèles au rivage à 200-300m au large de la ligne de côte où se trouve à l’évidence une structure de hauts fonds : Ce type de protection qui reviendrait à créer un récif artificiel serait certainement la plus efficace car elle bloquerait l’impact des houles à la côte, et la plus intéressante, car elle recréerait la morphologie lagunaire qui prévalait jusque durant les années 1970. Dans la mesure où les hauts fonds auraient une bathymétrie assez régulière, (ce qui impose une campagne de mesures bathymétrique légère) on peut mettre en œuvre ces défenses de la façon suivante (technique déjà éprouvée ailleurs) :
· Construction de coques en béton parallélépipédiques flottantes à Pointe Noire
· Remorquage des structures flottantes jusque sur le site par une barge
· Coulage des structures en ouvrant une brèche sur le fond et remplissage avec des sacs de limon remplis à terre ou des blocs de pierre
D : On peut également constituer un récif en utilisant toute sorte de débris suffisamment lourds et denses qui résisteraient par leur masse à la houle sur les hauts fonds ; Pneux lestés de ciment, carcasses de voitures ou de bateaux métalliques en évitant les objets polluants, etc. Le problème est de trouver les matériaux correspondant et de trouver les moyens pour les immerger sur place (barge avec grue ...)
E : Enfin il existe une solution novatrice, coûteuse en terme d’investissement mais qui peut être économiquement rentable sur du moyen-long terme et qui peut favoriser le développement économique de la zone : La mise en place de structures mixtes couplant la protection du littoral et la génération d’énergie par les houles : en effet le site est à mon avis favorable à la mise en place de telles structures : le climat de houle qui existe au Congo semble très régulier et, a priori, à part quelques grains équatoriaux on n’a pas de risque de tempêtes sur le site. La baie même de Loango, a de nombreux atouts pour des systèmes flottants, même si les houles qui y pénètrent sont très diminuées en taille. On pourrait néanmoins préférer mettre en place une longue digue dans le prolongement de la pointe indienne sur la ligne de récifs du platier qui protègerait la baie des houles et intercepterait l’énergie de celles ci en l’utilisant pour générer de l’énergie électrique avec des techniques désormais éprouvées. »
L’expert exclut de lui-même les solutions A et B, nous éliminerons la solution E, trop onéreuse. Une grande partie de la solution D paraît contraire à toutes les préoccupations écologiques qui doivent être les nôtres dans le cadre d’une action telle qu’envisagée.
Il nous faut donc nous tourner vers la solution C.
La construction telle que décrite est très onéreuse tant que l’on n’a pas pu démontrer physiquement le réalisme de ce projet. Il existe pourtant à Pointe-Noire des structures abandonnées permettant de fournir pour le moins 2 kilomètres de protection côtière.
La ruine du wharf de la CPC nous offre environ deux kilomètres de voussoirs, à ce jour immergés. Ces débris font à ce jour obstacle à la navigation côtière, il serait judicieux de les retirer.
Si l’on renfloue ces voussoirs et qu’on les fait flotter, il suffit alors de les remorquer jusqu’à l’emplacement voulu et les couler sur place pour constituer une protection contre la houle telle que décrite par JM Roques dans sa solution C.
III. Avantages et retour sur investissement
Les avantages sont multiples et concernent de nombreux ministères :
Ministère de la marine marchande
- Libération et sécurisation de la navigation au niveau du wharf
- Création d’un port de plaisance en dehors de l’emprise commerciale du PAPN.
Ministère de l’aménagement du territoire et celui de la réforme foncière
- Arrêt de l’érosion de la baie de Loango et possibilité de reconquérir les terres emportées.
Ministère de la pêche maritime
- Le ministère de la pèche maritime était avisé dès 1990 des effets désastreux du phénomène comme le montre l’article de Jean Marie Samuel Ouenabio présenté en Annexe VI.
- La création d’un plan d’eau calme et de frayères[8] va permettre le rempoissonnement par des espèces sédentaires. (voir annexe III)
Ministère du tourisme
- La côte congolaise est peu favorable aux activités balnéaires familiales. L’océan bat continuellement des courtes plages et présente des dangers évidents. La lagune aura des eaux plus calmes donc plus claires et plus sûres pour la baignade. Le récif artificiel offrira aussi une protection contre la pénétration des eaux froides des courants marins en saison sèche, l’eau y sera donc plus chaude et plus favorable aux activités balnéaires.
- On pourra y agrandir les plages et y construire des infrastructures hôtelières de qualité ainsi qu’un port de plaisance abrité.
- Le fond de la baie de Loango deviendra une marina incontournable.
Ministère des travaux publics
- La route nationale 5 sera préservée
Ministère de l’emploi
- Les phases de travaux et celle d’exploitation de la lagune fourniront de nombreux emplois temporaires et permanents.
Ministère de la culture et des arts
- Ce ministère a initié auprès de l’UNESCO le classement du site de Loango, lieu majeur d’embarquement des esclaves vers l’Amérique, au patrimoine mondial[9]. Le projet ici décrit assurerait la protection et le sécurisation de ce haut lieu historique.
Les méthodes à utiliser pour mettre en œuvre ce projet sont relativement simples. Elles sont réalisables par des équipes de chercheurs et d’ingénieurs congolais. C’est sans doute là qu’il faut voir leur principal avantage.
Les voussoirs existants permettront de mettre en place une protection côtière d’environ 2 kilomètres, ce qui représentera un développement de littoral protégé d’environ 3 kilomètres. Une fois mise en place et ayant démontré son efficacité, cette protection pourra être poursuivie par la construction de nouveaux voussoirs béton ou l’immersion d’épaves de navires ayant fait leur temps, ou de carcasses de voitures dépolluées.
IV. Travaux préliminaires
1- Recherche d’archives sur la construction du wharf
2- Etude d’impact écologique, en particulier sur les tortues marines qui trouvent un lieu de nourrissage en baie de Loango[10]
3- Inspection et inventaire des voussoirs utilisables (Plongeur)
4- Observation au GPS du trait de côte et détermination de son évolution (tous les mois)
5- Bathymétrie de la baie de Loango (repérage et topographie des hauts fonds, GPS et sonar)
6- Etude du renflouement des voussoirs et détermination des méthodes.
7- Estimation financière.
Tout ne dépend que de l'implication de l'Etat dans la préservation du patrimoine national.
[1] Institut de Recherche sur le Développement Ex ORSTOM
[3] IRD, opus cité
[5] Publié dans le N°003 du trimestriel « Avant-Garde », janvier/mars 2006, édité par le groupe MTI de Pointe-Noire.www.av-garde.com cet article a été repris par le site internet www.congopage.com
[6] JM Roques , opus cité
[7] Exemple : résidence de la famille Giomi/Gaïa
[8] Par la colonisation du récif artificiel par des algues, des coraux et des coquillages

On sait que les actions pour un impact écologique se comptent sur une unité de temps avoisinant une vie humaine. Ce sont des actions pour nos descendants (et encore) et non à effet immédiat. si l'on aborde pas un projet pour une écologie durable en prenant en compte la dilatation du temps, on ne fait qu'un pansement sur une hémorragie interne ...
C'est pourquoi, je ne comprend pas pourquoi la solution E n'est pas évaluée plus précisément. Il y a un retour sur investissement indéniable sur nos économies lentes à se mettre en place pour fournir l'énergie et le confort nécessaires à nos populations, tout en dotant le Congo d'un nouvel outil indépendant de ses voisins pour une autarcie énergétique de la sous-région. Il y a donc un double avantage indéniable et j'attends que l'on m'explique en quoi un tel projet est plus onéreux que les milliards qui nous (congolais) filent entre les doigts chaque année.
Des pays comme l'Egypte, le Panama ou les Emirats se sont politiquement et financièrement désenclavés au-travers de ce genre de chantier. Et la solution E n'est pas pharaonesque.
Alors, peut-on m'expliquer ?
Ender End a bien entendu raison sur le fond
Mais :
Comment peut-on espérer comparer la réaction des décideurs des pays qu'il cite avec le "je m'en foutisme" de ceux du Congo ? Preuve en est que depuis que le phénomène est constaté, rien n'a été engagé à part quelques blablateries stériles et dispendieuses.
Ici, rien ne se fait comme il se devrait. La mise en oeuvre d'une solution peu onéreuse démontrant la validité des théories exposées dans le cadre même du théâtre où le phénomène se produit, doit être suivi par une action plus profonde pérennisant la sauvegarde du littoral.
D'autre part ce qui est préconisé doit être vu comme une action de préservation d'urgence, la solution E étant bien plus longue et délicate à mettre en oeuvre.
Pour ma part, je me basais sur le fait que cet article faisait des préconisations. Ce qui insinue une possibilité d'influence sur les décisions à prendre, tel un conseiller auprès des décideurs.
J'ai l'impression d'être le seul à sentir que le vent tourne :
Donc nous sommes réellement à la croisée des chemins où les grands projets peuvent se réaliser. Je ne pense pas que le clan Sassou (qui au regard du gouvernement reste stable) soit aux quelques milliards de CFA près pour se redorer un blason à 24 carats.