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Dossier : de Ponta Negra à Pointe-Noire...

Très intéressant travail de recherche de la part de Fabrice pour son blog http://voyage-congo.over-blog.com que nous vous recommandons une fois de plus.
La "découverte" des côtes congolaises et angolaises débute à la fin du XVème siècle avec les explorations des navigateurs portugais.
Au début de la cartographie, sur cette côte figuraient, du nord au sud, les points de repère principaux : Mayumba, Loango, Malemba, Cabinda et évidemment l'embouchure du fleuve Congo (ou Zaïre). Les royaumes Kongo, avec lesquels on commerçait, étaient déjà bien identifiés : Loango, Cacongo, et Angola. Une partie non négligeable du commerce concernera pendant plus de trois siècles le trafic d'êtres humains (cf : Loango : lieu de mémoire de l'esclavage).

Extrait de la Carte Regna Congo et Angola - 1666 (1- © BNF)
Le site de Loango est associé également à cette époque sur les cartes au nom de Boarie, sans doute une déformation de Bwali, capitale administrative du royaume, qui correspond à l'emplacement actuel de Diosso (cf : Le royaume de Loango).
Après les portugais, les hollandais fondent sur la côte des comptoirs et des factoreries et influencent la cartographie, y compris celle éditée en France. On trouve ainsi les termes de "Luyt Hoek" et de "Boomtjes Hoek" pour désigner les deux caps naturels des environs de Loango. Hoek signifie en néerlandais "cap, pointe". Le terme "Boomjtes" fait référence en néerlandais à "arbres" (avec semble-t-il une notion de plantation, de densité). On pourrait donc traduire le nom du lieu par "La Pointe aux arbres".
Le terme de "Luyt" semble faire référence à un nom propre, peut-être celui d'un marin ("Le Cap Luyt", à l'instar, plus au nord du "Cap Lopez").

Extrait de la Carte particulière du Royaume de Congo - 1731 (2- © BNF)
On trouve aussi parfois le terme de "Cona Bay" aux environs de l'actuelle Pointe-Noire. Je ne sais pas ce qu'il signifie.
L'explorateur anglais Stanley (œuvrant pour les belges) opte pour Black Point pour désigner le cap naturel et la baie. Il note aussi à côté de Lango, "Indian Pt" (Pointe-Indienne).

Extrait de la Carte du Congo issue des explorations de Stanley - 1878 (3- © BNF)
En 1884, les belges ne se mouillent pas et mettent sur leur carte les deux termes : Black Point et Ponta Negra. Ils sont assez précis pour faire apparaître Songolo et Louandchili (Loandjili). Ponta Negra correpond au portugais et Punta Negra à l'espagnol. Etrangement, c'est plutôt ce second terme qu'on évoque aujourd'hui pour désigner Pointe-Noire. On serait plutôt tenté d'attribuer aux portugais la paternité de la désignation du lieu, eu égard à l'antériorité de leur découverte de ces côtes.
C'est ce que font les allemands sur une carte de 1885 en utilisant le terme de Ponta Negra (Référence 5)

Extrait de la Carte de l'Afrique Equatoriale entre le Congo et l'Ogooué - 1884 (4- © BNF)
Extrait de la Carte Colonie française du Gabon-Congo - 1895 (7 - © BNF)
Les européens se partagent l'Afrique lors de la Conférence de Berlin en 1885 et chacun va pouvoir attribuer ou adapter des noms de lieux : déformation des noms locaux, noms créés de toute pièce (comme ceux ridicules donnés dans le Kouilou, issus des prénoms des princes de Belgique, Stéphanieville, Rudolphstadt, Beaudouinville et Philippeville... chaque enfant avait sa ville !!) ou issus des dénominations des colonisateurs des siècles précédents. Bref, on est face à une géographie changeante ! Il est parfois difficile de s'y retrouver...
Par exemple, le Cabinda qui figurait sur les cartes du XVIIIème siècle sous ce nom (ou celui de Kabinda) devient... Bakinda sur les cartes de la fin du XIXème !
La question est de savoir maintenant, pourquoi le site a été appelé au cours des siècles et dans plusieurs langues, "Pointe-Noire", bien avant la fondation de la ville, qui est très récente (1922).
Les origines : de Ponta Negra à Pointe-Noire (le cap) (8)
La première explication pour la dénomination de "Pointe-Noire" (Ponta Negra, Punta Negra ou Black Point) est liée à la couverture végétale du cap naturel.

La Pointe-Noire en 1907 (Mission de Jean-Marc Bel au Congo francais, 1906-1907 © BNF)
En effet, les palmiers de type Borassus (appelé aussi rôniers) ont des feuilles en éventail d'une couleur sombre. Vu du large, ce feuillage sombre et dense tranche fortement avec la lisière de sable blanc. Cela est conforté par la dénomination utilisée par les hollandais au XVIIème siècle, que j'évoquais dans l'article précédent, "Le Cap aux arbres".

Palmiers Borassus à Pointe-Noire (1924 - Société de Géographie © BNF)
La pointe est restée pendant longtemps inhabitée et a servi de point de repère aux marins de toutes nationalités pendant plusieurs siècles. Rappelons que le site principal de débarquement sur ces côtes était Loango, jusqu'à la fin du XIXème siècle.
La baie de Pointe-Noire et le cap vers 1916 (carte postale)
Punta-Negra est prise en 1880 par les Français "après un combat sanglant avec les indigènes" nous relate un cours de géographie de 1887. Des traités sont ensuite signés avec les chefs locaux, qui s'engagent à mettre fin à l'esclavage. La carte postale évoque la présence d'un "ancien marché d'esclaves" à Pointe-Noire. Le point de départ (et de non retour) vers l'autre rive de l'océan était Loango.

Bâtiments entre la Côte Mondaine et le cap en 1924
Le cap est progressivement déboisé comme le montrent les clichés des années 1920. La côte bientôt dénommée Mondaine devient le noyau de départ de la ville. La baie de Pointe-Noire accueillera le port.
Mais il y a une autre explication à la dénomination du lieu...
Les origines : de Ponta Negra à Pointe-Noire (le rocher)
La deuxième explication avancée pour l'origine du nom de Pointe-Noire, c'est le fameux rocher noir et pointu !
Plus globalement, le sous-sol du cap mêlant grès tendres, débris de coquillages, roches imprégnées par endroit de bitume, explique la couleur sombre du rivage, tranchant là encore avec le sable, d'un blanc éclatant sous le soleil.

Le rocher "fétiche" du cap de Pointe-Noire vers 1910 (carte postale)
Mais il est fort peu probable que les premiers marins aient vu au large ce rocher de taille assez modeste. On peut aussi imaginer que l'érosion n'avait pas fait son œuvre et que le rocher n'existait tout simplement pas au XVème ou au XVIIème siècle...
L'explication la plus probable c'est donc l'aspect global du cap, mêlant végétation dense et sombre et le sol rocheux noir. Pour les marins, le repère de Ponta-Negra était né !

Le rocher du cap de Pointe-Noire en 1924 (Société de Géographie © BNF)
Malgré tout, au début du XXème siècle, ce rocher singulier constituait un indéniable attrait et un point de repère facile. Sur ce cliché de 1924, on voit très nettement la forte érosion subie par les roches du cap.

Le "rocher fétiche" à Pointe-Noire (Anonyme © CAOM - Août 1928)
Il n'existe que quelques rares photos de ce rocher, qualifié de "fétiche", avant sa destruction... Ce cliché de 1928 est sans doute le plus marquant, avec en toile de fond le wharf de la Côte Mondaine, comme le symbole menaçant des activités humaines à venir.

Le wharf (côte mondaine) avec au fond le cap de Pointe-Noire (carte postale vers 1930)
Les origines : Pointe-Noire, le rocher disparu et Djindji (9)
Malheureusement, les activités humaines ont fait disparaître le superbe site naturel du rocher de Pointe-Noire. Le cap rocheux a été tout simplement détruit lors des travaux de construction du port entre 1934 et 1939. Il fallait niveler, enrocher et bétonner pour mettre en place le stratégique port en eaux profondes.

La digue de protection à l'entrée du port en 1943 (Anonyme © CAOM)
Le port est officillement inauguré en avril 1939, mais n'est pas terminé... En 1942-1943, dans le contexte de la Deuxième Guerre Mondiale, on poursuit la construction de la digue et le bétonnage.

Construction du port - Chantier de bétonnage - Juillet 1943 (Germaine Krull © CAOM)
Après les premières constructions tournant autour des activités portuaires (comme le wharf, le phare, la digue...) l'urbanisation du quartier s'est poursuivie dans les années 1920-1930 et les bâtiments administratifs "en dur" ont succédé aux modestes constructions "végétales" de la Côte Mondaine. Les commerces et les habitations ont suivi.

Quartier Djindji (vu de la gare) vers 1950 (carte postale)
Aujourd'hui, il ne reste plus rien du cap naturel qui a donné son nom à la ville. Les palmiers rôniers ont disparu et on trouve plutôt maintenant dans cette zone des manguiers. Plus de rochers noirs non plus, dans cette partie très modifiée de la côte. On trouve encore quelques roches de ce type de l'autre côté de la baie (vers Songolo).

Vue aérienne du phare et du port vers 1955 (carte postale)
L'emplacement de la "pointe-noire" historique est localisable aujourd'hui aux environs des grandes cuves blanches, situées après le phare.
Le phare et l'emplacement du cap originel, vus de la Côte Mondaine (2010)
Mais le nom local de Djindji garde vivant à nos oreilles la mémoire du lieu dans son aspect originel ! En effet, il s'agirait d'une onomatopée évoquant la déferlante des vagues sur les rochers noirs du cap. Le bruit incessant du sac et du ressac... Djin, Dji, Djin, Dji... L'unité lexicale imite simplement le bruit naturel de la mer !
Le lieu dénommé Djindji était une partie d'un plus vaste ensemble appelé Cikungula. Le nom provient d'un verbe Vili signifiant "se laver", le site étant l'objet de rituels de purification.
Avant l'arrivée des européens, c'était donc un lieu de rassemblement des populations, érigé en "canton" de Mbanda (signifiant en Vili "terrain plat", en référence à la bande côtière recouverte de végétation). Voilà pour les origines locales ! C'est important dans garder la trace à travers le nom d'une rue (cf Pointe-Noire : autour de Djindji) et d'un quartier.
Sources :
- Carte éditée en 1666 : Regna Congo et Angola / [Jan Janssonius] Auteur Janssonius Johannes (1588-1664). Cartographe éditeur : apud Heredes Joannis Janssonii. (Amstelodami). © BNF
- Carte éditée en 1731 : Carte particulière du royaume de Congo et ce qui précède depuis le cap de Lopo par Jeau-Baptiste Bourguignon d'Anville. © BNF
- Carte éditée en 1878 : Carte de l'Afrique équatoriale et des explorations par terre et par eau de Henry M. Stanley 1874-1877 / gravé par Erhard 12 rue Dugay-Trouin, Stanley, Henry Morton (1841-1904), adapté par l'auteur 1878. © BNF
- Carte éditée en1884 : Carte de l'Afrique équatoriale entre le Congo et l'Ogooué / dressée d'après l'etat des dernières explorations par le Dr Joseph Chavanne. Institut national de géographie (Bruxelles). © BNF
- Carte éditée en 1885 : Carte du bassin du Congo (Deuxième éd. corrigée) / Dressée par le Dr Richard Kiepert ; autographié par Wilhelm Droysen, Auteur : Kiepert, Richard (1846-1915). Cartographe Auteur : Droysen, Wilhelm. Lithographe éditeur : Dietrich Reimer (Berlin). © BNF
- Carte éditée en1832 : Carte d'une partie de l'Afrique équinoxiale / rédigée par A.H. Brué, géographe, d'après les itinéraires... fournis par Mr Douville pour accompagner la relation de son voyage au Congo et dans l'Afrique équinoxiale. Auteur : Brué, Adrien Hubert (1786-1832). Cartographe Auteur Douville, Jean-Baptiste. Auteur adapté, Editeur : Jules Renouard (Paris). © BNF
- Carte éditée en 1895 : Gabon. - Colonie française du Gabon-Congo, 1/3 700 000 / dressée et dessinée par M. Payeur-Didelot; Auteur Payeur-Didelot Dessinateur, Editeur : Imp. de Munier (Nancy). © BNF
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La Société de construction des Batignolles de 1914-1939: histoire d'un déclin - Anne Burnel Géographie des Colonies françaises. Cours spécial pour l'enseignement primaire supérieur, par F. J. - Abrégé des deux ouvrages intitulés : La France coloniale et les colonies françaises illustrées - Éditeur : A. Mame et fils (Tours) - 1887
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Toponymie sur la ville de Pointe-Noire - ORSTOM - Jean Dello - 1988. Originaire du Kouilou, en République du Congo. Jean Dello est titulaire d’un doctorat en ethnolinguistique. Il a été chercheur au centre ORSTOM de Pointe-Noire, puis Ministre des Postes et Télécommunications, chargé des Nouvelles Technologies, dans son pays. Il a écrit : le miroir du vent ; le pardon

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