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Œuvre collective : Ainsi va la nuit aux Éditions Voix d'encre, collection « Bouche à oreille »
« La nuit entra dans la maison, accrocha son manteau à une patère et s'installa dans un fauteuil. » C'est ainsi que s'ouvre l'ouvrage collectif Ainsi va la nuit, dont le sommaire est marqué des signatures de dix-sept auteurs et quinze artistes
Parmi eux, on retrouve le Congolais Hugues Eta, auteur, entre autres, de Mourir pour naître (Éd. La Bruyère), et l'éditeur Alain Miquel qui publie un texte qui s'inspire également des nuits brazzavilloises, La Traversée des douze heures noires, titre tiré d'une expression de Victor Hugo dans Les Misérables.
Pour ce numéro 8, les éditeurs, Alain Miquel et Jörg Hermle, ont invité les auteurs et artistes à donner leur version personnelle de la puissance de la nuit - la lumière de l'ombre, ainsi que le résume la quatrième de couverture de ce numéro : « La nuit nous plonge dans un nouvel espace-temps pour un autre vécu. Cela va de la quiétude réparatrice, de l'illusion, de la facétie, de la fête jouissive ou encore de la solitude jusqu'à la peur nocturne et la ruine des repères. Tout redevient possible au cœur de la nuit. Tout s'emballe ou se calme, c'est selon. Multiple, la nuit revient chaque jour et reste inachevable. Nous venons de la nuit et finissons par y retourner. »
Une fois entré dans cette nuit qui est partout sans être jamais la même, on découvre comment, à Paris, cette nuit « s'ébranle », « respire », « bouge », «flotte », « complote », pendant qu'au Caire, sur la place Tahrir, « des contestataires pacifiques » y demeurent « pour conquérir la liberté à la lumière des flambeaux et des cris de la nuit », écrit Alain Miquel dans sa Traversée des douze heures noires.
À Brazzaville, l'auteur se faufile dans les quartiers noirs, où « les pannes d'électricité sont à répétition ». Il découvre des silhouettes « indistinctes presque invisibles prêtes à disparaître [...], fantômes singuliers qui vous frôlent à l'improviste au milieu de sons de voix et de musique [...], qui rassurent dans cette obscurité, qui rajoutant de la nuit à la nuit en pleine ville paraît comme une nuit des origines pleines de facéties », écrit-il avant de dresser l'atmosphère nocturne de Calamonaci, en Sicile.
« Nuits d'étreintes », « nuit salvatrice », « nuit opaque », décrites dans une écriture poétique même lorsqu'il ne s'agit pas de poème proprement dit, que l'on retrouvera vers la fin de l'ouvrage, d'abord dans Cécité d'Hugues Eta illustré par Eduardo Zamora. Un court texte qui signe l'alliance de la Lune, du ciel avec cette Terre aux yeux bandés.
L'ouvrage s'achève par un monologue, La reine des morts crache un os dans la soupe, du metteur en scène français Pierre Notte. Un texte qui détonne et rompt avec les précédents par sa rudesse. L'éloge de la mort qui y est fait, soutenu par l'illustration de ces crânes nus, serre la gorge. Heureusement, c'est ici la sortie.

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