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« Le Congo était-il moins malade avant la Conférence nationale souveraine ? »
C’était dans Regard sur la semaine, un face-à-face entre un journaliste et une personnalité, sur la primitive Télécongo. Grégoire Lefouoba, gesticulateur patenté, a usé d’une litote adéquate : de 1960 à 1990, le Congo était moins comateux. Aucun doute, les historiens rendront leur copie sur cette période d’avant la Conférence nationale souveraine. Mais, d’ores et déjà, le diagnostic et l’analyse ne sont pas interdits.
Les trois premières décennies du Congo indépendant ont été marquées par les Coups d’Etat et les assassinats politiques, mais la société civile, elle, état moins asphyxiée par la vie. Exemple concret : « Quand en 1982 j’ai commencé à travailler dans la fonction publique, raconte Christophe Kouyou, enseignant à Brazzaville, je percevais 80.000 Fcfa. Nous étions 12 à la maison, poursuit-il, mais je m’en sortais quand même. Aujourd’hui, je perçois le même salaire, mais le coût de la vie a été multiplié par 100. La nourriture, le loyer, la santé et l’éducation sont devenus un luxe. » Dans une société de consommation, le plus important n’est pas ce que l’on gagne mais ce que l’on dépense. Si un enseignant perçoit 80.000 Fcfa par mois et qu’il en dépense 130.000 Fcfa, il est évident que cet enseignant est une PPTE (personne pauvre très endettée). Il vit au-dessus de ses moyens dans un pays qui aurait dû être une « petite Suisse en cinq ans », engagé successivement dans « La Nouvelle Espérance » puis sur « le Chemin d’avenir ». C’est à croire qu’au Congo on se dépêche de mourir et non de vivre. L’école, surtout, constituait une fierté pour le Congo. Ces vingt dernières années, c’est une honte. En témoignent les résultats du Baccalauréat 2010 : sur les 18700 candidats, seulement 282 ont été reçus du premier coup, soit 41,37 pour cent. Comment, dans cette défaite éducative, bâtir une grande université à Kintélé, Sylicon Valley locale, sans des étudiants aptes, bien formés au lycée ?
Autre symptôme sévère de cette maladie qui ronge le Congo, les ganglions de l’irrationalité. Et Lefouoba de rappeler, durant l’émission, que dans les années 1970, il était inimaginable d’accuser un vieillard de sorcellerie, tant ce dernier était une source de réconfort, d’idées, de force, de courage... Aujourd’hui, c’est le contraire. Tout décès s’explique soit par la métaphysique, soit par le poison. Exit les bactéries, les microbes, les virus, l’accidentel, le poids de l’âge… Tout échec découle de la magie ancestrale. L’auteur de La Mentalité primitive, Lucien Lévy-Brhul, jubile dans sa tombe. En vérité, sur tous les plans, le Congo connaît un plongeon vertigineux dans la déstructuration de la logique cartésienne. Un plongeon qui, paradoxe des paradoxes, a démarré sa folle course au lendemain de l’immense alléluia de l’effondrement du Mur de Berlin et du discours de La Baule.
La catastrophe
Ces deux événements ont pour conséquence au Congo la Conférence nationale souveraine. Mais d’aucuns la comparent à une cour de récréation dé-cloîtrée, à défaut d’avoir été une inquisition. Un poison violent qui, aussitôt, généra une métastase politique, économique, sociale et culturelle. Un Everest du verbiage : les conférenciers s’éparpillèrent, méprisant ainsi le plus important : repenser ou refonder le Congo. Longtemps bâillonnés, ils trouvèrent-là l’occasion de montrer tout leur talent d’orateurs zélés. Les figures de style stériles exécutèrent toutes les danses du monde. Bien sûr, chacun voulant devenir ministre ; chacun ayant en tête la création d’un parti, composé uniquement des membres de sa famille et de son ethnie. Les conférenciers, dans leur fougue politique, n’adoptèrent pas moins de 300 mesures, applicables en un an. Soit une mesure par jour. Et, pour les exécuter, ils confièrent cette lourde tâche à un homme qui n’était pas fait pour la politique alors que la politique en fit ce qu’elle voulut. André Milongo aurait eu, en effet, « les couilles bien suspendues » (Ndalla Graille), il aurait éloigné les Congolais du triangle des Bermudes Sassou-Lissouba-Kolelas. La politique est « une savane » ; sans cynisme, on se fait écrabouiller. Le feu qui vous consume y prend en un clin d’œil. Celui qui organise une élection a quatre-vingt pour cent de chance de carboniser ses concurrents puis de mettre le feu aux poudres en cas de contestation. Certes l’élection présidentielle de 1992 fut contrôlée par une multinationale pétrolière, mais la neutralité ne fut pas son moindre défaut. L’arbitre choisit de ne pas choisir André Milongo, qui, de toute évidence, aurait dû s’imposer, lui qui se fit appeler « ininguissable ». Rien de tel. Au final, les Rastignac mâtinés de Rupembré ou doublés de Kurtz, voire de Julien Sorel, accédèrent au pouvoir. Une bande de revanchards qui ne tardèrent pas à détruire Mfilou et Diata. C’est Ndalla Graille, dans La Belle aux yeux verts, qui rapporte par le biais d’un personnage, ces propos de Pascal Lissouba définissant la Démocratie de l’intimidation : « Il ne saurait y avoir une démocratie sans gouvernement fort. La démocratie, c’est l’art de l’intimidation. Si vous ne pouvez pas intimider, vous ne pouvez pas aller loin. Alors nous allons aussi montrer les dents. » Et d’ajouter dans Cœurs meurtris : « Qui eût pu croire que Lissouba/Mettrait l’enfer ici-bas/En nous offrant à chaque pas/A chaque coin de rue le trépas… »
Ce fut un ouf de soulagement que de voir la démocratie de l’intimidation (dont était friande aussi Grégoire Lefouoba) prendre la fuite, en octobre 1997. Hélas ! Le vainqueur, en qui les Congolais mirent de nouveau leur espoir, retomba vite dans des travers, pires que l’intimidation. Que de promesses non tenues, de concussions et de tripatouillages ! C’est comme s’il voulait dire : « Vous vouliez l’enfer ? Belzébuth nous voilà !.. »
Le coma du Congo vient du traumatisme crânien de la Conférence nationale, trop brutale et éparpillée. Inutile, donc. Idem pour la Constitution de 1992 que les "cancres du passage en Terminale de la démocratie" défendent avec passion. Les 50 ans d’indépendance sont peut-être l’occasion de repenser et de re-panser le Congo… Le président actuel en a les moyens...
Quel message pour le cinquantenaire ?
Dans son discours d’investiture d’août 2009, Denis Sassou Nguesso avait aligné un puissant corpus ; articulation discursive qui restera dans les annales politiques. Mais les résultats ne sont pas encore perceptibles. Il lui faut sans doute dire (puis faire ) autre chose, produire un métalangage en rupture avec la rhétorique actuelle. Par exemple, annoncer que tous les fonctionnaires percevraient un treizième mois, payable avant le 15 août pour passer les fêtes gaiement - puisque l’argent, c’est connu, neutralise les crises de conscience. Par exemple aussi, recycler la pléthore de généraux budgétivores qui phagocytent le Trésor Public. Faire voter une loi qui détermine la création d’un nouveau parti au versement d’une caution d’un milliard de francs cfa et à deux milliards le droit de continuer d’exister à tout parti déjà en place, comme le PCT/RMP. Pour 3,5 millions d’habitants, le Congo compte plus de 130 partis : c’est trop ! La plupart des partis étant des succursales du PCT/RMP, ça dissuadera ce parti mastodonte à se multiplier à l’infini. Le Congo n’a pas besoin d’hommes politiques en plus (surtout pas ceux de l’étranger, victimes du froid et de l’encéphalogramme plat), mais de médecins, d’agriculteurs, d’enseignants, etc., des hommes dotés d’une bonne politique professionnelle. Dans la mesure où les députés sont nommés, pour la prochaine Assemblée, le Congo aimerait voir un Lari député d’Oyo ou d’Owando, un Mbochi député de Boko ou de Kinkala, un Téké député de Kindamba… N’y a-t-il pas des Laris qui ont grandi au Nord et des Mbochis au Sud ? Là où l’on grandit, là est sa terre, son éventuelle circonscription électorale.
Fermer toutes les assemblées religieuses ou les églises qui n’ont rien d’évangéliques et qui pullulent au Congo. Depuis qu’elles ont droit de cité, elles ne parviennent pas à faire revenir Dieu au Congo, du moins à transformer le Congolais en ce « Bon Samaritain » dont parlent les Evangiles de Luc. Mettre en sommeil Télécongo, miroir de la honte. A défaut, il faudra chasser de la chaîne nationale tous les bricoleurs et bricoleuses dont la prestation télé vous met de mauvaise humeur. Seule exception à la règle : Nevy Moundélé-Ngolo, une présentatrice qui allie beauté et rigueur, la Christine Kelly congolaise ; une journaliste qui se dépasse dans « ses » journaux. Interdire de diffusion sur les médias publics le Coupé-Décalé, Extra Musica, Wengé Musica et le Quartier Latin, jusqu’au jour où ces orchestres ne propageront plus du vacarme. Bannir des librairies certains livres ennuyeux, tels ceux de Jean Bilombo Samba. Oui, c’est en se faisant du mal que le Congo pourrait être sauvé ! Les doses de morphine ne suffisent plus ; le Congo a besoin d’une vraie chimiothérapie politique. Seuls les aficionados de Télécongo pensent que le Congo ne va pas mal.Buala yayi mambu (Pamelo Mounka) !
In congoplus.info, Pepin Boulou surenchérit :
Bilan des indépendances africaines
Maudite Indépendance / Par Pépin BOULOU
A partir de cette année 2010 et les années suivantes, de nombreux Etats africains vont célébrer le cinquantenaire de leur indépendance. Le moment est donc venu de faire une halte et d’en dresser courageusement et honnêtement le bilan. Dans un tel bilan, le moindre boniment est à exclure. Seule importe la vérité qui blesse et qui soigne. C’est justement cette vérité qui nous affranchira des affres du sous-développement.
Une terrible question
Faut-il vraiment célébrer, chaque année la fête de l’Indépendance en Afrique ? Particulièrement en Afrique Noire et à Madagascar ?
D’emblée, la question paraît superflue ou absurde. Et pourtant cette question apparemment anodine et saugrenue a été sérieusement posée en octobre 2008, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’accession à l’indépendance de la Guinée (Conakry).
Premier Etat d’Afrique noire francophone à obtenir l’indépendance, la Guinée (naguère dite de Sékou Touré) n’est pas une « terre de miracles », comme le déclarait en Décembre 2008 à Christophe Bois Bouvier de RFI, le grand écrivain Tierno Monénembo.
En effet, la guinée francophone d’Afrique ne fait plus parler d’elle dans les médias internationaux que pour des faits regrettables : dictature féroce, actes de mauvaise gouvernance des ressources économiques et humaines. Or, de toute évidence toute mauvaise gouvernance est une machine à faire des pauvres…
Dans ce pays d’Afrique de l’ouest, où « l’armée a pris l’habitude de faire des coups d’Etat contre des cadavres » des défunts présidents, jusqu’à preuve de contraire, la constitution n’existe que pour la convenance. Elle n’existe que « pour faire civilisé », comme l’aurait dit l’immortel Soni Labou Tansi. Jusqu’à preuve de contraire, l’ensemble de la classe politique guinéenne brille par une irresponsabilité crasse. De ce fait, cette élite politique, civile ou militaire, accule le peuple guinéen au désespoir.
La Guinée n’est pas seule…
Hélas, le peuple guinéen n’est pas le seul en Afrique décolonisée à se retrouver dans cette désespérante situation.
Toutes propositions gardées, le peuple du Congo-Brazzaville vit un calvaire identique à celui de la Guinée Conakry. En effet, au Congo-Brazzaville, à cause d’une mauvaise gouvernance soutenue et jalousement entretenue par les décideurs successifs (surtout ces 40 dernières années), beaucoup de citoyens avertis sur le sens et la portée de cette indépendance gracieusement octroyée par la France un certain Lundi 15 Août 1960. Certains vont jusqu’à regretter sincèrement la « belle époque » de la colonisation. Comblés de désespoir, ces décolonisés pessimistes souhaitent même une recolonisation en bonne et due forme en ce début du 21éme siècle. Dans un état de déréliction, les plus désespérés souhaitent même la « vente du pays » à une puissance étrangère. Et cela n’a rien d’absurde. Car l’Histoire contemporaine enseigne que les Etats Unis d’Amérique ont acheté l’Alaska à la Russie, la Floride à l’Espagne et la Louisiane à la France. Alors, pourquoi ne pas vendre le Congo si on n’arrive pas à le gouverner convenablement ?
Une fierté perdue
Un an avant son brutal décès en juin 2009, Touadikissa Massanga, éditorialiste de La Rue Meurt, faisait, ce triste constat : … « En 48 ans d’indépendance, l’image du Congo est effroyable. On aura compris que plusieurs rêves se sont évanouis simultanément. Si hier, on était fier de se présenter à l’étranger comme un Congolais aujourd’hui, le mot est devenu une insulte. En caricaturant un peu, être congolais est synonyme d’un arriéré (…) Aujourd’hui, beaucoup de pétrole, aucune usine, des cimetières partout… »
S’il est un domaine où les congolais devraient être absolument fier de leur Etat indépendant, c’est celui de la littérature. Depuis l’indépendance, les écrivains du « petit Congo » ont produit un nombre impressionnant de chefs-d’œuvre littéraires.
La moisson des prix littéraires internationaux est sidérante. Mais force est de constater que la ravissante littérature n’a cessé de fournir les meilleures preuves de la faillite de l’indépendance.
En effet, la plupart des œuvres en prose de cette prestigieuse littérature, souvent inspirée de la réalité brute, constituent des témoignages accablants de mal-gouvernance post- coloniale. Sauf erreur de notre part, toute la bibliographie de l’ancien premier ministre Henri Lopès (Tribaliques, La Nouvelle Romance, Sans tam-tam, Le pleurer-rire, etc.) dénonce la cruauté et la barbarie de l’élite post- coloniale et la misère injuste du bas- peuple. Les autres titres comme « Jazz et vin de palme » d’ Emmanuel Boundzeki Dongala, « Longue est la nuit » ou l’Exil ou la tombe de Tchitchelle Tchivela, « L’Etat honteux » ou « L’Anté-peuple » de Sony Labou Tansi, et « ces fruits si doux de l’arbre à pain » de Tchicaya U’ Tam’si (pour ne citer que ces œuvres) mettent en lumière l’échec de l’indépendance, jadis réclamée à cor et à cris.
Le roman « ces fruits si doux de l’arbre à pain » de Tchicaya U’ Tam’si, est paru un an avant la mort de l’auteur, survenue en 1988. C’est pourquoi, d’aucuns considèrent ce roman comme le testament politique de cet écrivain longtemps exilé, que l’universitaire français Michel Devesa considère comme le plus grand écrivain congolais de son temps. Dans ce roman testament, on peut lire cette tirade : « … Ils ont traîné l’indépendance dans la boue de Poto-poto (…) A quoi nous sert l’indépendance ? A faire le gros nègre… »
Ce n’est plus une question d’amateurs !
Dans un article récent, l’excellent journaliste Mfumu Filla De Saint- Eudes a relativisé le fiasco de l’indépendance au Congo. Tel un hérétique du Moyen- âge, notre journaliste est allé à contre- courant de l’opinion la plus admise. Il affirmait que des progrès indéniables ont été réalisés au cours des cinq décennies d’indépendance. Certes des progrès existent. Mais force est d’admettre que ces performances sont minables, insignifiantes, voire infinitésimales.
En outre, la faillite des indépendances n’est pas seulement imputable à l’inexpérience dans la gestion des affaires publiques. Le dilettantisme n’explique pas tout. Car, depuis 1992, le Congo- Brazzaville n’a plus été dirigé que par des amateurs.
Lorsqu’il est élu président, Pascal Lissouba était déjà nanti d’une bonne expérience d’ancien premier ministre. Et lorsque Denis Sassou Nguesso revient au pouvoir, grâce à sa milice privée appuyée par les « tirailleurs » angolais, il avait déjà pulvérisé le record de longévité à la tête de l’Etat Congolais.
Dés lors, on ne peut plus mettre le fiasco de la gouvernance du pays sur le compte de l’inexpérience ou de l’amateurisme des gestionnaires. La plupart des manquements n’étaient donc plus de simples erreurs de débutants, mais de lourdes fautes souvent préméditées, depuis de longues dates. Ces manquements résultent d’un manque patent de patriotisme et d’un fier idéal pour leur pays. Il y a donc volonté indiscutable de nuire à autrui…
De plus, à partir de 1992, le Congo n’était plus dirigé par des gens peu instruits, les fameux « moniteurs ou infirmiers d’Etat ». A cette date, le Congo disposait des cadres compétents dans tous les domaines. Ces cadres ont été formés dans toutes les grandes écoles de l’Est et de l’Ouest. En 1992, le Congo disposait déjà d’une ribambelle de diplômés sans emplois.
50 ans de progrès indéniables ?
Beaucoup « d’intellectuels » africains en général, souvent au pouvoir ou proches du pouvoir, soutiennent la thèse selon laquelle cinquante ans c’est beaucoup pour un individu, mais pas pour un pays. Par conséquent, ce temps écoulé ne suffit pas pour dresser un bilan. Ces « intellectuels » complaisants semblent ignorer que, depuis Hiroshima et Nagasaki, le Japon est passé, en moins de 40 ans, du stade de pays sous développé au rang de 3éme puissance économique du monde, derrière les U.S.A et l’ex- U.R.S.S. En 50 ans donc, il est possible, pour un pays, de réaliser des progrès fulgurants à partir de rien ou presque …
On objectera que comparaison n’est pas raison. Mais force est d’admettre comparaison n’est non plus déraison. Certes, les circonstances dont a bénéficié le Japon ne sont pas les mêmes pour les pays africains. Mais tout de même !
A présent, essayons de dresser le bilan des 50 ans de l’indépendance du Congo-Brazzaville sur les plans politique, économique, social, culturel et sportif.
Sur le plan politique, quiconque a séjourné au Congo, ces dernières années, a dû être frappé par l’existence du culte du chef de l’Etat à travers les avenues et les médias. Et ceci même à l’époque du multipartisme constitue une preuve tangible d’absence de démocratie.
Ce sont donc des régimes totalitaires qui ont régné sur les Congo à partir du 15 août 1960. Toutes les libertés fondamentales ont toujours été supprimées, surveillées ou parcimonieusement accordées. La liberté a été bafouée dans sa principale manifestation qu’est le droit de vote.
Ainsi, toutes les élections ont été grossièrement truquées, exceptées les élections générales de l’année 1992. Malheureusement, ces scrutins crédibles ont mis en évidence des fiefs ethniques et du vote communautaire.
C’est ainsi que, faisant le compte-rendu des élections locales de juin 1992, le journal satirique Madukutsékélé avait mis, à sa première page, une carte du Congo très didactique. Cette carte du Congo représentait tous les leaders ethniques dans leurs fiefs respectifs : Thystère Tchicaya dans son Kouilou natal, Pascal Lissouba sur l’espace représentant les 59 500 km² des pays du Niari, Bernard Kolelas au Pool et à Brazzaville, Charles Ganao en pays Téké, Sassou Nguesso dominait Yombi Opango sur la grande partie du Nord.
Ces leaders des parties politiques disposant pour la plupart de milices privées, il était inévitable que « le Congo soit présent dans le livre Guinness des records pour s’être tapé plusieurs guerres civiles sous fond de coups d’Etat » (dixit Touadikissa).
Régulièrement élu président en 1992, P. Lissouba devint vite l’un des « dictateurs africains sortis des urnes » après la chute du mur de Berlin. Il instaura une « démocratie de l’intimidation » pour se maintenir au pouvoir. Ce refus de l’alternance au pouvoir demeure l’un des problèmes cruciaux de l’Afrique indépendante. Ce mal a même gagné les structures syndicales. L’exemple récent et risible de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Congo (C.S.T.C) est encore frais dans les mémoires.
Durant ces 50 ans de pratiques totalitaires, l’intolérance politique a sévi partout, notamment dans la partie Sud dont les originaires n’ont mis que très peu de temps au pouvoir. C’est pourquoi la région du Pool, la plus frondeuse du pays, a été aussi la plus endeuillée comme le témoigne encore « l’affaire des disparus du Beach ».
Certaines victimes de cette intolérance n’ont pas eu droit à une sépulture. Tel a été le cas de Joseph Pouabou et de Massamba Débat.
L’intolérance politique n’a épargné ni les artistes (Franklin Boukaka), ni les religieux (Cardinal Emile Biayenda). Elle a mis beaucoup de citoyens sur la route de l’exil (Président Fulbert Youlou) et a été à l’origine des emprisonnements sans jugement (Président Yombi Opango), sans oublier des procès iniques de type stalinien. Le plus spectaculaire demeure celui du Sudiste Thystère Tchicaya, ancien numéro deux du parti unique qui, en raison de sa popularité, faisait de l’ombre au numéro un.
Enfin, les textes constitutionnels ne fond jamais de vieux os, depuis l’indépendance. A peine conçus et adoptés, ils sont vite jugés mauvais et menacés de disparition. L’extrême versatilité des « intellectuels » en est la cause. La vénalité pousse les « intellectuels » congolais à changer facilement d’opinion. Souvent, ils virent d’un bord politique à l’autre sans clignoter. C’est pourquoi, depuis 50 ans, le Congo est demeuré une véritable République… bananière !
Depuis la fameuse indépendance, les dispositions constitutionnelles étant peu ou prou appliquées, et souvent de manière sélective, l’économie congolaise se trouve actuellement mal en point. L’option de développement socialiste, adoptée à la hussarde trois ans après l’indépendance, a été abandonnée à partir de la Conférence Nationale Souveraine (C.N.S) de 1991. Elle a eu comme retombées, l’anéantissement de la bureaucratie dans les jeunes entreprises d’Etat. Celles-ci ont, à tour de rôle, fait faillite à partir de 1970.
Dans une encyclopédie, parue en France en 1977, on peut lire cette implacable sentence : « l’économie congolaise souffre des espoirs exagérés placés dans le pétrole ».
En 2002, le Secours Catholique relevait que « le secteur pétrolier représente plus de la moitié du P.I.B du pays, 75% des recettes fiscales de l’Etat et la quasi-totalité des recettes d’exploitation ».
En effet, depuis le premier boom pétrolier de 1973, le Congo est victime de la « maladie hollandaise ». A cause de cette extrême dépendance des revenus pétroliers, la fonction de transit, l’économie du bois et les autres activités du secteur primaire ont été inconsciemment négligés. C’est pourquoi, depuis belle lurette, le Congo ne produit presque rien et importe pratiquement tout, y compris la farine de manioc et le poisson !
Moteur du développement économique, l’activité industrielle est surtout représentée par des industries extractives. Les industries manufacturières n’occupent qu’une place marginale. C’est sans doute l’une des raisons qui explique le fait que, depuis trois décennies, l’économie forestière n’arrive pas à pourvoir les écoles en tables-bancs.
Plus grave, le tissu économique congolais est malmené par un incivisme choquant. Depuis l’indépendance, les actes de prévarication comme la gabegie, la corruption et l’impunité ont toujours été déplorés.
Depuis quelques décennies, la société congolaise est torturée par une paupérisation « accélérée ». En raison de l’explosion du chômage et de sempiternels bas salaires des fonctionnaires, la majorité des Congolais vit au dessous du seuil de la pauvreté. Si le téléphone portable s’est démocratisé, le logement, l’électricité et l’eau demeurent des luxes inaccessibles pour le plus grand nombre.
Cette paupérisation graduelle se manifeste par deux faits majeurs : la médiatisation à outrance des dons aux nécessiteux et à l’aggravation du commerce informel.
La médiatisation indécente des dons aux indigents devient palpable au moment des campagnes électorales et lors de la survenue des catastrophes. A titre d’exemple, après le récent accident ferroviaire de Yanga, on a même vu une des nombreuses « églises de réveil » adepte d’un prosélytisme à tous crins, exhiber à la télévision les dons qu’elle offrait aux malheureuses victimes. Ces chrétiens, aveugles conducteurs d’aveugles, avaient sans doute oublié que le Seigneur Jésus avait toujours recommandé de la discrétion dans l’acte de donner.
Ce qui est encore plus malheureux dans cette médiatisation galopante et choquante des dons, c’est que les généreux donateurs n’expliquent jamais la manière dont ils trouvent aussi facilement autant d’argent qu’ils distribuent à tour de bras.
Depuis des décennies, l’instinct de survie a favorisé au Congo un essor du commerce informel. Le faible pouvoir d’achat des congolais a engendré une aggravation du commerce de détail, voire au micro- détail. Tout est actuellement vendu au détail, y compris l’eau et le ciment !
Depuis 50 ans, le système sanitaire congolais est, sans jeu de mots, en très mauvaise santé. Tous les centres médicaux et hospitaliers du secteur public congolais sont très réputés pour le mauvais accueil des patients, pour la cherté des consultations, pour l’insuffisance du matériel et surtout pour la délivrance quasi systématique des ordonnances médicales.
Véritables comptes d’apothicaire, ces ordonnances médicales contraignent non seulement les populations déshéritées à pratiquer l’auto médicamentation, mais aussi les acculent à croire abusivement aux guérisons miraculeuses, vantées par les jeunes Eglises surtout. En outre, ces ordonnances médicales obligent aussi les populations démunies à devenir la fidèle clientèle des pharmaciens illégaux et souvent ambulants. Ces médicastres sont pris pour des véritables sauveurs de l’humanité congolaise aux abois.
Par ailleurs, dans les centres de soins du Congo, les accouchements par césarienne sont devenus à la mode. Du coup, les accouchements par voie normale sont actuellement, sauf erreur de notre part, d’heureuses exceptions. Pire, la réanimation à l’oxygène des mourants coûte les yeux de la tête : environ 15 euros soit 10.000frs CFA l’heure.
Ainsi, les centres de santé du Congo sont devenus, quelques années après l’indépendance, de véritables mouroirs qui expliquent le taux de mortalité stratosphérique du pays.
Depuis le boom pétrolier, le secteur de l’enseignement est devenu, sans doute, le plus négligé de la vie nationale. Le système éducatif congolais, miné par des dysfonctionnements d’origine conjoncturelle mais surtout structurelle, distribue désormais chaque année, des diplômes au rabais à des impétrants qui deviennent pour la plupart des diplômés sans emplois. En fin juin 2010, dans sa rubrique « coup d’œil en biais », La Semaine Africaine déduisait que « l’Université Marien Ngouabi bat le record des mouvements sociaux. Là – bas, trêve sociale, ne connaît pas ! ». En effet, depuis des lustres, dans cet alma mater, on ne compte plus le nombre des grèves des étudiants et des enseignants.
Pays de transit, le Congo a la rarissime chance de disposer d’un système de transport multimodal. Cependant, les conditions de voyage demeurent défectueuses. Le transport urbain représente un véritable casse-tête pour la majorité des citadins. Sur l’ensemble du territoire, sauf en avion, le voyage s’effectue encore avec lenteur, dans l’insécurité et l’inconfort.
Depuis temps non prescrit, l’institution judiciaire a perdu toute crédibilité. Et pour cause, le pouvoir judiciaire se trouve inféodé au pouvoir politique. En outre, la corruptibilité des magistrats du Congo est actuellement l’un des meilleurs secrets de polichinelle du Congo. C’est pourquoi, de plus en plus, les citoyens congolais ont tendance à vouloir se rendre justice eux-mêmes.
Quoiqu’il en soit, le règne de l’arbitraire a toujours existé dans le Congo indépendant. De cruelles discriminations, fondées sur l’appartenance à une zone géographique, à la circonscription administrative, à l’ethnie, à la tribu, à la secte ou l’obédience mystico-religieuse, sautent aux yeux.
Incroyable mais vrai, Epéna (une petite localité de l’extrême-Nord) a droit à deux circonscriptions électorales. Pendant ce temps, la commune urbaine de Nkayi, quatrième ville du pays, située au Sud, est obligée de se contenter d’une seule circonscription électorale…par le fait du prince !
De toute évidence, le tribalisme est la forme la plus visible des discriminations qui sévissent dans le Congo postcolonial. Ce fléau est même à l’origine du titre que l’écrivain Henri LOPES a attribué, en 1971, à sa première œuvre. En effet, le néologisme Tribaliques, forgé à partir du mot tribu sur le modèle d’Ethiopiques du poète-président (SENGHOR), traduit bien l’ampleur de ce mal au Congo.
Longtemps diagnostiqué et sans cesse vitupéré, le tribalisme a la vie dure au Congo. Malgré l’adoption d’une charte de l’unité nationale en mai 1991, le tribalisme résiste et s’accentue même. « Si le Congo est en faillite, il le doit au régionalisme. L’unité nationale doit être regardée non comme une donnée ; mais comme un devenir », estime Le sociologue Côme Manckassa. Pour l’historien J.P Thystère TCHICAYA, « le tribalisme dénoncé au Congo a toujours été le tribalisme de l’autre ».Quel « intellectuel » pourrait mettre actuellement en doute la justesse de cette thèse sans courir le risque d’être taxé de malhonnête ?
Membre de la diaspora congolaise, le docteur Pierre EBOUNDIT pense que « le changement doit porter sur la création d’un grand parti démocratique ». Selon lui, ce grand parti devrait être capable d’éradiquer le tribalisme qu’il considère comme « un véritable cancer qui ronge notre pays »
En fait, la solution idoine n’est pas la création d’un parti de plus ou de trop au Congo, mais d’avoir la volonté politique de mettre en application les dispositions de la charte de l’unité nationale évoquée plus haut.
Exceptée la littérature, les autres activités culturelles ne font plus honneur au Congo. « Les Congolais ne chantent plus et ne dansent plus congolais ; à moins d’appeler musique ces colifichets très grossiers qu’on nous propose ces jours-ci et qui font le culte du sexe, pour le grand plaisir de notre classe dirigeante », a déploré un éditorialiste. Cela est d’autant plus vrai que le Festival Panafricain de Musique(FESPAM) fait à chaque édition, plus de mécontents que d’heureux, sauf erreur de notre part.
Dans le cadre du sport, le Congo a déjà organisé avec brio quelques compétitions comme les premiers jeux africains en 1965, et la C.A.N junior de football ; mais jamais la vraie C.A.N (Coupe d’Afrique des Nations).Après avoir dominé le football continental au début des années 1970 et obtenu plusieurs distinctions au hand-ball et au karaté, le sport congolais a subi un terrible déclin.
En effet, le Congo n’arrive pas toujours à se qualifier à la phase finale de la coupe du monde de football. D’ailleurs, il n’arrive presque plus à se qualifier à une phase finale de la C.A.N de football. Ses exploits aux jeux Olympiques sont nuls.
En somme, en cinq décennies d’indépendance, le Congo a accomplit des progrès à teneur homéopathique en dépit des atouts enviables dont ses dirigeants ont toujours disposés. Car, en cinquante ans d’indépendance, le Congo n’a été dirigé surtout que par des hommes et des femmes de peu de vertu qui n’ont pensé qu’à se servir et non pas à servir.
Comme la majorité de ses pairs africains, le Congo semble toujours à la recherche d’un BOLIVAR patriote et clairvoyant qui soit respectueux des textes en vigueur et qui ait le sens du devoir. C’est certainement ce qui manque au Congo pour avoir une gouvernance à visage humain susceptible de garantir le développement tant rêvé.
Indépendance TCHA-TCHA
Revenons à notre question de départ. Faut-il vraiment célébrer l ’Indépendance chaque année ? Surtout en Afrique noire ou à Madagascar ?
La question, loin d’être superfétatoire, ne cesse de tarauder les esprits sagaces en cette année 2010 qui marque le cinquantenaire de l’indépendance de plusieurs Etats africains.
En suivant l’actualité africaine au quotidien, en parcourant les ouvrages de certains observateurs assidus (comme Négrologies de Stephen smith), on peut admettre que la faillite des indépendances est l’une des choses les mieux partagées sur le continent…tout à fait noir comme l’or noir du golfe de Guinée !
Un européen, séjournant à Dakar en juillet 2007, a affirmé sans blague que « l’Afrique n’est pas encore entrée dans l’Histoire. » En examinant la manière dont la plupart des Etats africains sont gouvernés, Dieu seul sait si l’Afrique (noire notamment) pourrait entrer un jour, de façon indiscutable, dans la grande Histoire universelle.
Le 30 juin 1960, ce fut l’indépendance du Congo-Léopoldville (ex-Zaïre redevenu R.D. Congo en 1997).La cérémonie officielle se déroula en présence du roi Baudoin de Belgique. Et patatras ! Un coup de théâtre historique se produisit ce jour-là.
Répliquant avec désinvolture au discours très courtois du président Kasa-vubu, le premier ministre Emery Patrice Lumumba déclara : « Nous montrerons ce que l’Homme noir peut faire quand il travaille pour la liberté… »
Hélas ! En voyant ce qui se passe aux quatre coins de l’Afrique depuis un demi-siècle, Lumumba doit se retourner dans sa tombe…inexistante !
Et si, par extraordinaire, Lumumba revenait à la vie, il serait navré de constater que l’homme noir n’a pas su faire grand-chose de sa liberté octroyée ou conquise par les armes (comme cela a été le cas des anciennes colonies portugaises).
En fait, depuis l’accession de leurs territoires à la souveraineté internationale, les hommes noirs aux affaires ont souvent exhibé au monde entier leurs deux principaux travers : la mesquinerie et la méchanceté.
En outre, Lumumba ressuscité serait ulcéré de constater que sa propre patrie (la R.D.Congo) est devenue certainement un des échantillons représentatifs de l’Afrique décolonisée en détresse, voire en perdition.
En effet, tous les maux qui torturent les Etats de l’Afrique indépendante sont manifestes en R.D.Congo : déficit démocratique, pillage à ciel ouvert et « à huis clos » des ressources nationales, conflits fratricides récurrents engendrant des dommages collatéraux multiformes et inchiffrables, etc.
Somme toute, depuis cinquante ans, le Congo démocratique s’avère une Afrique noire en miniature. Son territoire, aux immenses potentialités économiques, demeure depuis un demi-siècle, une vallée où coulent à flots deux liquides biologiques : des larmes et du sang humain.
A la veille de la proclamation de l’indépendance du Congo-Léopoldville, le musicien Kabassélé (dit « grand Kallé ») composa une chanson qui devint vite célèbre. Son titre : « indépendance Tchatcha ».
Ce tube fit danser non seulement les deux Congo en extase ; mais toute l’Afrique francophone fraîchement décolonisée. Sous le brûlant « Soleil des Indépendances », l’enthousiasme était partout à son comble. Chaque « indigène» décolonisé d’Afrique des années 1960 imaginait un avenir radieux. Ces nouveaux citoyens croyaient que l’indépendance était une fin en soi. Grave erreur d’appréciation !
Ayant vite compris que « l’Afrique noire était mal partie », Julius Nyerere, le lucide père de l’indépendance de la Tanzanie tempérait cet optimisme béat des africains en ces termes : « L’Afrique doit courir pendant que les autres marchent. »
Par cette formule frappante et lapidaire, J.Nyéréré incitait tous ces « compatriotes » africains à moins de loisirs, à plus d’efforts et de sacrifices, et aussi à plus de tolérance et de justice sociale. Il savait pertinemment que ce n’était qu’à ce prix que de jeunes Etats africains pouvaient espérer rattraper leur retard en tous domaines. Hélas, il prêchait dans le désert !
En réalité, l’Afrique indépendante continuait à se mouvoir sur la plante des pieds pendant que les autres continents avançaient sur la pointe des pieds. Car l’édification des nations modernes et prospères exigeait d’énormes sacrifices que ni les peuples, ni les dirigeants n’étaient prêts à consentir.
Quelques décennies plus tard, le sage Nelson MANDELA corrobora la thèse de Nyerere lorsqu’il affirma que « la montagne de la liberté économique et sociale reste à escalader ».
C’est pourquoi, il sied de célébrer le cinquantenaire des indépendances dans une sérieuse méditation. Ainsi soit-il…
Pépin BOULOU (enseignant au lycée Victor AUGAGNEUR) TEL : +242 664 54 09 anselmeboulou@yahoo.fr
Et parce qu'elles flairent que l'occasion ne va pas manquer à l'opposition de dire des vérités pas bonnes à dire, "Les Dépêches de Brazzaville" la provoquent :
Trêve
Enfermée dans le discours nihiliste qu'elle pratique depuis son échec cuisant aux élections générale des dernières années, législatives et présidentielle, l'opposition passera-t-elle à côté du moment historique fort que constitue le cinquantenaire de notre indépendance ? Fera-telle taire un instant ses ressentiments, oubliera-t-elle ses frustrations pour s'associer à ce moment historique entre tous où le Congo basculera dans la joie d'une époque à une autre ? Donnera-t-elle l'image de personnalités et de partis mus par la seule volonté de se distancer du pouvoir ou participera-t-elle activement aux évènements qui marqueront la célébration de ces cinquante années d'indépendance ?
Nul, bien sûr, ne peut répondre à ces questions s'il ne fait pas partie du cercle très fermé des dirigeants de l'opposition radicale. Et nous ne chercherons évidemment pas à le faire ici. Mais s'il est encore possible d'influer sur le comportement de ces hommes et de ces femmes en quête d'avenir politique, trois arguments nous semblent de nature à les convaincre :
Le premier est qu'il est toujours dangereux de passer à côté d'un évènement qui demeurera dans les annales comme l'un des temps forts de l'Histoire de son peuple. Peut-être une telle absence sera-t-elle jugée de façon positive par les extrêmes de chaque formation politique, mais la majorité des militants et l'opinion publique elle-même dans son ensemble ne pourront que condamner un tel comportement. Car il est des moments où un pays, quelles que soient ses divisions internes, doit se souder dans le souvenir, la commémoration.
Le deuxième argument est que dans toutes les manifestations qu'il organise pour célébrer ces cinquante années d'indépendance, le pouvoir prend soin de n'oublier personne. Étant donné les terribles soubresauts que notre pays a connus au cours de ce demi-siècle, ses dirigeants présents pouvaient être tentés d'ignorer l'une ou l'autre des personnalités qui se sont affrontées pour la conquête ou la préservation du pouvoir. Or, il n'en est rien et ceci démontre leur volonté de raconter l'Histoire telle qu'elle s'est déroulée, sans aucunement la travestir.
Le troisième argument est que le 15 août 2010 verra le peuple congolais, tout le peuple congolais, communier dans le même souvenir et célébrer avec ferveur le jour où il devint indépendant. Ne pas s'associer à cette communion serait en quelque sorte renier un passé qui fut, certes, agité en maintes occasions, mais qui a fait du Congo ce qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire un pays libre, maître de son destin et ne devant de comptes à personne. Une erreur grave qui ne modifierait en rien l'ordonnancement des cérémonies mais serait à jamais reprochée à ceux qui la commettraient.
Il est des moments dans le combat politique où la trêve s'impose à tous sans exception.
Les Dépêches de Brazzaville



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