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«D'où vient qu'on attend tout du pouvoir exécutif ?» Réponse à Simon Nanitelamio
Dans l'article sur la nécessité d'une nouvelle loi scolaire qu'il a publié dans «La Semaine Africaine» n°3124 du vendredi 9 septembre 2011, M. Simon Nanitelamio interpelle les parlementaires, notamment ceux qui, parmi eux, sont d’anciens enseignants. Mais chose curieuse, dans la question qu’il pose: «D’où vient qu’on attend tout du pouvoir exécutif», il ne s'adresse plus seulement aux parlementaires, mais à nous tous. En effet, au lieu du pronom «ils» que le lecteur serait en droit d’attendre, puisqu'il s'agit de ceux qui font la loi, il emploie le pronom impersonnel «on», qui désigne non seulement M. Nanitelamio, lui-même, mais aussi, si l'on croit le dictionnaire Larousse, «le groupe auquel il appartient (nous)».
Le fait est que l’exécutif est, aujourd’hui, le seul pouvoir actif au Congo. Mais, à qui la faute? Tous les Congolais savent, désormais, que leurs «représentants» au parlement ne représentent qu’eux-mêmes; qu’hormis la loi sur l’enfant, initiée par Micheline Potignon, ils n'ont jamais proposé de loi. Que faisons-nous, nous citoyens congolais, pour les inciter à agir ou les sanctionner? Nous nous plaignons de leurs carences. Mais, le chef de l’exécutif, lui, est content d’eux. Ne commence-t-il pas son message sur l’état de la nation, par les féliciter? «J’ouvre ce message par un hommage appuyé que je vous rends, à vous, Mesdames et Messieurs les députes et sénateurs, pour l'excellent travail que vous faites dans le cadre de vos responsabilités et de votre pouvoir. Vous exercez vos attributions avec une efficacité et un dévouement remarquable et méritoire…».
Que penser de cet hommage appuyé? De ce dévouement qui mérite récompense, sans doute, dès le 9 octobre déjà, à l'occasion du renouvellement du sénat qui, contrairement à ce que pourrait laisser entendre le terme «renouvellement», n'apporte pas de sang nouveau, mais reconduit les mêmes automates? Et pour cause! Nos parlementaires, par leur léthargie, n'ont-ils pas abdiqué leur pouvoir, alors que l'article 114 de la Constitution est clair sur les rapports entre les deux institutions? «Le président de la République ne peut dissoudre l'assemblée nationale. L'assemblé nationale ne peut démettre le président de la République».
Bref, la preuve est, aujourd'hui, faite que les citoyens congolais, qui veulent que leur quotidien change, ne doivent compter que sur eux-mêmes et non pas sur les institutions prétendument démocratiques, mises en place pour la forme.
M. Nanitelamio, comme de nombreux parlementaires, est enseignant. Pourquoi doit-il attendre d'eux une loi sur l'enseignement? Les enseignants, eux-mêmes, ne peuvent-ils pas en prendre l'initiative? Il n'est dit nulle part que les lois proposées par les parlementaires doivent être conçues par eux seuls. Le bruit court que la «loi Weil» sur l'avortement a été concoctée par les francs-maçons. La France en est-elle pour autant franc-maçonne, dans sa majorité? Plus près de nous, en République Démocratique du Congo (RDC), les Kimbanguistes jouent un rôle important dans le développement de l'éducation. Sont-ils pour autant investis d’un pouvoir politique?
La société civile jouit, aujourd’hui, de la faveur de nombreuses organisations internationales qui lui font confiance et sont disposées à l'appuyer dans ses activités. Tout récemment, le 2 septembre 2011, la vice-présidente pour la région Afrique à la Banque mondiale, Mme Obiageli Ezekwesili, a dialogué, par vidéo-conférence, avec une trentaine de pays africains, dont le Congo, sur la nouvelle stratégie pour l'Afrique, adoptée par la Banque mondiale, en mars 2011. Cette stratégie vise, entre autres objectifs, à «amplifier la voix des citoyens ordinaires». C'est dire que les acteurs de la société civile, singulièrement ceux qui souhaitent se regrouper en centres de réflexion, sont assurés de trouver des appuis pour soutenir leurs actions. Pourquoi les Congolais ne profiteraient-ils pas de ces opportunités, pour se constituer en forces de propositions susceptibles d’inspirer des projets de lois sur les questions qui leur tiennent à cœur, plutôt que de courir après des fantômes?
Il n’est un secret pour personne que l’enseignement congolais va mal. Aujourd’hui que nous affichons une croissance à deux chiffres, notre budget pour l'enseignement primaire n'est que de 6%. Dans l’ensemble des pays d'Afrique subsaharienne, les dépenses d'éducation se situent entre 11% et 28% des dépenses publiques. D'où vient que la part des charges salariales dans l'éducation est la moins élevée chez nous: 32%, contre près de 90%, au Nigeria? Il n’est, donc, pas étonnant que notre taux brut de scolarisation qui s’élevait à plus de 100%, avant la crise des années 80, ne nous permette pas de réaliser la scolarisation universelle, en 2015, nouvelle date prévue pour atteindre cet Objectif du millénaire pour le développement (O.m.d).
Le récent rapport de l’Unesco sur l’éducation pour tous nous classe, en effet, parmi les 7 pays «susceptibles de réaliser la scolarisation primaire universelle d’ici à 2020». Quant à notre taux brut d'inscription dans les programmes d'éveil de la petite enfance, il est le moins élevé de toute l’Afrique subsaharienne: moins de 1%, quand il atteint 111%, aux Seychelles. Le Chemin d’avenir nous ouvre-t-il de meilleures perspectives? Que préconise-t-il pour l’éducation de base? L’éducation pour tous en Afrique subsaharienne en 2010;
Rapport pour la réunion du groupe de haut niveau Comtien 22/24 mars 2011:
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Augmenter les capacités physiques d’accueil des jeunes congolais à l'école primaire…
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Mieux équiper les structures éducatives à tous les niveaux;
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Garantir l’accès obligatoire à l'enseignement de tous les enfants, dans de bonnes conditions;
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Assurer l’alphabétisation et l'acquisition des connaissances scientifiques de base au profit d’adolescents et d'adultes non lettrés;
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Instaurer l'enseignement de l’éducation civique dans les cycles préscolaire, primaire et secondaire;
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Renforcer les capacités des enseignants et relever la qualité de l’enseignement.
Il est difficile de préjuger de l’impact de ces mesures, avant la fin du projet en 2016, et en l’absence d’objectifs qualitatifs et quantitatifs mesurables. Mais, en supposant même que toutes ces propositions se réalisent, le problème de fond de la pertinence de l’éducation de base, actuellement dispensée dans notre pays, demeure entier. Il n'est, tout simplement, pas abordé dans «Le chemin d'avenir». Rien ne s'oppose donc à ce que les Congolais qui le souhaitent, s'attellent à élaborer une nouvelle loi scolaire. Il se trouvera bien un parlementaire de bonne volonté, pour la défendre devant ses pairs. Ou bien est-ce encore trop demander à ceux qui sont censés nous représenter?
Présidente du Collectif des Originaires du Kouilou (COK)

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