
De même que chaque famille a ses secrets plus ou moins bien gardés, nombreux sont les Hommes à avoir des cadavres dans leurs placards. Les États aussi ont leurs secrets plus ou moins bien gardés. Parfois pour de bonnes raisons.Tantôt, ces raisons sont simplement… des peurs inexpliquées! Tant que l'Homme est seul à détenir un secret, il peut encore dormir sur ses deux oreilles, du sommeil du juste. Mais à 2, ça devient compliqué; à partir de dizaines voire de centaines d'individus, c'est ingérable. On tremble, on guette l'autre, les autres, la moindre prise de parole fait frémir. Le Congo est un pays truffé de mythes, de légendes, au-delà des contes que l'on nous a appris lorsque nous étions enfants. Il y a comme cela des sujets, des mots, des phrases qu'il n'est point bon d'évoquer en pleine réunion de parti ou sur un plateau de télévision: la mort de Marien Ngouabi, celle d'Emile Biayenda, le M22 etc.

Il y a 37 ans, le paysage politique congolais fut secoué par un OPNI (Objet politico-militaire non identifié) qui prendra le nom de M22, “M” pour “Mouvement” et 22 pour le 22 février. Je ne vais pas réécrire l'histoire. Je vous livre, suite à la parution du livre de M. Pierre Eboundit, un des protagonistes de cette période mouvementée de notre histoire. Il s'agit d'entretiens en compagnie du militant panafricain Diogène Senny. Espérons que ce livre fera sortir du bois d'autres protagonistes de cette histoire qui, à leur tour, nous livreront leur part du vécu, comme l'a fait M. Pierre Eboundit.
Obambé GAKOSSO(OG):Vous êtes un panafricain convaincu. En 1960, à notre pseudo indépendance, vous dites dans votre ouvrage assister au départ des Frères gabonais, centrafricains, tchadiens etc. Avec-vous le temps, ici en France, quels liens entretenez-vous avec ces diverses nationalités?
Pierre Eboundit (PE): En effet, je signale qu'à l'indépendance, nous assistons au départ de nombreux cadres de toute l'Afrique centrale, basés pour l'essentiel à Brazzaville. La puissance coloniale avait su faire à son profit l'Unité régionale, qu'elle continue à dominer économiquement. Hier à travers l'UDEAC (1), aujourd'hui par le biais de la CEMAC (2) et de la BEAC (3), entre autres.Une nouvelle entité régionale économique doit se faire aujourd'hui sous d'autres auspices: il nous faut unir les forces économiques et voir le meilleur de chacun des pays de l'union. En ce qui concerne mes liens avec les autres communautés africaines, ils ont varié ou évolué en fonction de la situation internationale et même nationale. Dans les années 1970 à 1980, je suis militant de l'UGEEC (4), de l'AEC (5) et de la FEANF (6), donc je participe aux activités de ces organisations. Le cadre de la FEANF est par essence panafricain. Cette organisation, par son action, a écrit les grandes heures du mouvement syndical étudiant. C'est là où se rencontraient les étudiants progressistes d'Afrique noire en France. Mes liens, à cette époque, avec mes autres frères africains sont des liens de camaraderies et d'amitiés. Comme adhérent, je participe à la lutte que mènent ces organisations contre les régimes néocoloniaux. Notre soutien aux mouvements de libération des pays africains encore sous domination coloniale (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau, Säo Tomé e Principe), est sans faille. Suite aux multiples coups de boutoir assénés par les différents régimes africains, la multiplication des organisations “fantoches” et l'apparition d'une génération de leaders aux mots d'ordre prônant un soutien “tactique et une démarcation stratégique de ces régimes”, la liquidation de la FEANF en 1980 est consommée. Cependant, j'ai continué à garder des contacts personnels avec des amis que j'ai connus à cette époque, et depuis, j'en ai aussi bien rencontrés d'autres lors de mon parcours à la faculté que dans mon milieu professionnel. J'ai été pendant deux ans, président de l'Association africaine de Champagne-Ardenne, qui regroupait aussi bien les travailleurs que les étudiants d'Afrique noire de ma région d'adoption.
O.G.: Dans ce cas de figure, qu'avez-vous ressenti lors des attaques xénophobes dont ont été victimes certains étrangers en Afrique du Sud en mai 2008?
P.E.: En effet, l'Afrique du Sud a connu en mai 2008 des émeutes raciales et xénophobes. Celles-ci ont opposé certains Sud-Africains aux nouveaux migrants venus pour la plupart des pays africains voisins. Les premiers “estimant” que les autres viennent “voler leur emploi”. Cette situation nous montre que rien n'est acquis définitivement. Le pays s'est débarrassé de l'apartheid, mais la xénophobie est encore là, vaste chantier qui passe par l'éducation des populations. La lutte pour la démocratie, et pour la réalisation du projet panafricain est longue, sinueuse et pleine d'obstacles. La démocratie sud-africaine est très jeune, elle se cherche. Même si une partie de la population a cru que par le biais de la violence, elle aurait sa part de richesses; j'ai confiance dans le peuple sud-africain et à ses dirigeants, pour sortir le pays de ses difficultés.
O.G.: Dans le livre, vos années UGEEC sont évoquées, ainsi que des noms que vous aviez étudiés à l'époque comme Chaka, Ousmane Dan Fandio, El-Hadj Omar Tall… Qu'est ce que vous ressentez en sachant que les collégiens et lycéens congolais, en dehors peut-être de Chaka ignorent complètement l'existence des autres?
P.E.: Cela ne m'étonne pas. Vous savez, il faut une volonté politique claire de la part de ceux qui ont la charge de l'Éducation pour que l'histoire réelle soit enseignée. Cette situation peut paraître incompréhensible, mais quand vous apprenez à nos enfants leur histoire réelle, celle de cette Afrique qui se bat, alors, cela peut donner des idées. Je pense que certains ont intérêt à les laisser dans l'ignorance. C'est contre cela que je me bats depuis toutes ces années.
O.G.: Et avec vos enfants, comment cela se passe concrètement, au quotidien?
P.E.: J'essaie de leur parler de leurs origines, de leur pays le Congo, et du continent africain. J'espère que ma passion pour l'Afrique sera contagieuse. Rien ne leur est imposé, ils sont libres et jugent par eux-mêmes. Je regrette que les prix des billets d'avion soient trop chers, l'idéal aurait été que tous les ans, ils aillent passer leurs vacances au pays, pour se frotter à la réalité africaine.
O.G.: En arrivant en France pour vos études , sachant que la lutte n'était pas finie, n'aviez-vous pas ressenti l'envie, le désir de rejoindre un mouvement de libération frère en Afrique?
P.E.: Ai-je eu le désir de rejoindre un mouvement de libération frère en Afrique? Bien sûr, notamment les Angolais du MPLA(7), proche de mon Congo natal. Vous savez, nous avons été éduqués à l'école de l'internationalisme dans la lutte contre la domination du continent noir, dans l'école de la solidarité de la lutte entre les peuples. Cependant, dans l'immédiat, il fallait remplir l'objectif qui m'avait conduit à sortir du pays, qui était de me former, d'avoir une qualification et de sortir du statut d'étudiant par le haut. En effet, mon voeu initial était de passer par Dakar, pour ne pas trop m'éloigner du Congo et pouvoir ensuite rentrer au pays.
O.G.: En page 18, vous évoquez le charisme d'Ange Diawara comme l'un des moteurs de votre engagement révolutionnaire à l'époque. En 2009, y-a-t-il un Africain (ou plus d'un) en activité ou à la retraite qui peut vous donner l'envie de reprendre le combat (sans les armes comme vous le précisez dans votre ouvrage); surtout, ne répondez pas Mandela, s'il vous plaît? Malgré vos 58 ans.
P.E.: En tant que leader charismatique, dans l'immédiat je n'en vois pas. Cependant, à un degré moindre, il y a des Africains qui se distinguent par leur engagement pour la libération de l'Afrique. Je citerai en exemple le cas du Pr. Nicolas Agbohou, qui a écrit un magnifique ouvrage dont je ne cesse de conseiller la lecture, “Le Franc CFA(8) et l'Euro contre l'Afrique*” . J'avoue que j'ai beaucoup d'estime pour le combat que ce dernier mène depuis plusieurs années.
O.G.: En page 20, on sent comme une nostalgie de la Tricontinentale, c'est dire à quel point vos convictions de Gauche ont l'air intactes. Qu'évoquent pour vous les noms de Ruben Um Nyobé, Julius Nyéréré, Patrice E. Lumumba, Kwamé Nkrumah, Roland-Félix Moumié, Sundjata Keïta, Djibo Bakary, Mehdi Ben Barka?
P.E.: Ces noms évoquent pour moi une Afrique combattante, une Afrique debout, qui a décidé de prendre son destin en main. Ces leaders ont été pour la plupart assassinés avec la complicité de certains Africains qui ont fait le choix de la collaboration et de la trahison. C'est à nous qu'appartient le devoir de transmettre à notre jeunesse, à nos enfants leur message, celui de l'indépendance, de l'unité africaine et de la lutte contre le néocolonialisme.
O.G.: Faisons un peu de fiction. Vous êtes dans une salle et face à un jury composé des noms précédemment cités, en plus de Diawara. Ils vous donnent la parole. Que leur dites-vous?
P.E.: Vous aviez raison, et vous n'êtes pas partis pour rien, même si nous n'avons pas toujours été à la hauteur. Nous n'avions pas pensé suffisamment aux nombreux traîtres à notre patrie, aux collabos à l'entreprise néocoloniale, mais le combat continue.
O.G.: En 37 ans de présence en France, vous êtes un témoin vivant de la construction européenne. Votre combat de l'époque, on le voit à travers votre livre, visait quelque part la libération du continent, à tout le moins, au Sud du Sahara. Que vous inspirent les retards et ratés permanents de la construction de l'Afrique?
P.E.: La responsabilité de l'élite est ici en question. Cette dernière, dans la partie qui nous concerne, c'est à dire l'Afrique au Sud du Sahara a fait le choix de se servir et non de servir le peuple. Elle soutient les régimes autocratiques, participe activement aux politiques nationales, sans améliorer les conditions de vie de leurs concitoyens. Le peuple a besoin de son élite pour le sortir du sous-développement, du tribalisme, de la corruption, de l'analphabétisme… La construction de l'Afrique ne se fera que par les Africains. Les ratés permanents montrent de manière claire que dans nos pays, ceux qui gouvernent ne défendent pas les intérêts de leurs populations. Ne me dites pas que tous les Africains sont pour le progrès, il nous appartient de bien étudier l'histoire de la construction récente de l'Union européenne, s'en inspirer par ses aspects positifs, et éviter surtout de faire un “coiper-coller” pour nos sociétés.
O.G.: Votre livre est, entre autres, un témoignage. Pourquoi maintenant?
P.E.: Un dicton populaire nous dit “il n'est jamais trop tard pour bien faire”. Disons plutôt que cela faisait quelques années que je l'avais sous le coude. Je l'ai publié maintenant parce que je considère que 37 ans après les événements du 22 février 1972, les Congolais peuvent parler de ces questions calmement, sans passion. C'est une partie de notre histoire commune. Elle implique aussi des enseignements qui dépassent le cadre national. J'espère que la parution de ce livre va induire des moments de rassemblements, de descriptions et d'écriture au moins de l'histoire complète du M22.
O.G.: Certes, mais entre la chute du Mur de Berlin (novembre 1989) et la tenue de la Conférence nationale souveraine (CNS, février 1991-juin 1991), n'aurait pas constitué une période propice pour cet exercice?
P.E.: C'est possible, mais le travail n'était pas prêt. Et puis, comme beaucoup de nos concitoyens, j'étais engagé dans les débats préparatoires avec des amis pour une éventuelle participation à la CNS. Par ailleurs, je pense aussi que ma non participation à cet événement a plus motivé mon entreprise d'écriture.
O.G.: J'ai une hypothèse à vous soumettre, qui ressemble un peu à une généralisation grossière, mais j'ai comme l'impression que les acteurs politiques congolais rechignent à témoigner par l'écrit. Ils sont pour certains très doués dans l'art de la rhétorique, ils peuvent prendre des journées entières pour développer des concepts, mais quand on va dans les bibliothèques et librairies, les livres se font rares.
P.E.: Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette pénurie de publications par nos concitoyens. Vous avez en amont, une absence de politique culturelle qui favorise les apprentissages à la lecture (formation des maîtres, nombre peu élevé d'enseignants, absence de bibliothèques et de médiathèques rareté des librairies…) Aussi, l'auteur est confronté à des problèmes insurmontables pour trouver une maison d'édition. S'il réside au Congo, cela devient en plus un véritable parcours du combattant, une vraie galère. S'ajoute à cela, l'épineuse question de la liberté d'expression. L'écrivain qui réside dans nos pays, peut-il librement écrire sans s'autocensurer? Et j'ajoute, le problème du pouvoir d'achat, qui demeure un problème majeur, et qui reste à ce jour un handicap majeur. A choisir entre lire et manger, le citoyen choisira sans nul doute manger. En résumé, il faut œuvrer à élever le niveau de vie des populations et travailler à créer les conditions pour une libre expression des uns et des autres, d'où la nécessité d'avoir des institutions démocratiques fortes.
O.G.: Depuis la parution du livre, quels sentiments avez-vous?
P.E.: Mission personnelle accomplie. Le débat est sur la place publique. Je reste ouvert au débat, vis-à-vis de tous ceux qui veulent une démocratie réelle et adaptée à notre Congo et à notre Afrique centrale., société civile, diaspora, tous les “AfroCentraliens”. Ce n'est que comme cela que l'on pourra avancer.
O.G.: Quels retours avez-vous eus, de la part de vos anciens compagnons de lutte?
P.E.: Le retentissement du livre n'est qu'à ses débuts. Soyons patients dans le cheminement de celui-ci, après 37 ans de lourd silence. Je peux aussi dire déjà que certains, parmi eux, m'ont adressé des messages de félicitations et d'encouragements. Pour l'instant, j'ai eu peu de critiques. Cependant, on peut comparer le livre à un enfant qui vient de naître, il commence sa croissance, il nous reste encore beaucoup de temps pour qu'il atteigne sa maturité.
O.G.: Vous évoquez aussi les matsouanistes et le sort que leur avait réservé feu le président F. Youlou. Vous savez sûrement que ce groupe de Congolais constitue aussi un mythe pour nombre de nos compatriotes. En avez-vous côtoyés? Avez-vous eu l'occasion de discuter politique, société, religion, avec eux?
P.E.: Avec un matsouaniste idéologique, qui s'assume en tant que tel, non.
O.G.: Certes, vous et les matsouanistes n'évoluiez pas dans la même sphère. Vous êtes internationaliste et eux ne jurent que par Matsoua. Une sorte d'alliance n'était pas possible pour combattre les ennemis communs? Cela paraît risqué, mais on a vu des alliances contre nature à travers le monde qui ont atteint leurs objectifs communs. Bon, il se posera ensuite la question de l'après…
P.E.: La question ne s'est jamais posée. Notre problème était d'avoir avec nous la majorité de notre peuple et non pas de s'allier coûte que coûte avec tel ou tel courant idéologique. Je ne pense pas que nous ayons la même vision de l'œuvre d'André Matsoua que certains de nos compatriotes matsouanistes. Comme vous le dites, nous n'évoluons pas dans le même univers. Eux sont dans la sphère mystico-religieuse, alors que pour moi, André Matsoua est d'abord un patriote, un résistant, un de ceux qui nous a montré le chemin de la lutte contre le colonialisme. Pour moi, c'est d'abord un politique.
O.G.: Franklin Boukaka, autre membre du M22 est lui aussi un vrai mythe, donc assez méconnu des Congolais nés après 1972. Que pouvez-vous nous dire sur lui, sur ses idées politiques?
P.E.: J'ai beaucoup de respect et d'admiration pour Franklin Boukaka et pour son parcours. Je l'ai d'abord connu comme musicien au “Cercul Jazz”, un orchestre de la place de Brazzaville. Puis j'ai suivi son passage dans la musique engagée, l'intégration à sa musique d'un instrument traditionnel, la “sanza” et surtout, l'album qui l'a révélé au monde entier, “Le bûcheron” avec la participation de Manu Dibango. Sur ses idées politiques, je vous conseille d'écouter attentivement cet album précité, vous saurez tout de ses combats, qui passent de l'unité des 2 Congo à la défense de l'opprimé, de l'unité nationale à la beauté de la femme africaine… Si les Congolais nés après 1972 ne le connaissent pas, cela ne me surprend pas, lui comme moi n'avons pas été du côté des vainqueurs, ceux qui ont crée le black-out sur son histoire, ses chansons. Ses idées seront jugées par l'histoire. Cependant, ses idées restent d'actualité.
O.G.: Certains avancent que l'élément déclencheur de sa mort est sa chanson “Inwa ya ngombé” (chanson que vous connaissez peut-être). Quelle est votre opinion là-dessus?
P.E.: Seuls les auteurs de ce forfait peuvent éclairer l'opinion nationale et internationale sur leur motivation. Mon opinion est qu'au-delà de cette chanson, il y a l'homme engagé contre l'injustice et qui voulait un avenir meilleur pour son pays, c'est le militant politique qu'on a assassiné. Ils ont préféré l'élimination physique au débat démocratique.
O.G.: Concernant toujours vos compagnons, des mots sur Olouka, Ikoko, Matoumpa Mpolo? Très peu connus eux aussi du grand public.
P.E.: Ce qui caractérise les trois camarades que vous citez, c'est leur engagement, leur foi en leurs idéaux. Personnellement, j'ai très peu connu Matoumpa; par contre Olouka et Ikoko, j'ai eu des contacts et des réunions de avec eux.
O.G.: Cela est peut-être déjà arrivé, je ne sais pas. Mais demain, vous êtes face à vos anciens compagnons de lutte qui ont retourné leurs vestes. Au-delà du bonjour traditionnel, quels mots auriez-vous à leur endroit?
P.E.:Cela arrive plus souvent que vous ne pouvez l'imaginer. Je fais la différence entre les traîtres, ceux qui ont participé directement indirectement à la répression, et ceux qui ont un fait un choix autre. Pour les premiers, je les ignore, et pour les seconds, le débat se poursuit dans la mesure du possible. Mon livre a aussi pour but d'ouvrir le débat avec tous mes concitoyens “AfroCentraliens”.
O.G.: Les jeunes générations ignorent tout de l'UGEEC. Que pourriez-vous en dire brièvement? Comment arriviez-vous à résister aux oukases du régime en place qui avait, reconnaissons le, des moyens de rétorsion énormes et redoutables?
P.E.: L'UGEEC était un syndicat lycéen et étudiant anti-impérialiste. C'était une organisation qui se battait pour la défense des intérêts matériels et moraux de ses adhérents. Cette organisation était très attachée à son indépendance et elle rejetait toute caporalisation par tous les pouvoirs, ce qui lui a valu sa dissolution en 1974 et son remplacement par l'UJSC(9) dans les établissements scolaires. Au-delà du rôle syndical, elle a joué un rôle important dans la vulgarisation des luttes des pays africains encore sous domination coloniale, la dénonciation de la Guerre du Vietnam… en s'appuyant sur des manifestations culturelles (théâtre, récital de poèmes, projection de films et de diapositives…) Elle avait fait une remarquable critique contre l'école congolaise, qui continue à produire massivement des bureaucrates. Comment avoir résisté? Il faut tenir compte du contexte. Nous sommes là, les héritiers des idées des 13-14-15 août 1963, il existe au sein du pouvoir (qui se veut révolutionnaire) une gauche du parti qui est proche du mouvement étudiant. Cela explique aussi la “tolérance” des régimes à l'existence de l'UGEEC. La force de cette dernière est sa réelle implantation dans les collèges, les lycées et à l'université. C'est aussi pour cette raison que le pouvoir cherchera à la contrôler, en vain, jusqu'à la dissoudre.
O.G.: En page 16, vous dites “Le pouvoir congolais se sachant incapable de pouvoir conduire une quelconque révolution, pratique le socialisme du verbe. Sur le plan économique, aucun acte économique, aucun acte administratif n'est envisagé pour diminuer notre dépendance face à l'ancienne métropole, bien au contraire, le pétrole lui est offert sans appel d'offre international, dans des conditions dignes d'une “républiquette” aux ordres du maître. Franchement, en dehors du socialisme, ce portrait des années 70 est l'ancêtre, à la virgule près des années 80, 90 et 2000. Que faire alors?
P.E.:La question du “que faire” revient de manière récurrente à tous les progressistes et les démocrates. Il faut se poser déjà les bonnes questions, pour avoir les bonnes réponses. En ce qui me concerne, j'ai dégagé quelques pistes dans le livre que je viens de publier qui portent sur:
*: Février 2000, Editions Solidarité Mondiale AS, préface de du Pr. Grégoire Biyogo et postface du Pr. Jean Ziegler
(1): U.D.E.A.C., Union douanière et économique de l'Afrique centrale
(2): C.E.M.A.C., Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale
(3): B.E.A.C., Banque des États de l'Afrique centrale
(4): U.G.E.E.C, Union générale des élèves et étudiants du Congo
(5): A.E.C., Association des étudiants congolais de France
(6): F.E.A.N.F., Fédération des étudiants d'Afrique noire de France
(7): M.P.L.A, Movimento Popular de Libertação de Angola (Mouvement populaire de libération de l'Angola)
(8): C.F.A., Colonies françaises d'Afrique
(9): U.J.S.C., Union de la jeunesse socialiste congolaise
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