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50 ANS D’INDEPENDANCE, OU LA MENOPAUSE DE L’ESPERANCE DE L’EDIFICATION D’UNE NATION
La nation congolaise 50 ans après(Le chemin de l’avenir)
La crise de la décolonisation des années 60, puis celle de la redémocratisation générée par la Conférence Nationale Souveraine, ont soulevé dans le pays, plus de passions que de réflexion. Une fois l’euphorie apaisée, il me paraît instructif de s’accorder un moment de répit, pour jeter un regard critique sur le chemin parcouru ensemble. En pratiquant l’histoire à rebours, on peut espérer, je le crois, non seulement baliser les contours du parcours, mais aussi contribuer utilement à éclairer le comportement des acteurs politiques, et identifier ceux qui ont travaillé, et ceux qui ont détruit le pays.
Je suis toujours étonné de voir que ce soit la question de la mise en place d’une commission électorale libre et indépendante qui galvanise les esprits, pour espérer, di-t-on, ériger un régime démocratique dans notre pays. Pascal Lissouba pourtant issu d’une élection démocratique, une fois parvenu au pouvoir n’a, par la faute des uns et des autres jamais pu organiser une véritable élection. La période Pascal Lissouba, le premier Président élu au suffrage universel direct, aura été, proportions gardées, celle de toute notre histoire politique pendant laquelle les relents du tribalisme se seront exprimés avec la plus grande ardeur, et auront fait plus de dégâts humains. Nous n’avons ni le droit, ni le devoir moral de décider en lieu et place de toutes ces victimes, avec une procuration qui ne nous a jamais été donnée. Nous ne pouvons décider d’oublier tous ces morts de la prétendue bêtise humaine, en faisant comme si rien ne s’était passé. En faisant ainsi, nos morts seront morts deux fois : physiquement, puis dans notre mémoire. Les manœuvres staliniennes de Sassou, nous le savons désormais, sont à l’origine de la tension qui a conduit à ces malheurs. Il a su nous diviser pour mieux régner.
Aujourd’hui, alors qu’au Nord du pays, les cadres civils, militaires et politiques s’emploient au grand jour à se rassembler autour de Sassou oubliant les morts d’OWANDO de 1997 pour conserver le pouvoir ; au Sud, en revanche, berceau de l’irréalisme politique, refusant de tirer les leçons des évènements, on s’active idiotement à espérer l’édification d’une nation congolaise multiethnique. Alors que la priorité, voire l’urgence, commande de réfléchir sur la construction de l’Axe sacré du CFCO : Pool-Niboland et Kouilou, nos cadres s’enferment dans le schéma national désuet dont 50 ans de tentative de cohabitation ont démontré l’hypocrisie. Le problème du Congo réside en réalité exclusivement sur la QUESTION NATIONALE.
L’Afrique noire offre le spectacle d’une véritable mosaïque ethnique, chaque pays comptant une multitude de groupes ethniques, si l’on s’en tient au décompte des langues qui s’y parlent et que les linguistes européens, sottement copiés par nos propres intellectuels, ont identifiées et classées comme ethnies différentes. Dans un tel contexte de pluralité culturelle, les modes d’existence issus des weltanschauungs ne sauraient être identiques, encore moins automatiquement compatibles. Et le Congo comme tout Etat naissant ne pouvait y échapper. Dès l’accession du Moyen-Congo à la souveraineté internationale le 15 août 1960, la question nationale s’est posée en filigrane, l’action en vue de l’organisation de l’Etat congolais est immédiatement placée dans le cadre de l’idée de l’Etat-nation. C’est ce sentiment qu’exprimera l’Abbé Fulbert Youlou, lorsque le 22 septembre 1959 il déclare :
« La nation congolaise existe, qu’elle puisse tendre vers son indépendance est une chose, qu’elle soit en mesure de la prendre est une autre ». L’homme s’était vraisemblablement trompé. Et depuis cinq décennies, tous les régimes qui se sont succédés sans exception aucune, de droite comme dits de gauche ont dans le discours, affirmé vouloir transformer la population congolaise en un Peuple autrement dit en une Nation congolaise. Le régime monopartite a été mis au ban des accusés et pris comme bouc émissaire pour justifier l’échec de cette volonté politique affichée.
En 1990, secoués par le vent de la perestroïka africaine né du discours de la Baule du Président français François Mitterrand, les Congolais ont assommé le régime crypto marxiste pour s’aventurer dans le multipartisme, sans avoir préparé le cadre, le seul, qui aurait permis à la démocratie de s’exprimer convenablement, autrement dit le FEDERALISME. Voulant éviter un obstacle, les Congolais sont ainsi tombés dans un piège, car les mêmes causes générant les mêmes maux, le mandat de Pascal Lissouba, par la malice d’un homme: Sassou-Nguesso, est venu redonner force et vigueur à l’expression du tribalisme que l’on avait cru vaincu, mais que le régime monopartite marxisant n’avait en fait que fait semblant d’ensevelir dans les marécages de son idéologie.
Depuis la chute du régime de Pascal Lissouba, tous les discours entendus ici et là, qu’ils soient le fait de ceux qui sont au pouvoir ou qu’ils émanent de l’opposition, s’articulent autour de la question récurrente sur l’unité nationale. Tous ceux qui ont fait de la politique une profession, jusqu’à ceux qui nichent dans ce qu’il est convenu d’appeler la société civile, simple antiphrase qui concerne tous ceux qui, ayant de la sympathie pour tel ou tel Parti politique n’osent pas l’afficher; tout ce monde semble s’accorder sur le fait que l’unité nationale est le seul remède à tous nos maux. Et c’est ici que se pose cette double question elle aussi récurrente :
D’où vient-il que depuis un demi-siècle, ces mêmes grands propagandistes de l’unité nationale peinent à traduire leur espérance en fait concret, en posant les jalons de cette unité nationale maintes fois proclamée et autant de fois ignorée ? Comment expliquer que les mêmes prometteurs de l’unité nationale, lorsqu’arrive une échéance électorale, s’emploient à repartir chacun dans son terroir pour raviver le sentiment tribal aux fins de s’assurer les suffrages de la tribu ?
Il nous suffit de regarder en effet autour de nos Parlementaires pourtant chargés d’un mandat dit national, l’entourage du Président de la République pourtant garant de l’unité nationale, autour de nos Ministres pourtant à la tête des institutions publiques à caractère national, les origines des gardes du corps et des chauffeurs qu’on y trouve, la composition de la Sécurité présidentielle, la nature de la structure du Commandement de ce qui nous tient lieu de Force publique : Armée et Police ; l’origine monocolore des Généraux qui encombrent l’Armée dite nationale ; que l’on fasse le point des Généraux en quantité nommés par Sassou, région par région ; on verra alors, que quoi que l’on veuille faire entendre, le tribalisme est présent partout dans et autour de nous, et que de tous les Présidents de la République que le pays a connus, ceux du Nord auront été les plus tribalistes. Tout ceci nous donne toute la mesure de ce qu’est réellement la compréhension de l’unité nationale dans notre pays : elle est une simple formule incantatoire, une pétition de principe, la nation congolaise dans sa formule actuelle est un redoutable malentendu ; et c’est pourtant ici, mais ici seulement que réside la question essentielle, talon d’Achille de notre cohabitation harmonieuse.
Réfléchissant sur la question de l’existence du Congo en tant que nation, j’ai initié, il y a près de cinq ans, un débat opposant les tenants du Fédéralisme aux antifédéraux, à l’occasion duquel, l’on a pas hésité de me reprocher de ramer à contre courant. La question a même été brandie comme une approche dangereuse, parce que disait-on, porteuse de germes destructrices de l’unité nationale. On a espéré ainsi faire croire aux Congolais qu’il est possible de détruire quelque chose qui n’existe pas, car tout le monde sait, jusque y compris mes détracteurs, que la nation congolaise n’est même pas évanescente. Cette réflexion pourtant indispensable, a été abandonnée parce que Alain AKOUALA ATIPAUT, ancien cornemuseur du Pouvoir de Sassou, a déclaré un jour que la question constituait un brûlot qui semblait préparer le lit des futures violences. Argument facile dont usent à foison ces tribalistes récalcitrants qui peinent par commodité, à avouer leur nature réelle, pendant qu’ils s’abreuvent abondamment à cette source politique qu’est le tribalisme, et que c’est par simple intérêt personnel qu’ils brandissent la question comme épouvantail, lorsqu’il s’agit de l’aborder. Ce n’est pas Alain AKOUALA ATIPAUT qui me démentira sur ce point. Mais aujourd’hui, de plus en plus de voix s’élèvent pour reprendre la question.
Lorsque j’ai défendu sur les colonnes de la presse locale les vertus de l’autonomie des Régions ; quelques voix, heureusement sans crédit, ont tenté de couvrir de fange cette lapalissade que : la mboshisation à outrance actuelle du pouvoir ne nous conduirait plus jamais vers l’espérance d’une Nation congolaise. Les nombreuses rancœurs que couvent nos esprits partout, interdisent désormais de manière irréversible toute cohabitation sincère. Il suffit en effet d’avoir vu les victimes de l’épuration ethnique de décembre 1998, pour comprendre la furie qui anime désormais tout ressortissant du Pool-koongo, laquelle entretient d’autres violences potentielles réparatrices, qui n’attendent que le moment favorable pour se manifester.
Je dis pour ma part, que l’utilisation mensongère de l’espérance de toute une population pour nourrir des fantasmes, a conduit à la tentation de séduire avec l’argument aussi stupide que surprenant, qui consiste à espérer l’émergence d’une nation congolaise, dont la multiplicité des unions matrimoniales interethniques serait porteuse. Alors que le monde tend vers les grands ensembles, il paraît insensé de vouloir prôner l’autonomie des Régions, concept qui n’aurait, a-t-on dit, aucun avenir prometteur.
Chaque jour qui passe hélas ! je le sens, les faits sont là, vient ruiner cette espérance suicidaire. Nous allons maintenant célébrer sans gloire, le cinquantenaire de l’indépendance du Moyen-Congo. Le procès de l’histoire politique du Congo est ouvert depuis, car les dépositions pour ou contre ont été suffisamment déposées par les faits. Il me semble qu’aujourd’hui, l’instruction est terminée, et que devant l’échéance du demi-siècle, le verdict devra être prononcé. Les faits nous parlent avec insolence, les leçons qui en découlent nous interpellent avec force. Il faut nous poser des vraies questions pour y apporter des vraies réponses afin que soient prises et dès maintenant une décision courageuse. Les Congolais sérieux devront s’abstenir d’aller défiler et festoyer le 15 août prochain en se rendant ainsi coupables de complaisance à l’égard d’un pouvoir qui s’apprête à profiter de cette nouvelle occasion, pour regonfler la dette du Congo en cannibalisant une fois de plus le Trésor public. Il nous faudra ce jour là rester chacun chez soi pour méditer le thème récurrent :
Devons nous poursuivre cette cohabitation rendue impossible?
Voilà la question à laquelle il nous faudra répondre ce 15 août prochain. Il nous faudra ensuite exiger la convocation d’un forum populaire, à l’occasion duquel sera envisagée la reconfiguration du cadre de ce pays, voir quelles sont les régions qui peuvent réellement cohabiter pour fonder une nation. Les 50 ans qui viennent de s’écouler, véritable gaspillage, viennent de démonter l’impossibilité irréversible d’une cohabitation sereine entre le Nord et le Sud. Il nous faut courageusement poser la question, et tirer sagement les leçons de ce passé car, ne pas le faire équivaudrait à signer un chèque en blanc pour la perpétuation de notre colonisation et celle de nos enfants. Nos parents sont entrés dans l’ère de l’indépendance avec l’eau, l’électricité, l’école, les structures sanitaires, la sécurité. Pour avoir laissé le pouvoir aux peuplades préhistoriques qui n’ont découvert la démocratie qu’avec la pénétration coloniale, nos parents, par cette complaisance coupable, laissent leurs enfants sans eau, électricité, école, structures sanitaires, ni sécurité.
DANIEL NKOUTA

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